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Thursday, October 22, 2026

"Ils veulent tout contrôler", "j’étais isolée de tout le monde" : l’église pour jeunes 'Go Church' ferait vivre un enfer à ses adeptes

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Go Church se qualifie d'"église jeune et dynamique" sur sa page Instagram. Les photos affichent des visages souriants ou méditatifs, des scènes joyeuses mêlant danse, chant et foi. Cette église évangélique est active chez nous, particulièrement en Flandre. En 2021, elle n’était présente qu’à Anvers mais, en cinq ans, elle a essaimé dans neuf autres villes dont Louvain, Bruges, Gand ou encore Bruxelles. Elle vise la jeunesse flamande, souvent issue de l’immigration africaine, via ses réseaux sociaux (Instagram et Tik Tok). Il s’agit d’ailleurs souvent d’adolescents, qui y adhèrent sans leurs parents.

Les messages aguicheurs montrent des jeunes qui racontent comment l’église les a sauvés de la drogue, de l’alcool, du suicide. Luna, une ancienne adepte explique qu’elle croyait avoir trouvé une famille : "Ils vous offrent une famille et des amis. Ils abusent du fait que beaucoup de jeunes ont besoin d’une communauté".

Luna, 23 ans. © VRT NWS Pano

L’enquête menée par l’émission Pano de la VRT, en collaboration avec De Morgen, part d’un message posté sur Tik Tok par une professeure de religion et adressé à tous les jeunes d’Anvers. Son but était de mettre les jeunes en garde. Elle avait vu plusieurs de ses élèves rejoindre cette église. Les témoignages ne se font pas attendre.

La mise en garde contre Go Church lancée sur Tik Tok par une professeure de religion à Anvers qui veut rester anonyme. A l’émission Pano, elle confiait : "Go Church détruit les enfants. Ils les poussent à venir à l’église et les manipulent. Ça ne devrait © VRT NWS Pano

Les journalistes vont découvrir comment ces jeunes sont abusés, isolés, exploités. Le cœur de cible de Go Church, ce sont clairement des jeunes vulnérables, au parcours chaotique.

Le journaliste du Morgen, Paul Notelteirs explique que les questions critiques ne sont pas les bienvenues. Il s’est donc rendu à l’église de Merken (Anvers) en tant que jeune technicien de 25 ans, en plein questionnement. "Tous les fidèles de l’église ont déjà eu un problème, mais Dieu l’a résolu pour nous", lui avoue un adepte de 18 ans. Infiltré, le journaliste du Morgen suit le cheminement du nouveau converti. Il devra d’emblée fournir adresse, numéro de téléphone, et d’autres informations personnelles. Là, insidieusement, commence le processus de contrôle. Paul Notelteirs reçoit dès lors des messages réguliers lui demandant où il se trouve et ce qu’il fait. "Quand je n’ai pas répondu pendant quelques jours, ils se sont soudainement présentés à ma porte à 23 heures", témoigne Andreja.

Andreja intègre à 16 ans l’église, alors qu’elle vit dans un internat sous la tutelle d’un juge de la jeunesse. Elle suit encore actuellement une thérapie suite aux traumatismes subis. © VRT NWS Pano

L’agenda des adeptes se remplit rapidement. Car, outre les offices du dimanche, il y a les groupes d’étude de la Bible, les camps, d’autres activités plus ludiques mais entre membres de l’église, et puis aussi les opérations d’évangélisation, de recrutement de nouvelles brebis égarées. Le "mauvais élève" sera sermonné.

"Notre vie devait tourner entièrement autour de l’église" explique Luna. Elle avait 16 ans quand elle a poussé pour la première fois les portes de l’Eglise de Merksem. Elle en a 23 aujourd’hui. "Ils m’ont brisée comme personne d’autre n’aurait pu le faire", confie-t-elle. Laura, elle, a 17 ans, elle parle de Go Church comme d’une cage :"Je me sentais vraiment sous pression, ils n’arrêtaient pas de m’appeler et de m’envoyer des SMS".

L’ingérence se passe dans tous les domaines. "Même l’école passe au second plan", souligne Luna. Laura, elle, devra renoncer à sa thérapie, considérée comme "diabolique". "Je me suis retrouvée complètement isolée", dira-t-elle.

Le schéma est classique, selon Johan Detraux, psychologue spécialisé dans les questions religieuses et ancien Témoin de Jéhovah : "Les nouveaux adeptes se trouvent souvent dans une sorte de phase de lune de miel et pensent qu’ils seront heureux pour le reste de leur vie. […] Cela se fait de manière très subtile, mais il s’agit d’un enchevêtrement de manipulations émotionnelles visant à contrôler de plus en plus les gens".

Laura : "Ils se moquaient vraiment de moi. Ils me disaient : 'Tu crois vraiment que la thérapie va t’aider ? Ce sont des choses diaboliques. Finalement, ce sont eux qui m’ont vraiment convaincue d’arrêter la thérapie. J’étais isolée de tout le monde. Je © VRT NWS Pano

Go Church contrôle l’agenda de ses adeptes, exerce un contrôle sur leurs relations sociales, familiales et affectives. Anna n’a pu se marier qu’après avoir obtenu l’accord d’un responsable ecclésiastique.

