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Wednesday, October 7, 2026

Famille, croyances, réalité : un film fascinant qui fera vaciller vos certitudes

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Peut-on toujours comprendre ceux qu’on aime ? Avec Ton animal maternel, en salle aujourd’hui, Valentina Maurel signe un film puissant et déroutant sur les liens qui nous unissent dans un monde où plus rien ne semble tout à fait certain.

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De retour au Costa Rica après des études en Europe, Elsa retrouve sa petite sœur Amalia, seule dans la maison familiale. De plus en plus insaisissable, celle-ci semble enfermée dans des croyances ésotériques. Elsa essaie d’alerter leurs parents, mais ni le père, trop occupé par ses nouvelles conquêtes, ni la mère, absorbée par la réédition des poèmes érotiques de sa jeunesse, ne semblent prendre la mesure de la situation. Le retour d’Elsa engage les trois femmes à interroger leur lien indéfectible.

Quand les différences façonnent les relations familiales

Réalisatrice et scénariste franco-costaricienne, Valentina Maurel réalise en 2022 son premier long métrage, Tengo sueños eléctricos, qui lui vaut le Léopard de la meilleure réalisation au Festival international du film de Locarno, tandis que les comédiens Daniela Marín Navarro et Reinaldo Amien y sont primés pour leurs interprétations. Toujours avec ces deux acteurs brillants, son deuxième film Ton animal maternel – en salle cette semaine – confirme l’émergence d’une cinéaste à la sensibilité profonde, attentive aux rapports intimes et aux liens familiaux complexes.

Avec ce nouveau long-métrage, la réalisatrice continue de sonder ce qui se joue au sein d’une famille. Au cœur du récit : deux parents séparés depuis une dizaine d’années et leurs deux filles. Des personnages tour à tour attachants, lâches ou détestables, que la réalisatrice refuse de réduire à une seule facette. À propos d’Isabel, la mère – jouée par la comédienne de théâtre mexicaine reconnue Marina de Tavira – elle explique : « Ne rien gommer de son égoïsme, et pourtant lui donner la possibilité d’être émouvante, ou tout du moins humaine. Isabel se contredit tout le temps, comme beaucoup d’entre nous. » Une approche qui ancre le récit dans le réel et nous renvoie, par la même occasion, à nos propres relations familiales.

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Elsa, l’aînée (Daniela Marín Navarro), étudie l’anthropologie en Belgique. Largement imprégnée de la culture européenne, cette jeune femme indépendante, cultivée, à l’aise avec son corps et dotée d’une vision très rationnelle et athée du monde, retrouve son pays natal, Le Costa Rica, avec un regard qui a changé. Face à elle, sa petite sœur Amélia (Mariangel Villegas) a arrêté ses études et squatte la maison familiale qu’elle laisse tomber en ruine. Elle y accueille plusieurs marginaux qui partagent avec elle une même croyance en Dieu, aux esprits et aux fantômes. Un mode de vie qui inquiète Elsa, qui juge sa sœur et tente tant bien que mal de la raisonner, tout en cherchant à l’aider.

Mais derrière cette volonté de “réparer les choses”, se dessine aussi un décalage culturel. La réalisatrice explique : « La façon très européenne qu'a la grande sœur de vouloir aider, réparer, sauver, ne colle pas à la façon dont ce pays tient, notamment en accordant une place prépondérante à la poésie, à la dimension magique, ou spirituelle, à la religion aussi… Le Costa Rica négocie comme il peut avec le réel. »

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Pour autant, Ton animal maternel ne cherche pas à désigner celle qui aurait raison. Car si Elsa semble avoir trouvé sa voie en Europe, son besoin de comprendre et de remettre de l’ordre ne suffit pas à la rendre plus heureuse. Pour preuve, elle éprouve quand même le besoin de revenir dans son pays natal. Amélia, elle, a choisi un chemin radicalement différent. Quant à leurs parents, ils paraissent déconnectés des préoccupations de leurs filles. Chacun semble surtout occupé à vivre une nouvelle jeunesse : prendre du temps pour soi, refaire sa vie, ou encore recourir à la chirurgie.

Le retour au pays, la distance qui s’est creusée avec notre famille, les bouleversements qui accompagnent chaque âge de la vie… Valentina Maurel s’intéresse ainsi à ce qui nous lie aux autres, mais aussi à ce qui nous sépare. À ceux qui restent et à ceux qui partent, à ceux qui conservent les habitudes de leur pays et à ceux qui adoptent d’autres manières de vivre. Une façon de montrer que, même au sein d’une même famille, chacun peut avoir sa propre manière de composer avec le réel.

Comment continuer de croire dans un monde toujours plus absurde ?

Dans un monde où les repères traditionnels se dissolvent, que signifie encore croire ? Avec Ton animal maternel, Valentina Maurel cherche notamment à montrer ce que signifie « être paumée, dans un petit pays et un monde de post-vérité, où l’existence de Dieu devient aussi invérifiable que certaines théories complotistes absurdes ».

Cette ambiguïté est au cœur du personnage d’Amélia. Sa sensibilité mystique relève-t-elle d’une véritable expérience spirituelle, d’une posture esthétique, d’une manière d’habiter le monde ou d’un trouble psychique ? Le film ne cherche jamais vraiment à trancher. Et pour la réalisatrice, cette distinction elle-même a perdu de son importance : « Mais elle évolue dans un univers où précisément, la question de savoir ce qui est “vrai” n’est peut-être pas essentielle. » Plutôt que de chercher à établir une vérité définitive, la réalisatrice laisse ainsi coexister plusieurs façons de percevoir le réel.

La croyance passe d’ailleurs aussi par l’art, et notamment par la poésie. Poétesse érotique reconnue dans sa jeunesse – comme la mère de la réalisatrice –, la mère d’Elsa et d’Amélia a puisé dans ses textes la force d’affronter sa vie de femme et de mère. Elsa, de son côté, s’intéresse à la peinture. Dans un quotidien parfois dénué de repères, l’art devient alors une autre manière de donner du sens au monde, mais aussi d’y faire entrer un peu de beauté.

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Cette recherche de beauté se retrouve jusque dans le choix du décor. Valentina Maurel a choisi de filmer San José, la ville où elle a grandi, loin de l’image touristique que l’on pourrait attendre du Costa Rica. Une ville où les bâtiments sont régulièrement rasés pour laisser place à des parkings, traversée par une route panaméricaine où circulent d’imposants camions de marchandises. Elle explique : « Filmer cette ville que tout le monde, à commencer par ses habitants, trouve moche, voire horrible, représentait pour moi un vrai défi (...) Et le fait qu’elle soit difficile à saisir, qu’il soit impossible d’y poser le moindre regard touristique me donne d’autant plus l’envie de la filmer. »

Une démarche qui résume finalement assez bien celle du film : ne pas chercher à embellir artificiellement le réel, mais trouver comment le regarder autrement. Car pour sa réalisatrice, « la vérité n’est pas une théorie, un sujet, mais une expérience vécue. Et l’on fait, comme on regarde, des films non pas pour apprendre des choses, ni même pour s’y retrouver, mais pour s’y perdre. » Une conception du cinéma qui invite moins à trouver des réponses qu’à accepter de se laisser déstabiliser.

Et si le propre des bons films était de nous laisser avec plus de questions que de réponses ? Ton animal maternel est de ceux-là : une œuvre forte, troublante et singulière, à découvrir cette semaine au cinéma.

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