Trois morts dans des attaques houthies contre des aéroports, les rebelles appellent «pour la dernière fois» à éviter l'Arabie saoudite

Trois personnes ont été tuées et 36 autres blessées mercredi 7 octobre dans des attaques revendiquées par les Houthis contre des aéroports saoudiens. Riyad promet des représailles contre les rebelles yéménites, soutenus par l'Iran, alors que les combats s'intensifient au Yémen, où plus de 200 000 personnes ont été déplacées depuis la reprise des hostilités en juillet.
Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, multiplient leurs attaques contre l'Arabie saoudite. Après avoir revendiqué des tirs de missiles et de drones contre l'aéroport international de Riyad et celui d'Abha, dans le sud-ouest du royaume, ils ont annoncé jeudi 8 octobre avoir de nouveau visé l'aéroport King Khalid de la capitale saoudienne, réitérant « pour la dernière fois » leur appel aux compagnies aériennes à éviter le pays.
Deux femmes, de nationalités marocaine et algérienne, ainsi qu'un ressortissant soudanais ont péri et 36 autres personnes ont été blessées mercredi, certaines grièvement, selon la Direction générale de l'aviation civile saoudienne. Il s'agit des premières victimes mortelles recensées sur le territoire saoudien depuis la reprise des hostilités en juillet.
Le trafic aérien est régulièrement perturbé depuis plusieurs jours, selon le site de suivi Flightradar24, alors que les Houthis ont prévenu les compagnies aériennes que le ciel saoudien n'était « pas sûr ». Certaines compagnies européennes, comme Air France et Lufthansa, ont déjà suspendu leurs vols au moins jusqu'à fin octobre, rapporte notre correspondant à Riyad Joseph Clément. La compagnie nationale Saudia continue en revanche d'assurer ses liaisons, malgré les retards et les perturbations provoqués par les interceptions de drones et de missiles.
Riyad a de son côté assuré tôt jeudi, dans un communiqué de sa coalition militaire, que ces attaques ne resteraient pas « impunies » et a annoncé avoir détruit en représailles « 82 cibles militaires légitimes » houthies. La coalition avait déjà indiqué avoir « détruit la rampe de lancement de missiles balistiques » utilisée pour mener l'attaque visant l'aéroport de Riyad.
Le conflit entre ces combattants, qui contrôlent la capitale yéménite Sanaa et de vastes pans du pays depuis plus d'une décennie, et le gouvernement reconnu par la communauté internationale et soutenu par le royaume saoudien, a repris en juillet après des années d'accalmie, devenant le nouveau front de la guerre au Moyen-Orient.
Depuis, 201 217 personnes « ont été contraintes de quitter leur foyer », selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui s'alarme du manque de financements nécessaires pour faire face à cette nouvelle crise humanitaire dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.
Plus de 330 combattants tués depuis lundi
En septembre, une offensive éclair des Houthis leur a permis de prendre le contrôle de l'ensemble du littoral yéménite donnant sur la mer Rouge et de renforcer leur emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, qui relie l'Asie à l'Europe via le canal de Suez.
Les forces gouvernementales, appuyées par des avions de combat saoudiens, ont lancé une contre-offensive le week-end dernier, revendiquant « des victoires sur plusieurs fronts ».
Mais les Houthis réfutent ces avancées, et des sources militaires des deux camps interrogées par l'AFP n'ont pas rapporté d'évolutions majeures sur le terrain. Les positions de chacun sont difficiles à déterminer de manière indépendante, dans des zones difficiles d'accès pour les journalistes.
De nouveaux affrontements dans l'ouest du pays ont fait au moins 62 morts mercredi, selon des sources militaires dans les deux camps, portant à plus de 330 le nombre de combattants tués depuis lundi.
Riyad a encore bombardé dans la nuit plusieurs régions tenues par les combattants, dont la capitale Sanaa, selon les Houthis, qui ont recensé « 1 642 frappes et attaques de missiles saoudiennes au cours des trois derniers mois ».
De leur côté, les Houthis ont attaqué une base militaire dans la zone de l'aéroport d'Aden, dans le sud du Yémen, où le gouvernement s'est replié en 2015, au début du conflit.
Selon le ministère des Transports, un missile est tombé près de la piste d'atterrissage quelques minutes avant l'arrivée d'un vol de la compagnie aérienne yéménite en provenance du Caire, qui a dû être dérouté vers un aéroport saoudien.
Des civils touchés par les combats
L'agence de presse gouvernementale Saba a également fait état d'une frappe sur la grande ville de Taëz, tenue par les forces gouvernementales mais en partie encerclée par les Houthis, faisant cinq blessés parmi les civils.
« Nous sommes sortis dans la rue (...) et nous avons vu de jeunes gens qui avaient été touchés. Le projectile a atterri en plein milieu de la rue, à un moment où le quartier était bondé », a raconté à l'AFP un habitant, Al-Fateh al-Eisaei.
Peinant à repousser les attaques des Houthis, en Arabie saoudite comme au Yémen, Riyad et ses alliés ont réclamé à plusieurs reprises un soutien international ces dernières semaines, notamment des États-Unis, sans succès jusqu'ici.
La Turquie, le Pakistan et l'Arabie saoudite se sont mis d'accord pour passer « immédiatement à la mise en pratique » d'un accord de défense, signé en août à La Mecque. Ils ont annoncé lundi leur intention de « fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume ».
Le conflit continue de perturber sérieusement le secteur pétrolier saoudien – Riyad est le premier exportateur mondial de brut – avec des attaques régulières des Houthis contre les raffineries du royaume et la flotte saoudienne en mer Rouge.
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