Plusieurs femmes témoignent avoir subi des abus sexuels. Andreja, a 16 ans quand elle intègre l’église ; elle était sous la tutelle d’un juge pour enfant. L’accueil chaleureux du départ s’est vite transformé en un contrôle oppressant : "En tant que femme, je devais faire la cuisine et le ménage. On m’a dit que je ne devais pas refuser les relations intimes avec un homme".

Anna témoigne anonymement. Elle raconte l’attention particulière que lui portait son pasteur. Un jour il l’appelle dans sa chambre : "Il a passé son bras autour de moi. Il était très gentil, très attentionné. Et puis oui, il a commencé à me toucher comme ça. Oui, sur tout mon corps. Et il m’avait allongée comme ça. Et il a aussi commencé à m’embrasser. J’étais un peu en état de choc. Mais ça a vraiment été le point de départ de plusieurs mois de viols". D’autres jeunes filles racontent qu'elles subissent le même sort.

Les moments dits de l’offrande sont organisés au cours des offices et présentés comme des moments festifs. Les adeptes ne sont pas formellement obligés de donner de l’argent mais la pression est telle qu’ils ne peuvent s’y soustraire. Selon Go Church, les © VRT NWS Pano

Les pressions financières ne sont pas non plus anodines. Des moments spécifiques dits de l’offrande sont organisés au cours des offices et présentés comme des moments festifs. Selon Go Church, les dons sont des "manifestations volontaires de la foi chrétienne". L’organisation nie que les fidèles subissent des pressions lors des collectes.

Un ancien dirigeant qui a notamment contribué au développement des sections de Gand et de Malines a fini par quitter l’église. Morel Harding Kartel a fait partie de la direction de l’organisation pendant deux ans mais il a commencé à se poser de plus en plus de questions : "Les réunions ressemblaient à celles d’agents immobiliers. On ne parlait que de chiffres, de chiffres, de chiffres.", raconte-t-il. "Le système repose sur le recrutement de jeunes, sur le fait de les faire rester, de les former pour qu’ils deviennent des responsables, et de leur vider les poches", ajoute-t-il.

Et tous les flux financiers suivent le chemin du Ghana, là où Go Church a été fondée, et de son fondateur. "Il s’agit de millions", Lawrence Odonkor, un ancien évêque, "et je l’ai entendu dire qu’il était sans doute le pasteur le plus riche du Ghana, ce qui est tout à fait possible".

Morel Harding Kartel a fait partie de la direction de Go Church et participé à la création des sections de Gand et Malines, en Belgique mais a quitté l’église : pour lui, la question de l’argent était devenue la priorité. "On ne parlait que de chiffres", © VRT NWS Pano

Cette église évangélique fait partie du Lighthouse Group of Churches, un réseau ecclésiastique international ne comptant pas moins de 7649 églises dans le monde et des millions d’adeptes en ligne, expliquent les auteurs de l’enquête. Ils se sont rendus au Ghana. C’est là qu’est donc née Go Church. Ils n’ont pas pu rencontrer son fondateur, Dag Heward-Mills, appelé Daddy ou le Prophète par les adeptes.

"Il est littéralement considéré comme un dieu, en quelque sorte. On l’appelle 'papa'. Ce que je trouve d’ailleurs très étrange. Il est vieux, disons. Et il est sage. Du coup, surtout quand il cite des passages de la Bible, on a tout de suite tendance à penser qu’il a raison", explique Laura. Pour elle, "cette église est tout simplement une secte".

Morel Harding Kartel ne dit pas autre chose : "J’ai toujours dit que ma définition d’une secte, c’est un seul homme qui dirige tout, qui ne peut être remis en cause et qui fixe toutes les règles. Selon ma définition, l’évêque Dag est le seul qui compte. Je pense qu’il est même au-dessus de Dieu. C’est donc une secte à 100%".

Le fondateur de Go Church, Dag Heward Mills, lors d’une diffusion en direct sur YouTube, animée par Dag Heward Mills. © VRT NWS Pano

Go Church a finalement répondu aux sollicitations des journalistes par mail. L’église précise ne pas cibler spécifiquement des mineurs. Elle nie toutes allégations de contrôle ou des pressions quelles qu’elles soient, elle rejette catégoriquement la qualification de secte.

Mais qu’en disent les experts ? Selon le sociologue des religions, Wim Vandewiele, de la KULeuven "partout où il y a de l’autorité et du pouvoir, il y a un risque d’abus. Et c’est le cas ici. On constate que l’on utilise des jeunes très vulnérables pour atteindre certains objectifs : gain financier, plaisir sexuel, etc. Je pense qu’il y a certainement des indices qui montrent qu’il s’agit d’un mouvement sectaire néfaste".

Quant au journaliste du Morgen, il a brutalement été considéré persona non grata, après qu’il a pris une photo lors d’un office religieux. "Une fois qu’ils se sont mis en tête que tu n’es plus le bienvenu, eh bien, la porte est définitivement fermée" explique Paul Notelteirs.

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