Un coup de fil pour briser l’isolement : Fil Santé Jeunes

"J'ai l'impression que je ne m'en sortirai jamais", soupire une adolescente au téléphone. A l'autre bout du fil, un casque sur les oreilles, Elise, une assistante sociale du Fil Santé Jeunes l'écoute et lui pose des questions pour l'aiguiller vers de l'aide près de chez elle.
Fil Santé Jeunes est un numéro gratuit (0800 235 236) destiné aux 12-25 ans. Sous couvert d’anonymat, les jeunes peuvent y évoquer leurs difficultés et poser toutes leurs questions sur la santé physique et mentale, la sexualité, les violences, le genre ou encore la vie affective.
"J'ai honte de sortir de chez moi", confie la jeune fille à Elise, évoquant une prise de poids très importante en très peu de temps. L'adolescente ne supporte plus son image, n'a pas confiance en son médecin généraliste et ne trouve pas de soutien auprès de sa mère.
"On est le premier rempart, comme une sentinelle"
Elise lui propose de chercher avec elle un professionnel de santé qui pourrait l'aider face à son trouble du comportement alimentaire.
"On est le premier rempart, comme une sentinelle", explique Amélie Billault, la directrice générale.
Le Fil Santé Jeunes, ouvert 7 jours sur 7, emploie 25 écoutants de formations très variées: infirmières, éducateurs, sociologues, psychologues, accompagnés de deux pédopsychiatres.
En 2025, le service a reçu plus de 17.000 appels et a traité plus de 38.000 conversations en ligne. Des chats qui facilitent le dialogue "pour ceux qui ont plus de mal à s'exprimer ou parce que certaines choses sont plus faciles à dire à l'écrit", selon Maryline Barthélémy, coordinatrice et référente clinique.
Selon les statistiques du Fil, la moitié des appels et des conversations en ligne concernent des questions de santé mentale. Un chiffre qui ne cesse d'augmenter. "Il y a encore quelques années, les jeunes appelaient beaucoup pour parler de contraception, d'IVG mais aujourd'hui c'est vraiment lié à leur mal-être", souligne Amélie Billault.
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l’anonymat garanti, sauf en cas de danger imminent
Dans la plupart des cas, les appelants, qui sont de plus en plus jeunes selon les données recueillies, veulent surtout trouver une oreille attentive, quelqu'un qui les croit et qui ne les juge pas.
Mais parfois, dans les situations les plus préoccupantes, notamment en cas de risque suicidaire, "il faut identifier si la personne est en danger immédiat", rappelle la directrice. Les écoutants évaluent peuvent alors demander la levée de l'anonymat et faire intervenir les secours.
Autre motif d'appels en hausse: les violences entre jeunes, dans la sphère familiale ou avec une autre figure d'autorité. Dans une enquête menée en 2025 par Fil Santé Jeunes, neuf répondants sur dix déclaraient avoir subi au moins une forme de violence.
"Une réalité aussi c'est qu'il y a une forte présence d'appels liés à une situation de violence sexuelle", ajoute Mme Billault.
Cet été, une conversation a marqué le service: un jeune de 21 ans a d'abord évoqué divers sujets avant de craquer et de raconter des abus sexuels sur sa soeur et lui-même à l'âge de six et huit ans. C'était la première fois qu'il en parlait. L'appel a duré 1H20 pendant laquelle le jeune homme a vomi plusieurs fois.
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Petits soucis ou grande détresse, chaque appel est écouté
Pour chaque situation, Fil Santé Jeunes dispose d'un répertoire de professionnels vers lesquels orienter les appelants: médecins, psychologues, Maisons des adolescents, associations. Mais sans jamais savoir si les jeunes donneront suite.
Si les sujets abordés sont souvent difficiles, "tous les appels sont les bienvenus", rappelle Bruno Verrecchia, responsable du service de téléphonie.
"On a déjà eu un appel d'un élève de 5e pour qu'on l'aide en maths!", se souvient-il en rigolant.
Cette fois-là, personne n'a pu l'assister mais le collégien a pu être entendu par un adulte compatissant!
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