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Sunday, September 27, 2026

Jean-François Clervoy : « La conquête spatiale nous offre une perspective de civilisation »

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Avec l'avènement du New Space, les entreprises privées investissent de plus en plus dans la conquête spatiale. Malgré cela, les obstacles qui sont devant nous restent difficiles à franchir. La quantité d'énergie colossale nécessaire pour atteindre l'orbite terrestre, les difficultés immenses des voyages lointains, les risques inhérents aux missions et les rivalités stratégiques entre puissances sont autant de freins qui doivent être levés pour que nous puissions faire mieux que ce que nous avons déjà fait.

Jean-François Clervoy, astronaute de l'Agence spatiale européenne, fondateur d'Air Zero G, et ancien membre du groupe 14 de la Nasa, éclaire pour nous la route qui mène aux étoiles.

Futura : On parle beaucoup d’accélération de la conquête spatiale avec le New Space. Qu’est-ce qui nous empêche encore d’aller plus loin dans l’espace ?

Jean-François Clervoy : Il y a plusieurs freins. Le principal, pour les voyages lointains, reste la durée du trajet. Rappelons qu'il faut six mois au minimum pour aller sur Mars. Aujourd'hui, nous dépendons toujours essentiellement de la propulsion chimique. Tant qu'on ne disposera pas d'une technologie plus performante, les temps de voyage resteront une contrainte majeure.

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Le deuxième frein, ce sont les coûts. Les lois de la physique nous imposent une dépense d'énergie énorme pour atteindre la vitesse orbitale terrestre, qui se situe à 28 000 km/h. On peut réutiliser les lanceurs et optimiser les opérations, mais on ne supprimera pas cette exigence énergétique colossale.

Futura : Faut-il attendre une révolution de nos connaissances en physique pour changer d’échelle ?

Jean-François Clervoy : C'est probablement là que se trouve une partie de la solution. Nous sommes limités par les moyens consacrés à la recherche, notamment en physique fondamentale. Je pense que nos connaissances actuelles restent très incomplètes. La physique des siècles à venir sera certainement très différente. Nous trouverons alors des moyens qui sont actuellement hors de notre portée.

À très long terme, il faudra de toute façon que nous apprenions à vivre ailleurs que sur Terre puisque notre Planète finira par disparaître. La conquête spatiale nous offre une perspective de civilisation.

Jean-François Clervoy a participé à la mission de la Nasa qui avait pour objectif de réparer Hubble. © Le Figaro

Futura : Le retour vers la Lune avec Artemis donne pourtant l’impression d’un nouvel élan. Pourquoi est-ce si difficile, plus d’un demi-siècle après Apollo ?

Jean-François Clervoy : D'abord, parce que les moyens ne sont plus les mêmes. Au temps d'Apollo, la Nasa disposait d'une part du budget fédéral américain sans commune mesure avec celle d'aujourd'hui. Ensuite, Artemis ne consiste pas simplement à refaire ce qu'Apollo a fait. L'objectif est d'aller vers des missions de plus longue durée, dans des zones plus complexes, avec une architecture différente et davantage de partenaires.

Le rythme restera donc probablement lent, mais les acteurs privés peuvent nous permettre de passer la seconde en absorbant une partie des coûts fixes, et en allégeant la charge budgétaire des programmes institutionnels.

Futura : Est-ce là, selon vous, la vraie révolution du New Space ?

Jean-François Clervoy : Oui, davantage que l'idée d'une démocratisation immédiate de l'accès à l'espace. Le New Space me rappelle les grandes vagues d'enthousiasme technologique, comme celle qui avait accompagné l'essor d'Internet au début des années 2000. Beaucoup d'entrepreneurs se lancent, et il y a énormément d'argent à lever.

Cette dynamique privée va accélérer certaines activités. En orbite basse, il y aura davantage de missions commerciales, touristiques ou hôtelières. Cependant, cela restera un marché de niche car même avec une forte baisse des coûts, un siège orbital restera extrêmement cher. Je ne crois pas au billet à 200 euros pour monter dans une fusée dans les prochaines décennies.

Futura : Cette ouverture s’accompagne aussi d'une volonté de militarisation, notamment de la part de la Russie et de la Chine. Est-ce que cela marque une rupture ?

Jean-François Clervoy : L'espace a toujours intéressé les militaires. Aujourd'hui, les fonctions les plus évidentes sont la navigation, les communications, l'observation et le renseignement. Toutes les grandes puissances spatiales étudient aussi ce qu'il est possible de faire à des orbites différentes, comme par exemple autour de la Lune.

Est-ce que cela peut aller jusqu'à des affrontements dans l'espace ? Je ne le pense pas. Il est simplement logique que les militaires s'intéressent à ce nouveau domaine stratégique.

Futura : Si nous refaisions cette interview dans 50 ans, à quoi ressemblerait la présence humaine dans l’espace ?

Jean-François Clervoy : Dans 50 ans,  je pense que nous aurons marché sur Mars. Tout indique aujourd'hui que ce sera le cas. Il pourrait même y avoir des équipes qui se relaient à intervalles réguliers, tous les deux ou trois ans.

Sur la Lune, j'imagine une présence habitée plus fréquente, peut-être quasi continue tout au long de l'année. En orbite terrestre, un petit marché privé aura pris forme. Pour autant, nous dépendrons encore de moyens énergétiques extrêmement coûteux, donc l'accès à l'espace restera réservé à un petit nombre de personnes.

Le métier d'astronaute aura changé. Aujourd'hui, les vaisseaux sont déjà de plus en plus automatisés. Demain, les professionnels de l'espace ne seront plus des experts de l'ensemble des systèmes. Il y aura des spécialisations, maintenance, exploitation, communications, gestion des ressources, opérations scientifiques... C'est aussi le signe que la conquête spatiale est en train de franchir une étape.

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