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Sunday, October 18, 2026

Mort pendant six longues minutes | Son cœur bat encore, grâce à deux passantes

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Le 22 septembre dernier, vers 9 h du matin, Miguel Gosselin Dionne est mort pour la première fois.

Publié à

Annie Mc Donough promenait son chien dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve quand elle a aperçu au loin un homme couché par terre, à plat ventre.

« Je voyais des gens qui passaient à côté en le regardant, mais qui continuaient leur chemin. J’ai pressé le pas un peu, et quand je suis arrivée à côté de lui, j’ai appelé le 911 », relate la femme.

Un passant s’est arrêté lui aussi, a tourné la tête de Miguel, a enlevé ses lunettes.

« Et là, toi, t’es arrivée », dit-elle.

« Toi », c’est Agathe Martin, une intervenante de 30 ans qui se rendait au travail à vélo. « J’ai vu qu’il y avait du monde, mais j’ai senti l’élan d’aller voir ce qui se passait », relate-t-elle.

Formée en soins infirmiers, elle a le réflexe de demander aux autres si Miguel est conscient, s’il respire. Ils ne le savent pas.

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE

Agathe Martin

Avec l’aide de l’homme, elle le met en position latérale de sécurité. « Quand j’ai été bien face à Miguel, j’ai vu que son visage était violet », dit Mme Martin. Elle pose sa main sur sa poitrine, constate qu’il ne respire pas.

Elle ordonne à un passant d’aller chercher de la naloxone à la pharmacie en face, au cas où il s’agirait d’une surdose et s’assure que les secours ont été appelés. Elle frotte Miguel sur le sternum, voit qu’il a un réflexe respiratoire.

Par pur hasard, une ambulance passe. « J’ai levé la main, ils ont reculé », relate Mme Mc Donough. Les paramédicaux sortent et entreprennent de faire un massage cardiaque à l’homme, qui est finalement conduit en ambulance à l’hôpital.

La vie reprend son cours, rue Ontario.

« Je pensais que j’avais tué Miguel »

Annie Mc Donough rentre chez elle, où des policiers viennent plus tard prendre sa déposition, parce que c’est elle qui a composé le 911.

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE

Annie Mc Donough écoute attentivement Miguel Gosselin Dionne.

« Ils m’ont dit qu’il y avait un pouls quand il est parti en ambulance. J’ai pleuré, pleuré, pleuré. Ça m’a vraiment soulagée », dit-elle.

Pour sa part, Agathe Martin se demande pendant trois jours si l’homme qu’elle a secouru devant la caisse populaire est mort. « Je pensais que j’avais tué Miguel », dit-elle, faisant part de ses « regrets » de ne pas avoir commencé le massage cardiaque plus tôt.

« Je me préparais à vivre avec le fait que je ne saurais jamais si j’avais pu l’aider concrètement ou pas », dit la femme.

Trois jours après son arrêt cardiaque, du service des soins intensifs, Miguel publie un message sur le groupe Facebook « Hochelaga mon quartier », avec sa photo en chemise d’hôpital.

Il écrit qu’il cherche la personne qui lui a fait des manœuvres de réanimation. « Je vais mieux ce matin. Je voulais lui dire merci ! »

C’est quand son conjoint lui envoie cette publication qu’Agathe Martin recommence à mieux respirer. « Il est vivant, il est vivant : c’était super émouvant », relate-t-elle. « Je n’ai pas tué Miguel », ajoute-t-elle en riant.

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE

Miguel Gosselin Dionne ne se souvient de rien de cette journée où il a fait un arrêt cardiaque.

L’homme de 38 ans dit qu’il a hésité à faire cette publication, de crainte de se « mettre de l’avant pour rien », d’être « larmoyant ». « Des gens qui tombent, il y en a tout le temps. C’est banal », dit-il.

