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Wednesday, September 30, 2026

«askōhtēskanohwē» : sur la piste du perlage ancestral

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Carrie Allison est une artiste métisse et crie de la communauté du petit lac des Esclaves en Alberta. Et à défaut de trouver dans sa famille des traces des activités de perlage de ses ancêtres, c’est dans les coffres des collections du Musée McCord Stewart qu’elle a dû aller puiser. L’artiste était l’invitée en résidence du musée au cours de la dernière année. Elle présente le fruit de ses recherches dans l’exposition askōhtēskanohwē, dont le nom signifie en cri « suivre les pistes ».

C’est en consultant Sherry Farrell Racette, spécialiste métisse du perlage, sur les techniques et les motifs de perlage qu’utilisaient ses ancêtres, que Carrie Allison a découvert les œuvres de la collection Julien F. Gaudet, au Musée McCord Stewart. Cantonnière, pochette murale et même une couverture pour chien, en provenance du nord de l’Alberta, y sont minutieusement ornées de velours, d’étoffes de coton, de perles de verre et de métal.

Sherry Farrell Racette parle à leur sujet de perlages orphelins, ces « innombrables objets perlés dont on ne peut retrouver la créatrice ou le créateur ou encore la région de provenance ».

La collection Julien F. Gaudet ne fait pas exception. « On n’a pas tous les documents » pour identifier la provenance des œuvres qui font partie de cette collection, explique Celina Yellowbird, conservatrice en art autochtone du Musée McCord Stewart. « Souvent, ces pièces ont été acquises par voie de violence ou de vol », reconnaît-elle. En fait, le musée souhaiterait pouvoir restituer ces œuvres autochtones aux communautés dont elles sont issues.

« On aimerait bien pouvoir les rendre, poursuit Celina Yellowbird. C’est notre but, quand on parle de décolonisation. S’il y a des communautés qui viennent nous voir pour nous les demander, on va pouvoir enclencher le processus pour faire ça. »

Illustrant ce processus de réappropriation, Carrie Allison a utilisé des photos de spécimens végétaux, provenant du nord de l’Alberta, qu’elle a retrouvés dans la collection des jardins botaniques royaux de Kew, à Londres, dans lesquelles elle a intégré des pièces de tissu perlées.

« Je m’intéresse depuis longtemps à la collection des jardins Kew, dit-elle. J’ai toujours adoré les plantes et aimé les archives […] Ces spécimens proviennent directement du nord-ouest de l’Alberta. […] J’ai toujours trouvé étrange cette façon qu’a la science de prendre quelque chose, de l’apporter ailleurs, de le disséquer, puis de lui redonner un nom. Mes œuvres sont une façon de me réapproprier ces plantes, et aussi d’imaginer comment mes ancêtres les ont utilisées. »

Ne pas toucher SVP

Carrie Allison aborde aussi la façon qu’ont les musées de présenter des œuvres qu’on ne peut pas toucher. Pour illustrer son propos, elle a créé la pièce Votre main marquera l’œuvre, des motifs de perlage sur un cordon de guidage traditionnellement utilisé pour tenir le public à distance d’une œuvre dans un musée.

Au cœur de la pièce, elle a aussi recréé des coussins de tissu représentant des perles anciennes géantes, rouges et blanches, qu’on appelle les « cœurs blancs », pour que le public puisse jouer avec à son aise.

Elle raconte s’être notamment inspirée du livre On Being Nosy, du collectif autochtone Wolf Babe, qui pose un regard critique sur les pratiques des galeries et des musées occidentaux. Le collectif remarque que « le toucher y est interdit, et la signalétique de même que les guide-files délimitent les endroits permis et interdits. On s’y sent souvent contraint de baisser le ton et de chuchoter, ou de simplement rester en silence ».

Pour Carrie Allison, ce travail est davantage « le début de quelque chose » que son produit final. Dans une vidéo qui accompagne l’exposition, elle explique que c’est en faisant les choses qu’elle arrive à les comprendre.

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