«C’est une logique de survie»: la consommation drogue dans les rues de Marseille en augmentation

À Marseille, la consommation de crack a fortement augmenté ces derniers mois avec de plus en plus de consommateurs dans la rue. Après un été caniculaire, les habitants du Ier arrondissement de la ville sont à bout, tous les jours témoins de prostitution et de consommation de drogue à ciel ouvert. Ils réclament l’ouverture d’une Halte soins addiction (HSA) pour prendre en charge les consommateurs qui vivent dans la rue, deux ans après l’abandon du projet.
De notre correspondante à Marseille,
En ce dimanche matin de septembre, les habitants du square Labadié ont décidé d’organiser un vide-greniers sur une place d’ordinaire plus utilisée pour la consommation de crack et le trafic de drogue. « Avec la canicule, on a dû ouvrir nos fenêtres et dormir les fenêtres ouvertes, avec des cris de douleur à toute heure de la nuit, soudains et brusques, des filles qui se font ramasser, qu’on retrouve en sang, sans les dents, des gens qu’on retrouve complètement inanimés sur le pas de nos portes, en plein soleil », déplore Jacques-Antoine, habitant du quartier.
Des exemples, Jacques-Antoine en a plein. À son stand d’information, il écoute patiemment les souffrances de ses voisins : « Ça tape aussi sur les nerfs de tout le monde. Je discute avec des gens qui sont au bord du burn-out. »
Le Sleep In, qui disposait de 15 places d’hébergement et proposait des consultations médicales dans le quartier de la gare, a fermé en mai pour travaux, sans offrir de solution alternative. Pour Josette, qui habite le quartier depuis 1974, cette fermeture a provoqué un déclic : « C’est le résultat de la fermeture. Donc, pour ceux qui ne veulent pas qu’il y ait des lieux comme ça, ils ont bien tort, parce que ça permet quand même de prendre en charge les personnes en très grande difficulté. Je ne voudrais pas de la répression, mais qu’on s’occupe de ces personnes, qu’on les accompagne, qu’il y ait d’autres Sleep In. »
Impuissants face à la situation, les habitants se sentent abandonnés. Ils subissent au quotidien des images violentes, des cris, et voient, sur le pas de leur porte, des personnes à la rue extrêmement vulnérables. Murielle milite pour l’ouverture d’une Halte soins addictions (HSA), une salle de consommation de drogues, et a décidé de s’engager dans une association qui effectue des maraudes : « Il y a un dispositif qui offre quelques logements, quelques hébergements, qui vient d’ouvrir, et on peut observer à quel point ça va vite, beaucoup mieux. J’en connais certains qui, en l’espace d’une semaine, se sont transformés et vont beaucoup mieux. Et ça, ça fait plaisir et ça démontre que l’accès au logement est la priorité. »
« Quand on vit dans la rue, consommer une substance qui va nous faire oublier cette situation, c’est une logique de survie »
De son côté, Hassin a été cantonnier dans le quartier. Lors de ses tournées, il collectait systématiquement des seringues et d’autres matériels usagés : « Quand j'étais au chômage, je ramassais une moyenne de 10 seringues par jour. C'est une catastrophe. Ce n'est pas passible de ne pas s'en occuper. Il faut protéger nos enfants et nos animaux. »
Les consommateurs de crack sont de plus en plus jeunes, avec de plus en plus de femmes, remarque Marianne Poisson, coordinatrice de Tempo pour Médecins du Monde, un dispositif qui vise à réunir et à coordonner toutes les structures d’aide socio-médicale : « La consommation de substances est une échappatoire, c’est une logique de survie, en fait, dans la rue. C’est totalement corrélé à la précarité, à la vulnérabilité croissante des publics concernés. Quand on vit dans la rue, qu’on n’a pas d’autre perspective que la rue, la débrouille, etc., ben honnêtement, consommer une substance qui va nous faire oublier cette situation, c’est une logique de vie. En fait, c’est une logique de survie. »
Le maire divers gauche de la ville, Benoît Payan, a saisi le Premier ministre avant l’été pour demander la mise en place d’un plan interministériel dédié à la prise en charge des scènes de consommation à Marseille… Une lettre restée, pour l’instant, sans réponse.
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