France: de multiples mobilisations annoncées ce 17 octobre pour une «convergence des luttes»

Quelque 200 000 manifestants sont attendus par les autorités samedi 17 octobre, à six mois de la présidentielle, dans toute la France pour protester contre la vie chère et demander davantage de moyens pour l'éducation, le président Emmanuel Macron appelant de son côté « au calme » face au risque de débordements.
Publié le :
5 min Temps de lecture
Cette « convergence des luttes », redoutée par le pouvoir, intervient sur fond de fortes tensions sociales, alimentées par la colère des lycéens, la flambée des carburants et par une baisse du pouvoir d'achat dans la deuxième économie de la zone euro, surendettée et sous étroite surveillance des marchés financiers.
Selon une source policière, quelque 150 000 personnes devraient participer aux manifestations hors agglomération parisienne. Les prévisions pour la capitale se situent autour de 40 000 manifestants. Dans toute la France, environ 500 actions sont « envisagées » et plus de 90 manifestations sont « en cours de structuration », selon l'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui anticipe des « débordements ».
Le ministre de l'Intérieur a par ailleurs donné instruction aux policiers d'utiliser en cas de besoin toutes les armes dont ils disposent légalement, parmi lesquelles les grenades assourdissantes. Leur utilisation avait été suspendue suite à l'accident qui a eu lieu à Lens et qui a coûté la main à un lycéen lors d'une mobilisation. Interrogé par nos confrères de France 2, Laurent Nuñez annonce que ce type de grenade pourrait être à nouveau utilisé par les forces de l'ordre lors de la mobilisation de ce samedi.
S'il devait y avoir des violences urbaines extrêmement graves en marge d'un cortège ou ailleurs, évidemment ce type d'armement peut être utilisé. Mais la grenade assourdissante n'est jamais utilisée en maintien de l'ordre dans une manifestation.
00:50
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez évoque la possibilité d'utiliser des grenades assourdissante pour la mobilisation du 17 octobre
France 2
À lire aussiMobilisation des lycéens en France: l'ONU «inquiète» face aux violences, le mouvement appelé à se poursuivre
Le président Emmanuel Macron lance un appel au calme
Les autorités ont interdit les manifestations aux abords des sites sensibles parisiens (présidence, siège des services du Premier ministre, Assemblée nationale…) mais aussi sur les célèbres et très touristiques Champs-Élysées. Emmanuel Macron a d'ores et déjà lancé vendredi 16 octobre, depuis Bruxelles, un appel « au calme » à la veille des manifestations du 17 octobre prévues en France, estimant que le « droit de manifester » doit s'accompagner du « respect » sans « insulter » ni « casser ».
Le droit de manifester « pleinement respecté » va avec « le respect des personnes et le respect des biens, et donc de ne pas insulter et de ne pas casser. Et donc j'appelle au calme et au respect pour préserver ce droit », a déclaré le chef de l'État. La « responsabilité » de manifester, « c'est d'être respectueux, d'organiser les cortèges, comme savent le faire les grandes formations politiques ou les syndicats. Le problème, c'est quand ils sont justement non organisés et qu'il y a des éléments qui sont là uniquement pour casser, pour créer du trouble. Et ça, c'est non », a-t-il ajouté.
Le président a par ailleurs redit son soutien à son gouvernement et aux forces de l'ordre. « Ce sont des moments qui sont très durs pour nos forces de l'ordre, qui sont confrontées à une extrême violence », a-t-il déclaré. « Nul ne s'engage dans la police ou la gendarmerie pour subir des assauts comme ceux qu'ils ont subis, par exemple, il y a quelques jours, de la part de gens qui ne connaissent que la violence et le désordre », a poursuivi Emmanuel Macron.
Le Premier ministre face à la pression de LFI et du RN
Signe de la vigilance du gouvernement, le Premier ministre Sébastien Lecornu a convoqué une cellule interministérielle de crise (CIC) samedi.
Le Premier ministre doit également faire face à la pression de LFI et du RN. Les Insoumis continuent en effet de surfer sur le mouvement avec de nombreux députés attendus dans les cortèges et l'espoir d'une « convergence des luttes ». Jean-Luc Mélenchon appelle le Premier ministre à donner des consignes de retenue aux forces de l’ordre et à interdire « le recours aux armes mutilantes ».
Tout autre positionnement pour Jordan Bardella qui souhaite incarner l'ordre et va jusqu'à dénoncer « la France du chaos » et apporte sans surprise son soutien aux policiers. Le patron du RN se dit inquiet de débordements et voit dans cette mobilisation « un prétexte pour l’ensemble des groupuscules d'extrême gauche », « de se rassembler derrière Jean-Luc Mélenchon ».
À lire aussiPrésidentielle française 2027: la gauche fait campagne sur la colère sociale
Le souffle du mouvement lycéen
L'origine de cet appel provient en réalité du compte TikTok V2, la page d'un jeune homme qui ne se revendique pas des gilets jaunes, ni d'un quelconque mouvement politique. Il exprime son mécontentement face à la hausse des prix. Lycéens, étudiants, agriculteurs, pompiers ou encore chauffeurs de VTC sont attendus dans la rue. C'est le cas d'Eric Drouet, figure des « gilets jaunes », pour qui la situation des Français ne s'améliore pas, au contraire.
Le Français moyen, il fait trois pleins [d'essence], il a amputé la moitié de son salaire. Tous ceux qui sont au SMIC ou qui sont à mi-temps, ou qui ont des petits boulots, ils peuvent pas s'en sortir.
00:54
Eric Drouet, figure des «gilets jaunes»
François Ballarin
La première vague d’appel à se mobiliser contre l’envolée des prix des carburants le 17 octobre n’avait, au départ, pas convaincu les gilets jaunes. Depuis, les contestations de la jeunesse pour améliorer les conditions d’études dans les lycées et les universités lui ont donné un nouveau souffle. Il y a une émulation à un tel point qu'on parle d'une convergence « gilets jaunes-gilets jeunes ».
Le souvenir du mouvement social d'ampleur des « gilets jaunes » en 2018-2019, au début du premier mandat du président Emmanuel Macron, est dans tous les esprits. Il avait débuté pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants. Les images des violences en marge des manifestations, notamment sur les Champs-Élysées, avaient fait le tour du monde. Ce mouvement inédit avait été marqué par 11 morts en marge des mobilisations (notamment accidents routiers et malaises), 23 éborgnés et quelque 2 500 blessés parmi les manifestants ainsi que 1 800 blessés chez les forces de l'ordre.
À lire aussiLes «gilets jaunes», symptôme d'une fracture territoriale
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.