En Alberta, des tentatives d’ingérence aux effets limités sur la campagne référendaire

Le scrutin du 19 octobre en Alberta a pu constituer un terrain fertile pour l'action étrangère au Canada au cours des derniers mois.
Les interventions de l'extérieur, notamment venues de la Russie et des États-Unis, se sont multipliées selon certaines études, quoique plusieurs experts estiment que leurs effets ont été limités dans la réalité du processus.
Des acteurs étrangers ont un intérêt à voir la séparation de l’Alberta, ils produisent du contenu et manipulent l’espace [... ] Toutefois, ça ne pénètre pas la conversation de façon indue.
Le contenu des séparatistes albertains domine les réseaux sociaux, alors que l'influence américaine ou russe
y est moins importante, selon Jean-Christophe Boucher, professeur en sciences politiques à l'Université de Calgary.
C'est comme si je vous donnais un verre d'eau et que j'y rajoutais une goutte russe et une goutte américaine. Elles participent à la conversation, mais leur poids reste minime par rapport au contenu domestique.
Ingérence contre influence?
Certains experts tentent de distinguer l'ingérence
, clandestine et destinée à diviser la population et la confiance dans les institutions, qui serait plus proche de ce que font les Russes, et l'influence
, ouverte et cherchant à façonner l'opinion, plus proche de l’approche américaine.
Selon Disinfowatch (nouvelle fenêtre), le réseau russe Pravda Network a mentionné des termes comme Alberta
et 51e État
à 67 reprises entre décembre 2025 et avril 2026. L'opération visait à contaminer les modèles d'intelligence artificielle pour orienter leurs résultats au profit de Moscou (nouvelle fenêtre).
Du côté américain, des figures du mouvement MAGA tentent d’alimenter le discours séparatiste.
Un des derniers exemples en date est la réaction d'Elon Musk à l'élection de Paul Saint-Pierre Plamondon au Québec, déclarant que l'Alberta et la Saskatchewan devraient emboîter le pas et se séparer.
Mais pour Jean-Christophe Boucher, cette distinction noie le poisson
.
Dans les deux cas, de l’ingérence, c’est de l’influence. Ce n’est pas mutuellement exclusif.
Selon lui, la question à se poser pour évaluer l’impact de l’étranger dans le processus référendaire est autre : Est-ce qu’il y a manipulation de l’information ou non? Et, est-ce qu’elle se fait dans l’écosystème canadien ou non?
Quand l’État s’en mêle
Selon Jean-Christophe Boucher, les choses prennent une tout autre dimension, lorsqu’un membre haut placé d’un gouvernement étranger se positionne ouvertement sur la question.
Ce fut le cas en janvier 2026 au Forum économique mondial de Davos lorsque le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré que l’Alberta est un partenaire naturel pour les États-Unis. Cette province dispose de ressources exceptionnelles. Les Albertains sont des gens très indépendants
.
Je pense qu’on devrait les laisser [les Albertains] s’établir aux États-Unis.
Ces propos ont été tenus lors d'une conversation avec l’influenceur MAGA Jack Posobiec, qui entretient des liens étroits avec Rebel News, un média canadien que le Conseil de presse du Québec qualifie d’organisation militante proche des milieux d’extrême droite
et qui trouve un écho particulier chez une partie des séparatistes albertains.
Un membre de l’administration américaine qui parle directement à un écosystème connecté au Canada et fait des déclarations séparatistes, c’est de l’ingérence
, estime Jean-Christophe Boucher, professeur en sciences politiques à l'Université de Calgary.
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