Planète bleue, idées vertes | La ruelle éponge qui verdit

Aménager une ruelle pour capter l’eau de pluie, tout en la verdissant ? L’idée paraît simple, mais il aura fallu une dizaine d’années à l’Alliance Ruelles bleues-vertes pour aménager son premier site au Bâtiment 7, dans le sud-ouest de Montréal – une première au Québec. Trois ans après sa création, les instigateurs de ce projet souhaitent voir cette idée se multiplier.
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Qu’est-ce qui fait d’un aménagement urbain une ruelle « bleue-verte » ? « C’est vraiment la gestion de l’eau de pluie qui fait la différence », explique Chaïma Ben, directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal. « L’objectif est de redonner à l’eau de pluie un parcours le plus proche possible de son cycle naturel. »
Pendant des décennies, les villes ont été construites d’une manière « traditionnelle », où le but premier était d’évacuer l’eau le plus rapidement possible vers les égouts, explique Chaïma Ben. C’est une des raisons pour lesquelles nos villes sont très minéralisées, selon elle. « Quand on regarde nos rues, nos trottoirs, nos ruelles et nos cours d’école, tout est asphalté », observe Mme Ben.
Or, ce modèle de gestion des eaux pluviales de Montréal est devenu désuet, estime-t-elle.
Ce modèle-là [d’égouts] ne fonctionne plus. Avec les changements climatiques, les pluies torrentielles et les enjeux d’inondations à répétition, on peut penser que la solution est d’avoir de plus gros égouts, mais ce n’est pas le cas.
C’est dans ce contexte que le projet de la ruelle « bleue-verte » a vu le jour, après des années d’analyse. Pour y parvenir, il « suffit » de déconnecter les gouttières des bâtiments pour détourner l’eau de pluie du réseau d’égout municipal.
PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE
L’une des gouttières achemine l’eau pluviale vers les bassins de biorétention.
Au lieu de finir dans les égouts, l’eau provenant du toit plat ruisselle alors vers une dizaine d’aires de biorétention, qui sont des espaces végétalisés, et des noues.
Ces aménagements absorbent l’eau à la manière d’une éponge, la filtrent naturellement et facilitent son infiltration lente dans le sol ou son évapotranspiration par les plantes.
Sur la promenade de la ruelle « bleue-verte » d’environ 150 mètres, les dizaines d’arbustes et les plantes vivaces sont plantés en façade du bâtiment industriel. Malgré le soleil cuisant de la mi-juillet, un vent de fraîcheur souffle grâce à cette végétation. « C’est un des avantages de la végétalisation », indique Chaïma Ben. « Ça ramène la nature en ville et ça lui redonne sa place », dit-elle.
Lors de fortes pluies, les bassins de biorétention agissent comme une « ruelle éponge » qui ont la capacité d’absorber jusqu’à 134 m3 d’eau, soit l’équivalent d’environ 3,5 piscines hors terre moyennes.
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Chaïma Ben, directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal, Lindsey Weller, responsable horticole au Bâtiment 7, et Vincent Ouellette Jobin, écologiste aquatique
Emballée de voir le projet verdir au fil des ans, Lindsey Weller voit la nature reprendre du terrain sur le site industriel auparavant entièrement minéralisé. « Ce n’est pas rare qu’on voie des papillons de nuit et une variété d’oiseaux sauvages. L’autre fois, j’ai même vu une mante religieuse ! », s’exclame la responsable horticole au Bâtiment 7.
Miser sur la biorétention
Pour gérer les évènements climatiques extrêmes, le projet mise sur un principe de « mutualisation » et « d’équilibre en surface et en sous-sol », explique Vincent Ouellette Jobin, écologiste aquatique et spécialiste dans la gestion de l’eau en milieu urbain.
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Vincent Ouellette Jobin montrant les dizaines d’arbustes et de vivaces plantés dans les noues végétalisées le long de la ruelle
Les différents bassins fonctionnent comme des vases communicants. « Lors des fortes pluies, l’eau est retenue sous terre dans le terreau et la roche, puis monte temporairement en surface si nécessaire », décrit-il.
Ce système retarde et réduit de façon draconienne les volumes d’eau rejetés vers les infrastructures de la ville, évitant ainsi le débordement des égouts et les refoulements dans le quartier.
Selon leur estimation, le projet de la ruelle « bleue-verte » aurait coûté environ 1,2 million. Ce chiffre peut paraître imposant, mais il ne fait pas le poids lorsqu’on analyse le coût des pertes liées aux dégâts à la suite d’inondations chaque année, plaide le spécialiste en gestion de l’eau dans les milieux urbains.
« C’est une solution à long terme, et on voit que de plus en plus d’arrondissements sont intéressés. Même des investisseurs de Belgique sont venus visiter la ruelle ! », souligne M. Ouellette Jobin.
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Le réservoir d’eau pluviale, aussi appelé château d’eau
La ruelle intègre aussi une dimension éducative et sociale grâce à des gouttières ouvertes, à des moulins à eau et à un parcours ludique qui rendent le trajet de l’eau visible pour la communauté.
« On veut vraiment rendre l’eau de pluie visible et accessible pour la communauté, et pour montrer ce qu’elle peut amener dans l’environnement », ajoute Vincent Ouellette Jobin.
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Un drain permettant d’acheminer l’eau entre les bassins de biorétention
La réalisation de la ruelle « bleue-verte » repose sur une responsabilité partagée entre le public et le privé : une entente légale « inédite » a été conclue entre l’arrondissement du Sud-Ouest et les propriétaires voisins, comme le Bâtiment 7. Un second projet de ruelle « bleue-verte » est actuellement à l’examen.
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