Un demi-siècle plus tard, un pas de tir historique à Kourou revit pour la future fusée réutilisable européenne
Une réplique grandeur nature de Callisto, le démonstrateur de fusée réutilisable du CNES, se dresse depuis ce jeudi 29 octobre 2026 sur l’ancien pas de tir de Diamant, à Kourou. Aucune fusée ne s’y était tenue debout depuis 1975.
Elle ne vole pas encore, mais elle marche déjà dans les pas des géants qui l’ont précédée. Ou, plus exactement, elle se dresse là d’où décollaient ses illustres aînées, les fusées Diamant. Depuis peu, une fusée se tient de nouveau à la verticale sur l’ancien ensemble de lancement Diamant, au Centre spatial guyanais (CSG), près de Kourou.
Le CNES, l’agence spatiale française, a publié ce jeudi 29 octobre sur X et LinkedIn les photos d’une réplique de Callisto, le démonstrateur de fusée réutilisable qu’elle développe avec ses homologues allemande (DLR) et japonaise (JAXA). Objectif ? Progresser vers les fusées réutilisables, comme SpaceX le fait déjà avec le premier étage de sa Falcon 9.
Cet exemplaire-là ne volera jamais. Cette réplique grandeur nature (13 mètres de haut pour un mètre de diamètre, comme le vrai démonstrateur) est faite pour rester au sol. Elle sert de banc d’essai, en particulier pour vérifier ses communications avec les installations au sol. Le choix du lieu, lui, est symbolique.

Ce pas de tir n’a rien d’anodin : c’est celui de Diamant, le tout premier lanceur de satellites français, qui en a décollé à huit reprises entre mars 1970 et septembre 1975.
Ces vols ont d’abord utilisé la version B de Diamant (cinq tirs entre 1970 et 1973), puis la version BP4 (trois tirs en 1975). Auparavant, Diamant A avait décollé à quatre reprises, entre 1965 et 1967, d’un autre pas de tir (Brigitte, sur la base d’Hammaguir, en Algérie). C’est d’ailleurs la première Diamant A qui a mis en orbite, le 26 novembre 1965, le tout premier satellite français, baptisé Astérix, faisant de la France la troisième puissance spatiale après l’URSS et les États-Unis.
La fusée Diamant a connu neuf succès, deux échecs critiques et un échec partiel durant sa carrière, qui a commencé en novembre 1965. En 1975, la France a arrêté le programme pour se lancer dans une aventure européenne, Ariane. Une aventure qui se poursuit encore aujourd’hui, plus d’un demi-siècle après.
Une doublure pour tester la base avant le vrai vol
Le CNES prévoit une semaine d’essais : la réplique, fabriquée par la PME française CIPAL, doit dialoguer avec le radar de la base et ses autres installations. Elle porte six antennes placées exactement comme sur l’engin définitif, afin de vérifier que la fusée et la base se parlent bien, en particulier durant la phase inédite de redescente contrôlée.
Pour qu’une fusée soit réutilisable, son premier étage doit revenir se poser à la verticale, en douceur. Callisto utilisera un moteur à hydrogène et oxygène liquides, fourni par l’agence spatiale japonaise JAXA. En comparaison, la Falcon 9 a fait le choix d’un mélange à base d’oxygène liquide et de RP-1 (kérosène).
Ces essais au sol ouvrent la qualification, la série de tests qui doit prouver que tout fonctionne. Elle court jusqu’en 2027. Le calendrier a déjà beaucoup glissé : à l’origine, Callisto devait voler dès 2020, mais son premier vol a été repoussé à 2027, au plus tôt. Dix vols d’essai sont prévus, jusqu’à une vingtaine de kilomètres d’altitude.
Le vrai Callisto, celui qui volera, doit arriver en Guyane « dans la foulée » des essais au sol, selon le CNES, mais aucune date n’a été donnée.
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