Paris célèbre la bijouterie contemporaine martiniquaise avec Adeline Chapin

En octobre, Parcours Bijoux célèbre la bijouterie contemporaine. Expositions, conférences et ateliers donnent à découvrir un bijou à la croisée de l'art, du design et de l'artisanat. Plus de 200 artistes et artisans innovants investissent une trentaine de lieux parisiens. Parmi eux, Adeline Chapin, documentaliste et artisane bijoutière martiniquaise, se distingue par un parcours mêlant passion créative, engagement patrimonial et transmission culturelle.
J'ai toujours créé, donc c'est quelque chose qui fait partie de moi. J'y ai trouvé un accomplissement. Ça me permet d'exprimer ce que je ressens, de faire passer des messages.
Documentaliste, artisane bijoutière et fondatrice de la marque Calendé, Adeline Chapin fait dialoguer deux savoir-faire que l'on associe rarement. « C'est un projet qui fait se rejoindre la bijouterie et la documentation », explique-t-elle. Née à Schœlcher, en Martinique, elle grandit au contact direct de la nature : les fourmilières observées pendant de longues minutes, les parfums fabriqués avec les roses de sa grand-mère, les jeux avec sa sœur et ses cousins nourrissent son imaginaire.
Après des études en géographie puis en documentation à Toulouse, puis un master en gestion de l'information à Paris, elle exerce comme documentaliste dans le secteur du luxe et de la mode. Parallèlement, elle se forme à la bijouterie à Paris Atelier puis à Atelier Elemento : « Plus je pratiquais et plus je me rendais compte que c'était quelque chose qui me correspondait, qui me permettait d'exprimer ce que je voulais faire comme pièces et ce que je voulais porter comme bijoux. »
Un patrimoine bijoutier martiniquais à préserver
Animée par le désir de préserver le savoir-faire traditionnel martiniquais, elle fonde Calendé en 2015 et crée une association dédiée à la valorisation du bijou traditionnel de son île. Son processus créatif est ancré dans la mémoire : une photo, un dessin, un souvenir peuvent déclencher la naissance d'une pièce. Elle esquisse, cherche la forme, travaille directement le métal, puis teste ses bijoux « au porté » pour comprendre comment ils vivent et quel dialogue ils instaurent avec celles et ceux qui les découvrent.
Adeline Chapin utilise principalement le laiton, mais aussi l'argent et l'or, pour créer des pièces habitées par des histoires : dahlias, nids de guêpes, boucles d'oreilles chenille, colliers grain chou, mailles concombre ou fermoirs barillet... Chacun de ces bijoux renvoie à des formes concrètes, à la flore, aux objets du quotidien, à des gestes anciens. « Je me rends bien compte que le patrimoine que je connais mérite d'être valorisé », dit-elle, rappelant combien la culture orale martiniquaise et les catastrophes passées, comme l'éruption de la Montagne Pelée, ont fragilisé la transmission des savoirs.
Totems de mémoire et transmission aux générations futures
Au fil de résidences artistiques et de rencontres avec des bijoutiers et collectionneurs, Adeline Chapin enquête, documente et reconstitue la mémoire de pièces emblématiques. « C'est là toute la beauté des petites enquêtes que je mène, c'est de pouvoir mettre des histoires sur ces pièces », confie-t-elle. Ses bijoux deviennent de véritables totems : ainsi, ce bijou en hommage à la flûte des mornes, instrument emblématique de la musique martiniquaise. « Pour moi, le son de la flûte des mornes, c'est le son martiniquais. Dès que je l'entends, me ramène à chez moi », dit-elle.
Au-delà de la création et des expositions comme « Zanoclou », présentée dans le cadre de Parcours Bijoux, Adeline Chapin s'engage dans la transmission. Elle anime des ateliers où l'on apprend à reconnaître, nommer et représenter le bijou traditionnel. Elle constate que beaucoup ignorent la forme ou le nom de ces pièces, parfois absentes de la chaîne familiale de transmission. Son objectif est atteint « quand les enfants me disent qu'ils vont demander à leurs parents de voir leur bijou », quand le bijou recrée la discussion au sein des familles.
Ainsi, le travail d'Adeline Chapin dépasse largement l'ornement : « C'est important pour valoriser ce qu'on est, de savoir d'où l'on vient et ce qui nous a amené là où on est. » Ses créations, entre mémoire, enquête et poésie, font de la bijouterie martiniquaise un patrimoine vivant, appelé à rayonner bien au-delà des frontières de l'île.
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