Banal, vraiment ? À l’hôpital, on lui a dit qu’il était mort pendant six longues minutes. Du matin où il est tombé dans la rue à son réveil, intubé, trois jours plus tard, il ne retient rien.

Une rencontre touchante

Depuis, il recolle les pièces de cette journée comme celles d’un casse-tête. Sa patronne lui a dit qu’il l’avait appelée ce matin-là, pour lui dire qu’il irait prendre sa pression à la pharmacie parce qu’il avait une douleur à la poitrine. Quelques instants plus tard, il l’a recontactée : tout était normal, il rentrait au travail comme prévu.

Et puis la rencontre avec deux de ses bonnes Samaritaines, en présence de La Presse mercredi, lui offre une autre partie de son histoire. « Ça me touche, c’est la première fois que je l’entends », dit M. Gosselin Dionne.

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE

Miguel Gosselin Dionne et Annie Mc Donough s’enlacent.

« Mais c’est comme si c’était arrivé à quelqu’un d’autre. Je n’étais pas conscient. Je suis passé proche de quelque chose de terrible, mais c’est difficile à intégrer, comme nouvelle. Mon problème en ce moment, c’est que je ne peux pas faire de sport. Mon médecin ne veut pas », dit-il en éclatant d’un grand rire qui résonne dans tout le café.

Il n’hésite pas une seconde quand on lui demande s’il considère que les deux femmes lui ont sauvé la vie : « Absolument ».

Si elles ne m’ont pas sauvé la vie, elles ont beaucoup diminué l’impact que ça aurait pu avoir sur mon cerveau et sur mon cœur. J’aurais pu être vivant de façon très différente. Là, j’ai l’impression que je peux redevenir fonctionnel assez vite.

Miguel Gosselin Dionne

Il a appris qu’il avait une prédisposition génétique et des artères qui « ne sont pas droites, se développent de façon aléatoire », explique-t-il. Il est traité par des médicaments.

Son cœur bat encore, grâce aux paramédicaux, à des infirmières, des cardiologues, mais aussi grâce à Agathe et Annie.

Après quelques cafés, tous trois se quittent au coin des rues où, il y a quelques semaines à peine, Miguel s’effondrait. Ils s’enlacent. Agathe Martin dit qu’elle fréquente régulièrement la bibliothèque où Miguel travaille, elle le verra certainement là quand il sera bien remis.

Annie Mc Donough, coloriste, lui dit gentiment que son blond fait maison n’est pas très réussi, elle pourrait faire bien mieux s’il venait la voir à son salon de coiffure. « Je pourrais même te les faire par amour », dit la femme.

Elle reprend son chemin dans la rue Ontario, les yeux pleins d’eau.

Se mêler de la vie des autres

Pendant la rencontre avec La Presse, un sujet entre les trois nouveaux amis revient constamment : la forte présence des sans-abri dans les rues et l’indifférence dont ils peuvent être victimes.

Des gens sont passés à côté de Miguel sans réagir, relève Annie Mc Donough. « Je ne veux pas juger, mais des gens qui passent à côté en regardant… Au moins, appelle [les secours] », dit-elle. Il y a une part de pudeur à se mêler de la vie des autres, observe Miguel Gosselin Dionne.

Et comme « c’est de plus en plus difficile dans l’espace public », notamment en raison de la crise du logement et de la crise des opioïdes, on peut avoir tendance à éviter la situation, dit Agathe Martin. « On banalise le fait de passer devant une personne et de l’enjamber dans la rue », ajoute la femme, qui dit qu’on devrait au minimum jeter un regard pour voir si la personne respire.

Annie Mc Donough dit qu’autour d’elle, les gens réfléchissent à leur propre comportement à la lumière de ce qui lui est arrivé. Elle-même s’est déjà inscrite à des cours de RCR. « C’est une responsabilité collective et citoyenne de vérifier lorsqu’on passe devant une personne qui a l’air mal en point. Être humain, c’est prendre soin des autres », estime Agathe Martin.

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