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Wednesday, September 16, 2026

"On n'est jamais le méchant de sa propre vie" Niels Schneider évoque son rôle complexe dans Si tu penses bien de Géraldine Nakache

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Huit ans après "J'irai où tu iras", Géraldine Nakache revient à la mise en scène avec le drame intime "Si tu pense bien" pour lequel elle change complétement de registre. La cinéaste et son acteur Niels Schneider évoque ce film sur l'emprise.

Par Laëtitia Forhan

Après avoir réalisé les comédies Tout ce qui brille, Nous York et J'irai où tu iras, Géraldine Nakache revient à la mise en scène avec Si tu penses bien, un film dans lequel elle change totalement de registre puisqu'il y est question d'emprise psychologique.

Présenté en avant-première lors du dernier Festival de Cannes et au Festival du Film Francophone d'Angoulême, ce drame raconte la rencontre entre Gil et Jacques. Mais l'intensité des débuts laisse peu à peu place à une relation dans laquelle Gil se sent de plus en plus enfermée, jusqu'à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil prend conscience du contrôle qu'il exerce sur sa vie…

Porté par Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié et Daniel Cohen (qui incarnait le père du personnage de Géraldine Nakache dans Tout ce qui brille), le long métrage aborde les thèmes de l'emprise psychologique et des violences conjugales. À travers le personnage de Jacques, la réalisatrice ne cherche pas à représenter une figure de bourreau évidente, mais plutôt à montrer les mécanismes progressifs d'une relation toxique.

Un film sur les violences invisibles

C'est précisément cette violence invisible, difficile à identifier pour la victime comme pour son entourage, que Géraldine Nakache a voulu explorer dans ce film qu'elle a coécrit avec David Lambert.

"Avec Si tu penses bien, j’ai souhaité mettre en lumière la violence sourde, cachée et tue au sein d’un couple, qui se manifeste dans la sphère intime, au quotidien. Cette violence qui opère de manière insidieuse dans l’ombre des espaces domestiques, constitue un angle mort, un fait de société bien réel, mais peu représenté." explique-t-elle dans le dossier de presse.

Liaison Cinématographique – Pan Cinema - Artémis Productions – Les Productions du Ch’timi

La réalisatrice insiste également sur la confusion qui accompagne l'emprise psychologique. : "En tant que femme et réalisatrice, j’ai éprouvé le besoin de mettre en lumière, dans une fiction pour le cinéma, cette toile d’araignée que tisse l’emprise, et l’état de confusion dans lequel elle plonge les femmes au sein des couples concernés.

Mon objectif principal était de filmer le doute de mon personnage jusqu’à le transmettre même au spectateur. Aller chercher sous la surface de l’eau et détricoter comme dans un thriller les mécanismes d’un piège qui se referme sur mon héroïne."

L'importance de rester en retrait pour Géraldine

Pour incarner Gil, Géraldine Nakache a rapidement pensé à Monia Chokri, découverte notamment dans Simple comme Sylvain. Un choix qui s'explique par la capacité de l'actrice à faire exister à la fois la fragilité et la force de son personnage. Elle explique : "En voyant Simple comme Sylvain, j’ai su instinctivement que Monia Chokri saurait incarner Gil, qu’elle la comprendrait. Monia a une force fragile et un port de tête qui me semblait être la Gil que je dessinais en écrivant."

Contrairement à ses précédentes réalisations, Géraldine Nakache a cette fois choisi de ne pas apparaître à l'écran. Un choix volontaire pour rester entièrement au service de cette histoire et conserver une distance nécessaire avec un sujet aussi sensible.

Liaison Cinématographique – Pan Cinema - Artémis Productions – Les Productions du Ch’timi

"Dès le départ je savais que je ne souhaitais pas jouer dans mon film, peut-être parce que sa couleur était autre. J’ai rencontré tant de spécialistes et de femmes concernées par ces violences durant l’écriture que je voulais garder ma place d’observatrice, qui tente de comprendre, afin d’apporter une pierre à l’édifice."

Monia Chokri a d'ailleurs reçu le Valois de la Meilleure actrice lors du dernier Festival d'Angoulême pour son interprétation.

Un rôle effrayant ?

Si le personnage de Gil concentre le parcours de la victime, celui de Jacques représentait un autre défi : comment incarner un homme manipulateur sans tomber dans le cliché du prédateur immédiatement identifiable ? Pour Géraldine Nakache, la réponse passait par la complexité du personnage.

