Le président du Collège des médecins termine son mandat sans regret
Après huit ans à la tête du Collège des médecins du Québec, le Dr Mauril Gaudreault quitte ses fonctions sans regret. Pas même celui d’avoir dénoncé les moyens de pression des fédérations médicales contre la réforme de leur rémunération, une prise de position qui lui avait valu un blâme de la part des membres de son ordre professionnel.
Ce jeudi, les membres du Collège devront élire la personne qui succédera au Dr Gaudreault. Ce dernier arrive au terme de son deuxième mandat, soit le maximum permis. Deux candidats sont en lice pour reprendre le flambeau: le Dr Simon Patry, psychiatre, et la Dre Nathalie Saad, pneumologue.
À la veille de son départ, le Dr Mauril Gaudreault revient sur les moments marquants de sa présidence, dont le bras de fer entre les fédérations médicales et le gouvernement Legault, à l’automne dernier.
À l’époque, le président du Collège avait demandé à la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec et à celle des médecins spécialistes de suspendre leurs moyens de pression. Parmi ceux-ci figuraient entre autres la mise sur pause de l’enseignement aux étudiants de médecine par les spécialistes. Lors d’une assemblée, les membres de l’ordre professionnel avaient voté en faveur de l’adoption d’une motion de blâme à son égard. Un an plus tard, le Dr Mauril Gaudreault maintient sa position.
« Je n’ai aucun regret par rapport à ce qui s’est passé. Il fallait que notre ordre professionnel réagisse à ce qui semblait être mis sur pied et pouvant peut-être affecter la protection du public. On a réagi et en ce sens, je referais la même chose », affirme-t-il au Devoir.
Cet épisode aura même permis, selon lui, de mieux faire comprendre le rôle du Collège des médecins de veiller à une médecine de qualité. « Ça a fait ressortir toute l’indépendance nécessaire qu’un ordre professionnel doit avoir, à la fois pour les pressions que peuvent exercer les décideurs politiques, mais également les pressions que peuvent exercer les médecins ou les fédérations médicales. »
Le Dr Mauril Gaudreault assure avoir recollé les pots cassés avec les deux fédérations médicales depuis, après une rupture des relations qui a duré quelques semaines. « On s’est parlé par la suite. On s’est expliqué. Ils ont un travail à faire, les fédérations médicales, et le Collège aussi. »
« Traumatisé » par sa visite dans le Grand Nord
Même s’il n’a pas de regret, le Dr Gaudreault reconnaît que du chemin reste à faire pour améliorer l’accès aux soins pour toute la population. Sa récente tournée de l’ensemble des régions québécoises lui a permis de constater l’ampleur des inégalités sur le territoire.
C’est sa visite au Nunavik qui l’a toutefois le plus marqué. « Ce qui m’a traumatisé, c’est quand je suis allé passer quatre jours à Kuujjuaq, dans le Grand Nord. C’est vraiment là que c’est le plus saisissant », dit-il, en évoquant le manque de ressources et les difficultés d’accès aux soins.
Dans cette région, les médecins, infirmières et autres professionnels de la santé œuvrent avec dévouement, poursuit le Dr Mauril Gaudreault. Mais ils manquent parfois d’équipements de base pour poser des diagnostics.
« Et on ne parle pas d’outils sophistiqués. Il y a un problème important de tuberculose pulmonaire et dans des villages, il n’y a pas d’équipements pour faire une radiographie pulmonaire », déplore-t-il.
Pour remédier à la situation, le gouvernement québécois doit mettre en place un plan global pour le Grand Nord, affirme le président du Collège. « Et ce plan doit dépasser le ministère de la Santé pour voir comment on peut améliorer les choses dans ce territoire. »
Détresse préoccupante
La santé psychologique des médecins demeure également une préoccupation du Dr Gaudreault.
Cinq suicides de médecins survenus au Québec depuis mars dernier seront d’ailleurs examinés par une même coroner, Géhane Kamel. Il n’y aura toutefois pas d’enquête publique accompagnée d’audiences pour le moment.
Le président du Collège rappelle que le suicide est multifactoriel et ne se réduit pas à une seule cause. Les conditions de pratique des médecins peuvent néanmoins impacter leur santé psychologique, estime-t-il.
Il évoque entre autres les difficultés à offrir des soins à toute la population, mais également les discours méprisants à l’égard de la profession médicale. « C’est pour ça qu’au Collège, on a mis beaucoup l’accent sur la valorisation notamment de la médecine de famille, mais aussi valorisation de la pratique de médecin tout court », dit-il.
Pour les prochaines années, il souhaite que l’ordre professionnel poursuive, après son départ, ses efforts pour se rapprocher tant du public que de ses propres membres.
Le Dr Gaudreault espère aussi que davantage de médecins iront exercer auprès des populations vulnérables, dont celles en situation d’itinérance. « La communauté médicale est prête à s’engager et à s’impliquer plus », souligne-t-il.
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