Les plateformes Web provoquent des milliards en dommages chez les jeunes Canadiens
La consommation effrénée du pire de ce qu’Internet a à offrir par les enfants et les jeunes adultes engendre des coûts pour la société canadienne, chiffrés à entre 2 et 4,8 milliards de dollars par une étude publiée lundi.
Les adolescents passent en moyenne près de cinq heures par jour sur les réseaux sociaux, et ne vont pas bien. Un sur quatre a déjà été victime de cyberintimidation, un sur 10 a vécu une forme d’automutilation numérique, et des dizaines de milliers d’entre eux ont pris l’habitude de jouer à des jeux d’argent en ligne même si cela leur est techniquement interdit.
C’est le portrait peu réjouissant brossé par un nouveau rapport intitulé La sécurité en ligne au Canada. Le coût économique et budgétaire de l’inaction et remis au Devoir. L’étude a été commandée par la Coalition pour des espaces en ligne sécuritaires, un regroupement d’organisations qui pressent le fédéral d’adopter des lois pour encadrer plus strictement les plateformes en ligne.
Son ambition est d’évaluer le coût des différents préjudices imputés aux activités sur le Web pour les enfants et les adultes de 24 ans et moins : l’intimidation en ligne, l’automutilation, les troubles alimentaires, la dépendance aux réseaux sociaux, les discours haineux en ligne, l’exploitation sexuelle ou encore le jeu pathologique.
Le tout est calculé par Tyler Meredith, un ancien conseiller économique de Justin Trudeau et de ses ministres des Finances Bill Morneau et Chrystia Freeland, désormais chercheur en politiques publiques. Cette première modélisation du genre au pays est basée sur des données publiquement accessibles et sur certaines hypothèses inspirées de rapports produits à l’étranger.
Une loi économique
L’étude détaille sur une trentaine de pages comment chacun de ces problèmes liés aux activités en ligne revient très cher pour la société. Le gros de la facture est épongé par les systèmes publics de santé, d’éducation et de justice, ou encore en recettes fiscales perdues par la baisse de productivité des jeunes victimes.
Pour donner un ordre de grandeur, le sacrifice se situerait entre 0,06 % et 0,15 % du PIB du Canada, ou de 178 $ à 422 $ pour chaque enfant, chaque année. La facture est bien sûr distribuée très inégalement ; on estime par exemple que le suicide d’un jeune revient à au moins 3,15 millions de dollars perdus pour la société, et qu’entre 18 % et 25 % d’entre eux découleraient d’une dérive en ligne.
Le rapport a un objectif politique avoué : pousser le fédéral à adopter rapidement des lois visant à rendre les plateformes en ligne « sécuritaires » pour leur utilisation par les jeunes. Selon cette logique, il serait beaucoup moins cher de se doter d’un organisme public chargé de combattre ces préjudices en ligne que de ne rien faire.
Une estimation de 2024 du Directeur parlementaire du budget chiffrait par exemple entre 50 et 60 millions de dollars le coût de fonctionnement annuel d’un organisme fédéral chargé de faire respecter le cadre réglementaire alors proposé par Ottawa. En Australie, une telle institution coûte l’équivalent de 42 millions de dollars ; au Royaume-Uni, autour de 150 millions.
« Malgré des années de promesses et de tentatives législatives, nous demeurons sans régime juridique. D’autres pays, eux, ont agi », peut-on lire dans le plaidoyer.
Difficulté à légiférer
Pas moins de trois projets de loi à ce sujet ont été déposés par autant de ministres libéraux fédéraux en cinq ans.
En 2021, Steven Guilbeault, alors ministre du Patrimoine canadien, a proposé une loi sur la « haine en ligne » devant forcer les plateformes à retirer les contenus préjudiciables, comme les discours haineux, sous peine d’amendes. Il est rapidement mort au feuilleton lors des élections tenues cette année-là.
Le gouvernement Trudeau a ensuite rompu sa promesse de ressusciter l’idée dans les 100 premiers jours de son dernier mandat. Il a accouché en 2024 d’un projet de loi à la portée plus restreinte, contre « les préjudices en ligne », lui aussi mort au feuilleton le jour de la démission de Justin Trudeau.
Voilà que son successeur, Mark Carney, a rebaptisé le portefeuille en nommant, en 2025, un ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes. Le ministre Marc Miller signe ainsi la dernière version du projet de loi « les médias sociaux sécuritaires » (C-34), déposé en juin 2026.
On y propose désormais d’interdire carrément les réseaux sociaux aux jeunes de moins de 16 ans, dans un premier temps, ainsi que de bloquer l’accès aux mineurs à certains sites pornographiques. Ce sera aux plateformes de trouver comment connaître le nombre d’années de vie des internautes. Un nouveau régulateur doit aussi être créé, nommé Commission canadienne de la sécurité numérique.
Les jeunes pourront toutefois continuer d’utiliser à leur guise les plateformes d’intelligence artificielle, une technologie pourtant suspectée d’avoir joué un rôle dans la récente tuerie de Tumbler Ridge. Le gouvernement Carney, qui souhaite plutôt faire entrer l’IA dans les écoles, se contentera d’en exiger une conception sécuritaire pour les enfants. Le projet de loi doit être débattu au Parlement cet automne.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.