Ce que les archéologues viennent de découvrir pourrait changer notre regard sur certains récits de la Bible

De la Turquie du Nord-Ouest à la Haute-Égypte en passant par le centre de l'Irak, plusieurs travaux publiés cette année documentent l'expansion du christianisme primitif, la naissance de la tradition monastique et les pratiques rituelles des premières communautés. S'y ajoute un témoignage direct de l'un des souverains les plus présents dans l'Ancien Testament.
Les travaux publics de Nabuchodonosor II
Le roi néo-babylonien Nabuchodonosor II, qui régna jusqu'au milieu du VIe siècle avant notre ère, occupe une place singulière dans l'Ancien Testament. Il y apparaît comme un contrepoint à des figures telles que le prophète Daniel, et comme l'instrument d'un châtiment divin lorsqu'il supervise la destruction du temple de Jérusalem et l'exil à Babylone.
Un article publié dans la revue Iraq examine deux cylindres de terre cuite découverts par des habitants aux abords de la ziggurat de Kish, cité déjà plusieurs fois centenaire à la naissance du souverain.
Des épisodes de l’Ancien Testament datés grâce aux variations du champ magnétique terrestre
Dans quelle mesure les textes de l’Ancien Testament ont-ils un fondement historique ? L’étude de plusieurs sites archéologiques a permis, notamment grâce à un nouvel outil de datation se basant sur les variations du champ magnétique, de corroborer plusieurs événements relatés dans les récits bibliques.... Lire la suite
Ces structures à degrés, bâties en briques de terre séchée au soleil, reliaient symboliquement le ciel et la terre et servaient de demeures aux dieux dans toute la Mésopotamie.
Longs de quelques centimètres et couverts d'écriture cunéiforme, les cylindres rendent compte des travaux de restauration engagés sur l'édifice, consacré à Zababa, dieu guerrier associé à la ville, et à Ishtar, divinité de l'amour, de la guerre et de la sexualité que l'on retrouve dans l'Épopée de Gilgamesh.
Leur intérêt tient à la manière dont le roi s'y met en scène. Il s'y présente comme désigné par Marduk pour exercer la royauté sur toutes les terres, comme celui qui pourvoit aux temples d'Esagil et d'Ezida et maintient les rites en bon ordre, et comme l'héritier de son père Nabopolassar.
Le texte évoque également les honneurs rendus à Zababa, décrit comme celui qui abat les ennemis du roi, et à Ishtar, présentée comme celle qui étend sa royauté.
Ces inscriptions donnent accès à la cosmologie contre laquelle se construit une part de l'Ancien Testament. Les textes bibliques ne s'opposent pas seulement au pouvoir terrestre de Nabuchodonosor : ils rejettent l'ensemble du panthéon babylonien, Marduk compris, qualifié d'idole.
La découverte de ces artefacts confirme la présence du christianisme primitif et donne un nouvel éclairage sur certains textes bibliques. © BartCo, iStock
Une fresque du IIIe siècle à Nicée
L'actuelle Iznik, en Turquie, correspond à Nicée, où l'empereur Constantin réunit en 325 un concile d'évêques chargé d'établir les principes fondamentaux de la foi chrétienne. Saint Nicolas y aurait peut-être figuré.
Des archéologues y ont dégagé une tombe ornée d'une fresque de facture romaine représentant le Christ en Bon Pasteur, sous les traits d'un jeune homme vêtu d'une toge et portant un animal sur les épaules.
Cette fresque chrétienne cachée depuis 1 700 ans bouleverse l’histoire du christianisme
À Iznik, en Turquie, les pierres semblent décidées à parler. Une découverte archéologique inattendue vient raviver l’histoire des débuts du christianisme dans cette région clé de l’Antiquité. Ce que révèle le sous-sol dépasse largement le cadre local.... Lire la suite
Eren Erten Ertem, archéologue au musée d'Iznik, y voit l'illustration d'une transition entre la fin du paganisme et les débuts du christianisme, le défunt étant représenté en chemin vers l'au-delà de manière favorable. La datation au IIIe siècle place cette œuvre avant le concile, ce qui en fait un témoignage de la façon dont les premiers chrétiens se représentaient Jésus et son lien avec les fidèles.
Un manuscrit paulinien retrouvé par imagerie
Le Codex H est une copie des lettres de Paul de Tarse. Il ne nous est pas parvenu intact : le manuscrit s'est désagrégé au XIIIe siècle au monastère de la Grande Laure, sur le mont Athos.
Son parchemin a été réutilisé pour d'autres textes, pratique courante à une époque où ce support valait cher et où l'on n'hésitait pas à sacrifier un volume endommagé pour en réparer un autre. Les fragments se sont ensuite dispersés à travers l'Europe.
Une équipe internationale dirigée par Garrick Allen, à l'université de Glasgow, a récupéré quarante-deux pages perdues, en s'appuyant sur un détail de fabrication.
Un papyrus de 2000 ans décodé grâce à l’IA !
