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Monday, October 5, 2026

Fulgore tacheté | Une nouvelle espèce envahissante s’approche (lentement) du Québec

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Après la Chine, la Corée du Sud, le Japon et les États-Unis, maintenant le Canada et bientôt le Québec. Il ne s’agit pas de la tournée d’une étoile de la pop, mais plutôt de l’arrivée d’un petit insecte qui fait des ravages partout où il passe. Gros plan sur le fulgore tacheté.

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Le fulgore tacheté ? Mais qu’est-ce que c’est ?

C’est un insecte qui mesure 2,5 cm à l’âge adulte. Très coloré, il diffère des autres insectes ravageurs qui ont été introduits en Amérique du Nord au fil des ans. Il ressemble à un papillon, mais il ne faut pas se fier à son apparence inoffensive : le fulgore tacheté (Lycorma delicatula) est une véritable menace pour une centaine d’espèces d’arbres et de végétaux. Il se nourrit entre autres sur les pommiers, les pruniers, les pins, les chênes, les érables et les peupliers. Il affectionne particulièrement les vignobles et les vergers.

Il y en a au Québec ?

Pas encore, du moins pas officiellement. Il y a eu des observations au Québec depuis 2022, mais ça n’a pas été confirmé de façon officielle par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), explique Jacques Brodeur, professeur de biologie à l’Université de Montréal et spécialiste des espèces envahissantes. Le 15 septembre dernier, l’ACIA a confirmé la présence du fulgore tacheté pour la première fois au Canada, à Windsor, en Ontario. En Amérique du Nord, l’insecte a été détecté en 2014 en Pennsylvanie. En un peu plus de 10 ans, il a colonisé au moins une quinzaine d’États américains, dont le Vermont et l’État de New York.

PHOTO MATT ROURKE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Fulgore tacheté, à Chester, en Pennsylvanie

Réussira-t-il à s’établir au Québec ?

« Ça semble inévitable », mentionne David O’Connor, chargé de projets au Conseil régional de l’environnement de l’Estrie. Le risque est bien réel, mais pas imminent, juge cependant Jacques Brodeur. Il décrit le fulgore comme un touriste qui vient passer l’été au Québec, mais ne survit pas aux rigueurs de l’hiver. L’insecte finira par s’établir sous nos latitudes, mais pas avant 2050 avec le réchauffement du climat québécois, précise l’expert.

Pourquoi craindre à ce point un petit insecte ?

Le fulgore tacheté s’attaque à une grande variété d’espèces de végétaux et d’arbres d’une manière plutôt inusitée. Il se nourrit des feuilles et de la sève des arbres et rejette ensuite un liquide collant et sucré appelé miellat, qui s’accumule sur les feuilles, sur l’arbre et au sol. Ce liquide favorise la croissance de champignons qui menacent la survie de l’arbre infesté. La scène peut être spectaculaire : des centaines voire des milliers d’insectes s’attaquent parfois à un seul arbre en même temps.

Le fulgore apprécie particulièrement l’ailante glanduleux (Ailanthus altissima), aussi appelé frêne puant, entre autres, qu’on retrouve notamment dans le sud de l’Ontario. « Pour des raisons climatiques, c’est une zone qui est propice à la reproduction de l’insecte, mais c’est aussi le seul endroit au Canada où l’on retrouve ce type d’arbre. C’est vraiment une question de temps avant que le fulgore tacheté ne s’implante dans la péninsule ontarienne », affirme Jacques Brodeur.

Il va tuer des arbres. Personne ne va mourir, quand même ?

C’est vrai. Cet insecte ne menace pas la santé humaine, mais il peut faire des dommages importants. En Pennsylvanie, une étude a estimé que juste dans cet État, il a le potentiel de causer des dommages économiques d’au moins 324 millions de dollars par année. Des vignobles ont d’ailleurs perdu jusqu’à 90 % de leur récolte après avoir été infestés par le fulgore tacheté. Aux États-Unis, on estime que plus de 80 % des régions où l’on cultive des vignes réunissent les conditions favorisant l’apparition du fulgore tacheté. Sur son site internet, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) mentionne que l’insecte constitue une menace pour les secteurs de l’agriculture, de l’acériculture et de la foresterie.

Comment un si petit insecte se déplace-t-il sur d’aussi grandes distances ?

Le fulgore tacheté est originaire de Chine. Il a été détecté en Corée du Sud au début des années 2000 avant de transiter par le Japon et de faire son arrivée en Amérique du Nord. Il utilise à peu près tous les moyens de transport à sa portée pour se déplacer sur de grandes distances : voitures, camions, trains et bateaux. Il a fait son entrée en Pennsylvanie avec une cargaison de pierres décoratives importées de Chine.

Et la question qui tue : peut-on en venir à bout ?

La réponse est non. « C’est très, très difficile d’éradiquer des insectes, surtout des insectes qui sont très mobiles comme le fulgore tacheté », indique Jacques Brodeur. Mais la bonne nouvelle, selon lui, c’est qu’il n’a pas encore fait des dommages aussi importants que l’agrile du frêne, par exemple. « On s’est aperçu que, oui, il y a des dommages, mais pas de l’ampleur qu’on avait prévue à l’origine. »

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