Entre Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez, c’est plus que jamais : « Je t’aime, moi non plus »

Le véritable début des négociations pour réaliser un effort budgétaire supplémentaire de dix milliards d’euros, ce sera ce lundi 21 septembre. En fait, c’était déjà prévu vendredi, mais cela a été reporté car le vice-Premier socialiste et ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke (Vooruit) était malade, nous a-t-on dit.
Le classeur du Premier
Au moment où vous lirez ces lignes, chaque partenaire (MR, Les Engagés, N-VA, Vooruit et CD&V) devrait avoir reçu le premier classeur du Premier ministre… Reste à voir si cela va fuiter et en combien de temps. C’est un bon baromètre d’une négociation : si les éléments restent au chaud en interne, les chances de réussite augmentent. À tout le moins, c’est la preuve que chacun veut donner à la mission une chance de réussir.
Le contexte de la négociation semble en tout cas plus calme qu’il y a un an, quand les partis de la majorité se sont déchirés tout l’été sur la question de Gaza et de la reconnaissance de la Palestine. Un problème pas encore évacué aujourd’hui et il y a d’ailleurs une petite poussée de fièvre, apparemment moins conflictuelle, à propos de 13 étudiants boursiers palestiniens bloqués là-bas.
Le silence est d’or
Le silence est d’or, selon la formule consacrée. Un message reçu cinq sur cinq par Vooruit et son président, Conner Rousseau, qui n’est pourtant jamais le dernier à lancer des scuds. Vous nous direz que M. Rousseau ne négocie pas directement, puisque c’est la tâche des principaux ministres du gouvernement, mais l’influence des présidents de parti peut être grande et cela n’a rien d’illogique : ce sont eux qui ont négocié l’accord de gouvernement et qui définissent les lignes rouges du parti. Absents aux négociations, ils s’expriment dans des congrès ou dans l’espace médiatique…
« Les socialistes flamands ont choisi la ligne du parti responsable, constructif et conscient de l’urgence. Contrairement à MM. Bouchez et Mahdi, ils ne veulent pas créer le buzz »
Conner Rousseau est donc muet depuis plus de deux mois. À un récent débat du Voka (le patronat flamand), il avait même délégué l’un de ses deux ministres, Rob Beenders. Même une proposition visant à taxer les mutualités sur leurs activités commerciales, arrivée sur le bureau du ministre N-VA des Finances, Jan Jambon, n’a pas obtenu d’écho de sa part.
Tout juste a-t-il consenti à délivrer son message dans l’émission « De Afspraak », à la télévision flamande : rien n’est rejeté, aucune ligne rouge n’est publiquement tracée. Des économies dans les soins de santé ou une hausse de la TVA sont discutables, pour autant que cela reste équitable (par rapport à la participation à l’effort des plus riches). « Nous devons améliorer le budget. Tous ceux qui font aujourd’hui de grandes déclarations rendent les choses plus difficiles, voire impossibles ». Ses deux ministres répètent le message.
Vooruit et les lignes rouges
Quel contraste avec les exercices précédents ! « Les socialistes flamands ont choisi la ligne du parti responsable, constructif et conscient de l’urgence. Contrairement à MM. Bouchez et Mahdi, ils ne veulent pas créer le buzz », explique le politologue Dave Sinardet (VUB/Saint-Louis). »
Il y a peut-être aussi plus de prudence, le souhait de ne plus claironner de lignes rouges que Vooruit devrait ensuite faire reculer. Seul parti de gauche dans la coalition, sa position reste souvent inconfortable. Encore plus quand les partis de l’opposition ou les syndicats crient à la trahison. Ce qui se trouve aujourd’hui au menu va sans doute infliger suées et crampes à Conner Rousseau et à ses amis.
Rousseau et les siens semblent donc vouloir, actuellement en tout cas, se démarquer de Georges-Louis Bouchez (MR) et de Sammy Mahdi (CD&V). Le président du CD&V a encore fait le buzz cette semaine en expliquant que si une catégorie de la population devait faire des efforts, ce n’était pas les travailleurs ou les pensionnés, mais bien les chômeurs.