L’intelligence artificielle n’en finit plus de nous impressionner ! Des chercheurs ont réussi à décoder un papyrus antique de 2000 ans, carbonisé il y a des milliers d'années par le Vésuve. Un exploit signé IA qui pourrait bien réécrire l'histoire de l’Antiquité !... Lire la suite
Avant sa décomposition, le manuscrit avait été réencré, chaque lettre repassée à l'encre. Cette opération a laissé sur les pages opposées des empreintes invisibles à l'œil nu, que l'imagerie multispectrale permet aujourd'hui de révéler.
Les chercheurs décrivent l'extraction d'un texte fantôme, physiquement disparu, à raison de plusieurs pages d'information tirées de chaque page conservée. Une datation au radiocarbone réalisée avec des spécialistes à Paris a situé le parchemin au VIe siècle.
Les images livrent des éléments inédits, notamment les plus anciens sommaires connus, dont le découpage diffère des divisions actuelles du texte. Le Codex H constitue par ailleurs le plus ancien témoin de l'appareil euthalien, ensemble d'outils éditoriaux destinés à faciliter la lecture. Les images ont été mises en ligne.
Les premiers monastères d'Égypte
Deux chantiers égyptiens documentent la naissance de la tradition monastique chrétienne. Dans le nord du pays, des fouilles ont mis au jour une dépendance du Ve siècle appartenant au vaste complexe d'Al-Qalaye. Hisham El-Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, indique que le style architectural du site reflète le noyau initial de la fondation.
Y figurent des peintures murales représentant des figures monastiques, des motifs décoratifs d'inspiration végétale et des entrelacs complexes, qui éclairent les débuts de l'art copte.
Un monastère chrétien caché depuis 14 siècles découvert sur une île proche d’Abu Dhabi
Une croix chrétienne de 1 400 ans refait surface sur l'île de Sir Bani Yas aux Émirats arabes unis. Cette découverte archéologique majeure confirme définitivement l'existence d'un monastère du VIIIe siècle. L'artefact révèle les traces oubliées du christianisme dans la région.... Lire la suite
Plus au sud, à Sohag, d'autres fouilles ont dégagé les fondations en briques d'argile de plusieurs bâtiments, dont probablement l'église principale d'une communauté de moines. S'y ajoutent des amphores de stockage, des outils et des ostraca, ces fragments de poterie portant des inscriptions, ici en copte.
Ces vestiges documentent le passage de petits groupes d'ascètes retirés au désert à des complexes organisés.
Deux salles de baptême dans une même cathédrale
Le site antique d'Hippos occupe une colline dominant la rive orientale de la mer de Galilée. Fondée à l'époque hellénistique, la ville appartenait à la Décapole, groupe de dix cités gréco-romaines, avant de devenir un centre chrétien régional sous l'Empire byzantin. Elle fut abandonnée après un séisme en 749.
Les archéologues Michael Eisenberg et Arleta Kowalewska y ont poursuivi les fouilles d'une cathédrale byzantine bâtie au Ve ou au début du VIe siècle, la plus vaste des sept églises de la ville. Cinq ont été fouillées, et seule la cathédrale possède des fonts baptismaux.
Une salle dédiée avait déjà été identifiée, avec des fonts alimentés en eau fraîche par une conduite. Ce type d'espace porte le nom de photisterion, terme grec désignant une salle de lumière. Il s'agirait du plus grand édifice baptismal de la région.
Les travaux récents en ont révélé un second, plus petit et dépourvu d'eau courante. Aucune autre cathédrale primitive connue n'en compte deux, ce qui suggère une fréquentation importante pour ce rite. La taille réduite du second conduit les chercheurs à envisager qu'il ait été réservé aux jeunes enfants.
L'effondrement provoqué par le séisme a scellé plusieurs objets liturgiques dans cette pièce, dont un candélabre en bronze et un reliquaire.
Un bloc de marbre creusé de trois cuvettes intrigue particulièrement. Son usage reste inconnu, mais l'équipe envisage qu'il ait contenu de l'huile, dans le cadre d'une éventuelle tradition locale de triple onction répondant à la triple immersion pratiquée dans l'Église primitive, une pour chaque personne de la Trinité.
Un projectile de fronde qui parle
Toujours à Hippos, les fouilles ont livré un projectile de fronde en plomb, arme courante et redoutable dans l'Antiquité, que la tradition biblique associe au récit de David et Goliath.
Cet exemplaire remonte à la période hellénistique. Les archéologues supposent qu'il fut lancé sur des assaillants progressant vers la ville par une voie antique.
Sa particularité tient à l'inscription qu'il porte, un mot grec que des chercheurs proposent, dans un article paru dans la revue Palestine Exploration Quarterly, de traduire par une formule du type « retenez la leçon ».
Le cas n'est pas isolé. D'autres projectiles retrouvés ailleurs portent des mentions comparables, invitant l'adversaire à goûter ou à prendre ce qui lui arrive.
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