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Wednesday, September 30, 2026

C'est l'un des meilleurs films du Festival de Cannes 2026 : Notre Salut avec Swann Arlaud est-il inspiré d'une histoire vraie ?

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Lauréat du Prix du Scénario au dernier Festival de Cannes, "Notre Salut" sort dans nos salles et nous replonge dans la période de l'Occupation pendant la Seconde Guerre Mondiale, à travers l'histoire... de l'arrière-grand-père du réalisateur.

Par Maximilien Pierrette

Ça parle de quoi ?

Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d'ingénieur. Son credo : "gagner en efficacité" pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…

Veni, Vidi, Vichy

En 2021, Emmanuel Marre avait connu les honneurs de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes grâce à Rien à foutre, co-réalisé avec Julie Lecoustre et qui leur avait valu un Prix Fondation Gan à la Diffusion. Cinq ans plus tard, c'est seul que le cinéaste a fait son retour sur la Croisette, en Compétition cette fois-ci et avec un nouveau prix à la clé : celui du Scénario, vu par beaucoup comme un lot de consolation tant Notre Salut méritait mieux, son nom revenait souvent lorsqu'il était question d'évoquer ses favoris pour la Palme d'Or.

La récompense suprême est finalement revenue à Fjord, mais qu'importe : quatre mois plus tard, au moment de sa sortie en salles, il reste l'un des films qui a le plus séduit et surpris les spectateurs qui l'ont découvert dans le Sud de la France en mai dernier. Comme Les Rayons et les ombres, les deux volets de De Gaulle ou Moulin (qui faisait également partie de la Compétition mais en est reparti bredouille), le long métrage sur penche sur la période de l'Occupation pendant la Seconde Guerre Mondiale, ce qui n'est sans doute pas un hasard, à l'heure où l'extrême droite se fait de plus en plus présente.

Condor Distribution

Mais son approche est sans aucun doute la plus inattendue, avec un style quasi-documentaire et un ton parfois décalé qui rappelle... la série The Office. Sans les regards caméra, mais nous n'en sommes jamais très loin. Même si l'on rit par moments, Notre Salut n'est pas une comédie pour autant et le décalage ne fait qu'accentuer le côté terrifiant des actes du personnage principal, bureaucrate médiocre doublé d'un lâche, qui n'est pas sans rappeler le faux résistant joué par Mathieu Kassovitz d'Un héros très discret de Jacques Audiard, et s'inspire lui aussi d'une personne ayant existé.

Et par n'importe lequel car Henri Marre, comme son nom peut le laisser deviner, n'est autre que l'arrière-grand-père du réalisateur. Et c'est lorsque sa tante lui a transmis les lettres échangées par ce dernier et son épouse pendant cette période que le metteur en scène a eu l'idée de ne pas occulter ce sombre secret de famille et d'en tirer un film. Pas pour régler ses comptes ou réhabiliter son ancêtre, mais pour explorer la question de la banalité du Mal, très dans l'air du temps elle aussi : "Mon aïeul a confondu son sort personnel avec celui du pays", raconte-t-il dans le dossier de presse.

"Il y avait cette dimension étonnante dans la sensation d'être au présent et dans la même langue"

"Il a vu dans le régime de Vichy, après la défaite, un moyen de 'redresser' quelque chose, à l’échelle de la France mais aussi en lui-même. Il vient à Vichy pour chercher du travail, espérant avoir une place à la hauteur des talents qu’il estimait avoir. La sensation de la guerre vue au quotidien, avec des ellipses, des trous de plusieurs mois, m’a fasciné dans cette correspondance." "Il y avait deux choses assez frappantes dans ces lettres, et notamment la sensation de quotidien par rapport à la guerre et l'Histoire en général", disait-il à Cannes en mai, pendant la conférence de presse du film.

"Des détails qui vont de repriser des chaussettes à des questions plus générales sur la survie. Et il y avait cette dimension étonnante dans la sensation d'être au présent et dans la même langue : quand Henri parle à Paulette [jouée par Sandrine Blancke dans le film, ndlr] et qu'il évoque son boulot, il y a des moments où je me demandais si c'était aujourd'hui, car il y a des termes techniques qui font écho, notamment lorsqu'il évoque la mise en place du chômage partiel en utilisant ces mots."

"Et il y avait aussi une dimension romanesque, mais au sens littéraire, pas dramaturgique : pris séparément, ces épisodes s'emmanchaient mal, mais en lisant quatre ou cinq lettres de suite, il y a quelque chose qui prenait, comme avec de la levure, et je me suis dit qu'il fallait peut-être en faire quelque chose." Soit Notre Salut, drame qui réussit un grand écart spectaculaire et très souple pour lier deux époques entre elles : le début des années 40 et notre présent, beaucoup plus liés qu'on ne le pense, notamment lorsqu'il est question de management et de bureaucratie, alors que l'on peut voir bon nombre de slogans ayant existé, et pas seulement pendant l'Occupation.

Condor Distribution

Si la photo, sublime, rappelle des images d'archives qui auraient été colorisées, la manière de filmer, caméra à l'épaule et au plus près des personnages, permet de casser la mise à distance de la majorité des films historiques, où la reconstitution prime souvent sur le reste, afin de nous immerger dans une époque à la fois lointaine et proche de nous. Entre la façon de parler, elle aussi différente de ce que le 7ème Art nous propose en la matière, ou l'usage de chansons récentes, Notre Salut fait preuve d'une modernité renversante qui le rend presqu'intemporel, le faisant osciller entre le document et la fable autour de l'opportunisme, la médiocrité et l'aliénation au travail, thème déjà au coeur de Rien à foutre.

Confier le rôle d'Henri Marre à Swann Arlaud, une fois de plus excellent dans une prestation pleine de retenue et qui ne fait pas mystère de ses orientations politiques, appuie cette volonté du réalisateur de se servir du passé pour regarder le présent dans les yeux, à l'aube d'une élection présidentielle qui s'annonce particulièrement importante et imprévisible. En s'appuyant sur cette histoire vraie et familiale, et en l'adaptant de la sorte, il nous surprend et prouve que l'on peut encore innover avec des récits sur cette période. Et signer l'un des meilleurs films de 2026.

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