Sous l'Italie, la croûte terrestre s'ouvre lentement comme une fermeture éclair

Traversant l'Italie du nord au sud sur près de 1 200 kilomètres, les Apennins forment l'une des grandes chaînes de montagnes de la Méditerranée. Comme les Alpes, ils sont liés à la convergence entre les plaques européenne et africaine. Mais sous ces montagnes, la tectonique est loin d'être terminée : les séismes qui secouent régulièrement l'Italie en témoignent.
Un « rollback » tectonique qui façonne la Méditerranée
Pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui, il faut remonter le temps de plusieurs dizaines de millions d'années. À cette époque, un océan (la Téthys alpine) sépare encore les domaines continentaux aujourd'hui rattachés à l'Europe et à l'Afrique.
Quand le mont Blanc était une plage !
L’emblématique sommet des Alpes, le mont Blanc, culmine actuellement à plus de 4.800 mètres d’altitude. Mais cela ne fut pas toujours le cas. Les roches sédimentaires qui le composent nous apprennent qu’avant la formation de la chaîne de montagnes, le mont Blanc était une plage.... Lire la suite
Mais plus pour très longtemps. Car sa lithosphère plonge et disparaît progressivement sous l'Europe. Cette convergence tectonique est notamment à l'origine de la formation des Alpes. La Méditerranée est toutefois encore loin de ressembler à ce que nous connaissons. C'est un changement subtil mais décisif, vers 35 millions d'années, qui va lentement donner naissance à la géographie actuelle : la plaque océanique plongeante entame un « rollback », c'est-à-dire qu'elle commence à reculer vers l'est-sud-est. Et ce mouvement de retrait va avoir d'importantes conséquences en surface.
Il provoque en effet une extension à l'arrière de la zone de subduction, entraînant l'ouverture du bassin liguro-provençal, puis du bassin tyrrhénien. On se retrouve donc dans un schéma un peu contre-intuitif, où l'on observe l'ouverture de deux mers dans un contexte de convergence !
Carte tectonique de la Méditerranée : les lignes noires « dentées » représentent les zones de subduction, les lignes bleues les grandes failles extensives. LPB signifie Bassin Liguro-Provençal et TB Bassin Tyrrhénien. © Tavani et al. 2025, Earth-Science Reviews
À mesure que la subduction migre, la marge continentale d'Adria, un promontoire rattaché à l'Afrique, entre à son tour dans la zone de subduction. Sa déformation contribue alors à construire les Apennins.
Extension et compression : l’étrange paradoxe des Apennins
Mais quelque chose d'encore plus surprenant se produit alors : tandis que la compression se poursuit à l'est de la chaîne, sa partie occidentale et centrale commence à s'étirer. Les mesures GPS montrent ainsi aujourd'hui une divergence de l'ordre de 3 à 4 mm par an à travers la péninsule. Comment expliquer qu'une même chaîne puisse se comprimer d'un côté... et s'étirer de l'autre ?
Profil topographique et profondeur du Moho (base de la croûte) à travers les Apennins. Les hypocentres des séismes (nuage de points noir) révèlent que la région située au niveau du front de subduction est actuellement en extension tandis que la région située plus à l'est est en compression. © Tavani et al. 2025, Earth-Science Reviews, données provenant de l'INGV
Pour Stefano Tavani, chercheur à l'Université de Florence et auteur principal d'une étude publiée dans Communications Earth & Environment, la réponse pourrait se trouver dans un phénomène de « dézippage » de la croûte adriatique.
L'hypothèse est la suivante : en raison du blocage que génère l'arrivée d'une croûte continentale au niveau d'une zone de subduction, la partie inférieure de cette croûte pourrait progressivement se détacher de sa partie supérieure et s'enfoncer dans le manteau : c'est la délamination. Il faut s'imaginer le curseur d'une fermeture éclair géante progressant lentement vers l'est et séparant les deux niveaux de la croûte !
Schéma présentant le processus de délamination crustale : la croûte inférieure (orange) se détache progressivement de la croûte supérieure (jaune), à l'image d'une fermeture éclair qu'on ouvre. © Tavani et al. 2025, Earth-Science Reviews
Or, la migration de cette « charnière » entraîne une réorganisation des contraintes : derrière elle, la croûte s'étire, tandis que plus à l'est la compression tectonique se poursuit. Pour les auteurs, cette délamination de la croûte inférieure serait d'ailleurs aujourd'hui le principal moteur géodynamique de la tectonique, et donc de la sismicité, des Apennins.
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