Idylle musicale à Los Angeles pour l’OSM
L’Orchestre symphonique de Montréal a donné le second concert de sa tournée californienne au Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. L’endroit a semblé littéralement transcender les musiciens, qui ont livré une prestation de la trempe de celle donnée à la Philharmonie de Berlin avec la Symphonie fantastique.
À l’entracte du concert de mardi, nous croisons un collègue que nous estimons beaucoup. À 81 ans, Laurence Vittes en a connu des soirées et en a vu des choses dans ce lieu. Nous connaissons l’acuité de jugement de ce violoncelliste qui a fait carrière dans l’industrie du disque et qui prend plaisir à la critique musicale sur ses vieux jours. Dès qu’il nous voit, il nous parle de l’impression sonore, de l’assise, que lui a faite l’OSM dans l’œuvre de Samy Moussa, Elysium.
« Je n’ai plus vraiment l’habitude d’entendre un tel son dans cette salle », nous dit notre confrère, qui note une plus-value par rapport à ce qu’il entend désormais de l’orchestre résident et déplore la rareté des phalanges invitées.
Exaltation
Foncièrement, ces remarques se retrouvaient, exprimées d’une autre façon, dans les acclamations du public qui ont suivi la 10e Symphonie de Chostakovitch. Il y a « bravos » et « bravos » : ceux-ci étaient particuliers. Non pas l’expression d’une simple satisfaction ou d’un respect profond, mais une soupape d’exaltation collective mêlée d’incrédulité. Pourquoi en était-on arrivé là, et à ce degré ? Pour le comprendre, il faut croiser deux facteurs (trois en fait, si l’on ajoute la rareté des orchestres en tournée dans la métropole californienne).
Le premier, difficile à appréhender, c’est qu’il reste une fine marge de gradation dans l’excellence. Malgré les brillantes exécutions de la 10e Symphonie de Chostakovitch qui ont précédé celle-ci, c’est comme dans le monde des grands vins. Pour ceux qui croient aux notations, il y a cette marge entre 90 et 100, où l’on atteint le sommet ou l’exception, mais où subsiste, de 96 à 100, une zone du « encore plus exceptionnel ».
L’OSM à Los Angeles, c’était cela, tant sur le plan du collectif (densité sonore, cohésion, combativité, palette de nuances) que sur celui de l’individuel (le seul début du 4e mouvement, avec les nuances lunaires d’Alex Liedtke au hautbois, Tim Hutchins à la flûte en tandem avec Christopher James, Stéphane Lévesque au basson, puis la relance mordante de Todd Cope à la clarinette) et de la tenue d’ensemble imprimée par Rafael Payare. C’est cette perfection vivante, incarnée et agissante que les auditeurs ont sentie et saluée.
Valeurs et espace
Le second facteur, nous en avons souvent traité au fil de nos billets : c’est le hiatus, parfois énorme, entre la notoriété — le « ce qu’on en dit » — et la réalité des choses. Ce n’est pas le lieu, ici, de développer cela, mais si l’OSM a ainsi marqué les esprits, c’est aussi parce que, comme nous l’ont confié divers musiciens depuis plus de 10 ans, le Philharmonique de Los Angeles et toute la saga Dudamel-Los Angeles ont fait parler beaucoup d’eux et occupé énormément d’espace médiatique, mais, concrètement, tout cela est très loin d’avoir donné des résultats musicaux transcendants. Gagner des trophées Grammy n’est pas un baromètre. On a déjà dit cent fois que ceux qui votaient n’écoutaient même pas les disques.
C’est tout le contraire à l’OSM depuis la venue de Rafael Payare, dont on ne mesure sans doute pas assez le véritable impact. À Los Angeles, qui respire l’architecture et où se sont ouvertes, en avril 2026, les David Geffen Galleries conçues par l’architecte suisse Peter Zumthor pour accueillir la collection permanente du Musée d’art du comté de Los Angeles — où a été versée en 2025 la fabuleuse collection d’art impressionniste et moderne estimée à plus de 500 millions de dollars du producteur Jerry Perenchio —, cet OSM nouveau a été inspiré par les espaces et le souffle de la créativité.
La ville n’a pas manqué d’ériger un édifice iconique à la gloire de la musique. Le son de la salle est moins fin dans les aigus que celui de la Maison symphonique, mais il est chaud dans le haut médium, et puissant. Il a porté Chostakovitch à incandescence, inspiré l’orchestre et son chef, mais aussi Leonidas Kavakos, qui, avec sa vaste palette expressive, a joué cette fois Mendelssohn, nous guérissant du récent naufrage du concert Tetzlaff-Herreweghe.
Christophe Huss était l’invité de l’OSM lors de sa tournée en Californie.
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