"Eastwood le voulait" : sorti il y a 32 ans, ce nanar culte de Steven Seagal avait pourtant été écrit pour Clint !

Unique réalisation de Steven Seagal sorti il y a plus de trente ans, "Terrain miné" est largement devenu un nanar très apprécié par les fans, notamment pour ses répliques culte. Et dire qu'à l'origine, le récit fut écrit pour Clint Eastwood...

Par Olivier Pallaruelo
Cela fait déjà bien longtemps que Steven Seagal est devenu un sujet de plaisanteries, plus ou moins drôles d'ailleurs. Lui qui fut une authentique icône des films d'actions de la fin des années 80-90, avec Nico, Piège en haute mer, Echec et mort, Désigné pour mourir ou Justice sauvage, n'a cessé de voir pâlir son étoile, au point d'être largement cantonné, depuis plus de vingt ans, au rayon des Direct to Vidéo / DVD, parce qu'il faut bien faire bouillir la marmite. Son tempérament, notoirement réputé difficile, doublé en prime d'une très haute estime de lui, n'a pas, non plus, exactement arrangé la réputation de cet acteur moqué pour son unique expression faciale dans à peu près tous ses films.
Et c'est désormais loin d'Hollywood qu'il coule ses jours, sous les auspices et l'oeil bienveillant de Vladimir Poutine. Après lui avoir offert la citoyenneté russe en 2016, il a même été nommé deux ans plus tard comme représentant spécial du ministère des Affaires étrangères russe, "chargé des liens humanitaires russo-américains". Un poste inspiré des ambassadeurs de bonne volonté des Nations Unies. En 2023, le chef de l'Etat Russe a décoré l'acteur, pour sa "grande contribution au développement de la coopération culturelle et humanitaire internationale".
Le Razzie Award du pire réalisateur
Au début des années 1990, Seagal est donc une star du cinéma d'action bankable. Fort de cette réussite, il négocie avec Warner Bros. un pouvoir créatif accru : produire ses films (il avait déjà commencé à le faire) et, cette fois, passer à la réalisation : ce sera le nanar Terrain miné. Le studio investit un budget conséquent d'environ 50 millions de dollars et confie à Seagal le poste de réalisateur — une marque de confiance liée à ses succès précédents au box-office.
Seagal voulait faire un film qui dépasse le simple actionner. Le film mêle écologie et spiritualité, avec une critique des lobbies pétroliers et une introduction à la culture des autochtones d'Alaska. C'était une manière pour lui d'exprimer des convictions personnelles à travers un blockbuster d'action.
Ce sera sa seule tentative de réalisation. Le film reçoit un accueil critique très négatif : malgré un budget conséquent, il ne rapporte qu'environ 40 millions au box-office mondial et récolte six nominations aux Razzie Awards, dont celle de la pire réalisation, remportée par Seagal. Après cet échec, Seagal ne retente jamais l'expérience de la réalisation et préfère se recentrer sur le jeu d'acteur, l'écriture de scénario et la production. Michael Caine, qui incarne le principal antagoniste, s'est pas mal mordu les doigts d'avoir participé à ce naufrage. Mais, là aussi, il faut bien faire bouillir la marmite, surtout dans une période de creux artistique...
Une histoire à l'origine écrite pour...Clint Eastwood
On se pince un peu pour le croire, et pourtant. Ed Horowitz, le scénariste du film, a raconté avoir écrit le scénario en pensant à Clint Eastwood (via Farout) : "Mon co-scénariste Robin Russin et moi-même l’avons écrit pour Eastwood. Et, d’après ce que j’ai entendu, Eastwood le voulait". Les bureaux de la société de production d'Eastwood, Malpaso, se trouvent d'ailleurs au sein même des studios Warner. "Lui [NDR : Steven Seagal] et Eastwood avaient des bureaux situés l’un en face de l’autre sur le site de Warner Bros", et, aux dires d'Horowitz, les deux ne s'appréciaient guère.
Steven Seagal ayant mis une option sur le script d'Horowitz, on imagine que Clint n'était, dans ce contexte, pas spécialement désireux de faire monter les enchères. L'année où le spécialiste des clés de bras et nuques brisées se trouvait donc en Terrain miné, Clint, lui, filmait amoureusement Un Monde parfait. Deux salles, deux ambiances...
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