En Espagne, le début d'une série d'élections qui peuvent changer le visage de l'Europe

Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a créé la surprise lundi en convoquant des élections anticipées pour le 29 novembre prochain. Une décision qui fait suite au rejet de ses mesures en faveur du logement par le Parlement. Un sujet extrêmement sensible dans le pays depuis l'expulsion d'une dame âgée qui a révolté une partie de la population.
C'est une vague de colère sur laquelle Pedro Sanchez compte bien surfer pour tenter de renforcer sa coalition de gauche. Elle était minoritaire et finalement si faible qu'elle n'a pas pu permettre d'adopter les mesures proposées pour le logement pourtant réclamées par la rue. Mais c'est aussi un pari, parce que ce ne sera pas le seul sujet de la campagne. Depuis des mois, il est affaibli par les affaires touchant ses proches. Il y la crise de Ceuta et les migrants venus du Maroc dans l'enclave espagnole. La droite et l'extrême-droite attaquent sa gestion du problème. Le parti populaire, principal parti d'opposition conservateur est en tête dans les enquêtes d'opinion. Peut-être pas suffisamment cependant pour décrocher la majorité à lui tout seul. En fonction des résultats, il pourrait être tenté de se tourner vers le parti d'extrême-droite Vox, qui a déjà de quoi se délecter des thèmes de campagne annoncés.
Questions internationales
Il sera aussi question des positions internationales tranchées de l'Espagne. Sur la guerre à Gaza, avec des prises positions très propalestiniennes, ce qui vaut des critiques virulentes d'Israël et des États-Unis, qui en veulent aussi beaucoup à l'Espagne, membre de l'OTAN, pour ne pas les avoir aidés lors de leur guerre en Iran. Habituellement, ces questions internationales ne tiennent pas une place prépondérante en politique intérieure, mais le contexte est différent, entre pressions américaines et menaces de plus en plus claires de la Russie sur l'Europe.
Anxiété
Cette campagne va donner le ton en Europe avant une série d'élections cruciales. Initialement, ces élections devaient intervenir en milieu d'année prochaine. Cette accélération du calendrier espagnol lance plus tôt que prévu une série d'élections dans quatre des cinq plus grands pays européens et cela pourrait modifier profondément le visage de l'UE en quelques mois avec en dénominateur commun, la place de l'extrême droite. Après l'Espagne, il y aura la France, dont la situation sociale et politique chaotique est observée avec anxiété par de nombreux diplomates. Le Rassemblement national est en tête des sondages malgré l'affaire des propos antisémites que nie Jordan Bardella. Il y aura ensuite l'Italie. Giorgia Meloni est issue d'un parti d'extrême droite et a démontré sa capacité à s'adapter au changement d'atmosphère politique et à se recentrer. Il y aura aussi la Pologne, le pays en plein essor en Europe, mais aussi le pays où la lutte entre pro-européens et populistes reste extrêmement serrée et l'un des pays en première ligne face à la menace russe.
Gourmandise
La Russie regarde cela avec intérêt et même gourmandise, après ce qui vient de se passer dans deux régions de l'ancienne Allemagne de l'Est, où les électeurs, 35 ans après la réunification et près de 2 000 milliards d'euros investis, ont fait le choix d'un parti ouvertement prorusse. Comparaison n'est pas raison, mais ce qui se passe en Amérique du Sud montre qu'une série de victoires de l'extrême-droite ne relève pas de l'impossible.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.