La réalisatrice avoue d'ailleurs ne pas avoir immédiatement pensé à Niels Schneider pour ce rôle difficile. "C’est mon producteur, Patrick Quinet, qui m’a suggéré Niels Schneider pour le rôle de Jacques. Étrangement, je n’ai pas pensé tout de suite au film de Xavier Dolan. Au moment où Niels a passé la porte du café où nous avions rendez-vous, j’ai revu leur couple des Amours imaginaires se reformer, comme si enfin Marie avait réussi à séduire Nicolas ! Je savais à quel point un rôle aussi dur que celui de Jacques pouvait effrayer un acteur, mais Niels n’a jamais cherché à sauver son personnage. Il a su en faire un homme coincé dans sa pathologie, son champ lexical et l’amour fou qu’il porte à sa femme et sa fille."

Tanguy Pels

Lors de notre rencontre à Cannes, Niels Schneider nous confiait justement avoir été immédiatement attiré par cette ambiguïté. Jacques n'est jamais présenté comme un monstre : c'est un homme capable de renvoyer une image rassurante à l'extérieur, tout en exerçant une emprise destructrice dans l'intimité.

C'est le film le plus réaliste sur la question.

Pour le comédien, c'est justement cette contradiction qui rend le personnage inquiétant. "Ce qui m'a passionné dans ce rôle, c'est que c'est le film le plus réaliste sur la question. Ce qui m'aurait fait peur c'est la fabrication d'un monstre. Dans ce genre de film, le public aime se dire dès le début que c'est le méchant. Mais je trouve que la vie est beaucoup plus complexe et trouble. On n'est jamais le méchant de sa propre vie."

GE

Niels Schneider souligne ainsi que la dangerosité de Jacques vient moins de ses actes visibles que de sa capacité à brouiller les frontières entre amour et domination. Une nuance essentielle pour comprendre la mécanique de l'emprise.

"C'est beaucoup plus trouble et plus dangereux. Je pense que Jacques croit aimer Gil profondément mais j'aimais bien qu'il y ait quelque chose d'universel. Quand j'ai lu le scénario je me suis dit je le connais Jacques, je l'ai déjà croisé. Je vois très bien le genre d'homme que ça peut être."

Le comédien insiste également sur le malaise provoqué par un personnage qui n'est jamais totalement extérieur à notre réalité.

Parfois on parvient un peu à justifier Jacques.

"Cette violence, c'est une violence qui est insidieuse, qui ne laisse pas de marque, qui n'est pas spectaculaire. Et puis on se dit qu'on a nous même pu avoir des comportements proches du sien parfois sans m'en rendre compte. C'est ce que j'ai trouvé fort et qui selon moi créé le malaise, c'est que parfois on parvient un peu à justifier Jacques. C'est rassurant de rejeter un personnage parce qu'il est fou, tandis que ce personnage est beaucoup plus complexe."

Liaison Cinématographique – Pan Cinema - Artémis Productions – Les Productions du Ch’timi

Pour l'acteur, le film montre aussi une forme de violence particulièrement difficile à repérer : celle qui s'attaque progressivement à la confiance et à l'identité de l'autre.

"On peut à la fois être un père merveilleux et être un mari toxique. Ce n'est pas de la violence physique, elle ne laisse pas de trace. C'est du gaslighting. Quelqu'un qui se met à douter de son propre jugement et s'en remet directement à l'autre. Il s'attaque au final à tout ce qui fait l'individualité de sa femme. Il la détruit de l'intérieur."

Retrouvailles avec Monia Chokri

Et si le comédien a pu plonger dans son personnage c'est également parce qu'il connaît bien Monia Chokri - qu'il a rencontré il y a 16 ans sur le tournage du film de Xavier Dolan, Les Amours imaginaires - comme il le précise à notre micro : "L'important dans ce genre de film, qui peut être dur émotionnellement c'est de se sentir en sécurité psychologiquement. Je pense que l'amitié et le lien qu'on a avec Monia a beaucoup aidé. On se connaît très bien, on se fait confiance. On peut aller très loin dans certaines scènes et on sortir tout aussi facilement."

JACOVIDES BORDE MOREAU / Bestimage

Avec Si tu penses bien, Géraldine Nakache signe donc un virage radical dans sa filmographie. Loin des comédies qui ont marqué ses débuts, la réalisatrice s'intéresse ici à une violence intime, plus silencieuse, dont les conséquences peuvent être profondément destructrices.

À travers le parcours de Gil, elle ne cherche pas seulement à raconter l'histoire d'une femme victime d'une emprise, mais à montrer la mécanique complexe d'une relation qui se transforme peu à peu en piège. En refusant de simplifier ses personnages, notamment celui de Jacques, le film interroge aussi notre propre regard sur ces violences invisibles.

Avec ce drame psychologique porté par Monia Chokri et Niels Schneider, Géraldine Nakache confirme son envie d'explorer de nouveaux territoires de cinéma et livre un film sur le doute, la manipulation et la difficile mais nécessaire reconquête de soi.

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