« Entendre, surtout de la part d’un partenaire gouvernemental, qu’on peut trouver 17 milliards en trois claquements de doigts, cela n’aide pas non plus »
Avant cela, il y avait eu le « touche pas à ma voiture de société » et d’autres propositions susceptibles de mettre le débat budgétaire sous tension. « Le CD&V et Vooruit étaient souvent sur la même longueur d’onde jusqu’ici », fait encore remarquer M. Sinardet, « mais là, sur les chômeurs, je note un changement. C’est vrai qu’une déclaration musclée n’a jamais fait peur à Sammy Mahdi, rappelez-vous les débats de l’été dernier sur Gaza. »
Songerait-on au CD&V à se nicher entre Vooruit, qu’il trouverait trop concentré sur la défense des allocataires sociaux, et la N-VA, principale défenseure des intérêts de la classe moyenne supérieure ? Un appel du pied aux familles de la classe moyenne inférieure qui ont le sentiment d’être pressées comme des citrons à chaque exercice budgétaire ? Le président Mahdi est en tout cas omniprésent dans les médias et Vooruit et la N-VA en prennent pour leur grade. Question de survie existentielle, commente-t-on en Flandre.
100 % d’économies
De Sammy Mahdi à Georges-Louis Bouchez, il n’y aurait donc qu’un slogan ? Le président du MR est fidèle à lui-même. Pas de grosse altercation avec ses collègues, mais des lignes rouge fluo bétonnées dans le sol : pas de hausse de la TVA ; à ses yeux, la chose la plus stupide à faire si l’on cherche à stimuler la croissance économique. Pas de nouvelles taxes, ni autres recettes, mais un exercice axé à 100 % sur les économies. Il a même présenté un plan d’économies de 17 milliards d’euros qui a quelque peu irrité le vice-Premier des Engagés, Maxime Prévot.
Les Bleus francophones réclament encore le cliquet inversé pour lutter contre la hausse des coûts des carburants… Ce qui ne manquera sans doute pas d’irriter Bart De Wever…
« Nous avons besoin de croissance économique et ce n’est pas en relevant la TVA qu’on la créera. C’est ce que l’on peut faire de plus stupide »
Maxime Prévot, puisqu’on en parle, reste, lui aussi, fidèle à lui-même. Son message : des lignes rouges, mais pas de vrai tabou (« Il y a de la marge pour une discussion sur les revenus du capital, qui donnerait de l’oxygène pour diminuer la taxation du travail », etc.) ; le sens du courage et des responsabilités, une pointe de pessimisme en prime après avoir entendu, dit-il, les déclarations des uns ou des autres ces dernières semaines.
On n’oublie pas la N-VA, avec son duo : un Premier ministre, Bart De Wever, en mode recherche du consensus et un vice-Premier, Jan Jambon, en mode défense des intérêts des nationalistes flamands.
Discrétion nationaliste… Ou presque
Un Jan Jambon très discret : une petite interview au quotidien germanophone GrenzEcho, début septembre et puis se tait… Il y a bien eu cette proposition explosive pour taxer les mutualités sur leurs activités commerciales qui a atterri sur son bureau, mais il n’apparaît pas dans l’écho médiatique. Une fuite sans doute, on ne peut tout contrôler, hein ?
Sans surprise, l’assainissement des finances publiques constitue, pour le vice-Premier Jambon, la mission centrale de l’Arizona. Il y a plus un problème de dépenses que de recettes et de la marge dans les soins de santé, etc. Bref, un discours assez similaire à celui du MR… Sauf sur la TVA.
« Au début des négociations, chaque parti adopte une position située dans sa zone de confort. Mais si chacun n’est pas prêt à en sortir, il n’y aura pas d’accord »
Avec en prime, la répétition du mantra du Premier ministre : « Au début des négociations, chaque parti adopte une position située dans sa zone de confort. Mais si chacun n’est pas prêt à en sortir, il n’y aura pas d’accord ».
Bart De Wever ne le dirait pas mieux, avec son discours « à la Churchill » (le sang, la sueur et les larmes), lui qui exhorte ses partenaires à faire preuve de discrétion et de sens des responsabilités. Ce qui ne l’a pas empêché de susciter quelque émoi en remettant, cette semaine, la réforme de l’État à l’agenda (en 2029). De la part d’un joueur d’échecs émérite, ce n’était sans doute pas un accident…
Reste à voir si l’attelage va tenir droit sur cette route hautement périlleuse et arriver à bon port le 13 octobre. Les paris sont ouverts…
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