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Saturday, October 3, 2026

Le Québec est-il un «pays communiste»?

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L’animateur, éditorialiste et écrivain français Franz-Olivier Giesbert (ses compatriotes utilisent souvent ses initiales, FOG) a profité de l’approche de l’élection présidentielle de son pays pour lancer il y a quelques mois un pamphlet ironique au titre ravageur : La France est-elle un pays communiste ? (Plon, 2026). Celui qui se définit comme un social-démocrate de droite et un conservateur de gauche répond que oui, démonstration à l’appui.

Une campagne électorale se déroule ici aussi avec moult promesses concernant le rôle de l’État tentaculaire. Alors, osons reprendre l’interrogation : comme la France, le Québec est-il un « pays communiste » qui s’ignore ?

Il faut d’abord expliquer la formule. L’analyse de Giesbert, étalée sur un peu plus de 100 pages, commence par une statistique économique renversante : les dépenses publiques françaises représentent 57,1 % de la richesse nationale mesurée par le produit intérieur brut (PIB), et 32 % pour les dépenses dites sociales (santé, retraites, etc.).

Sur ce plan, la France se classe au deuxième rang des 38 pays étudiés par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), derrière la Finlande. La moyenne européenne se place juste sous la barre des 50 %. En Chine, ces dépenses publiques représentent seulement 33 % du PIB, et au Vietnam, moins de 20 %.

La redistribution de la richesse par l’État augmente de 55 % le niveau de vie du cinquième des Français les plus pauvres et diminue de 22 % celui des 20 % les plus riches. Avec cette redistribution, selon l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus des pays, la France se situe dans une position honorable, entre l’Allemagne et les Pays-Bas.

La République, réputée au bord de la faillite (près de 5500 milliards de dollars de dette), compte près de deux fois plus de fonctionnaires que l’Allemagne voisine (7 millions par rapport à 4,7 millions), pourtant plus peuplée, qui totalisent 20 % de la population active. La France reste aussi le pays membre de l’OCDE où l’on travaille le moins : 666 heures par habitant par année. Dans ce pays de la baguette bénie, l’achat en boulangerie de produits sans gluten est remboursé jusqu’à 60 % pour les consommateurs souffrant d’intolérance.

Après sa démonstration, FOG rappelle une phrase marteau de Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022), dernier dirigeant de l’URSS, qui s’y connaissait en cette lourde matière. Alors que l’Empire soviétique s’écroulait, il aurait déclaré : « La France est le seul pays où le communisme a réussi… »

Les raisons d’une comparaison

Alors, reprenons : le Québec est-il aussi un pays communiste, la répression en moins ? L’ironie de la formule n’échappe évidemment pas au professeur Stéphane Paquin, de l’École nationale d’administration publique (ENAP), titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la confiance et le leadership politique.

« En tout cas, le Québec est un des pays où la social-démocratie fonctionne vraiment », répond-il.

Le professeur trouve les comptes comparatifs du Québec concernant les dépenses publiques dans l’édition 2026 du Panorama des finances publiques du Québec. Pour y arriver, il faut additionner les dépenses publiques fédérales et provinciales. On arrive alors à un total de 50,8 %. La moyenne canadienne s’établit à 44,3 %.

Parmi les économies avancées de l’OCDE, le Québec ne serait dépassé que par la Finlande (57,7 % du PIB), l’Autriche (55,3 %), la Belgique (54,1 %) et, bien sûr, la France. Il se situerait ainsi parmi les économies où le poids des dépenses publiques est le plus élevé. Ce niveau demeure par ailleurs supérieur au pourcentage prépandémique, puisque les dépenses publiques représentaient 48,3 % du PIB en 2019.

La Suède se situe tout près du Québec, à 50,5 %. Le Danemark se trouve pour sa part à 47,3 %.

« Ce qui fait que nous, on a, dans le fond, un État gros comme les pays sociaux-démocrates de l’Europe du Nord, pour le Danemark et la Suède, alors que la Finlande nous dépasse un peu », résume le spécialiste.

« La comparaison avec les autres provinces canadiennes nuance toutefois ce constat », ajoute le professeur. Avec des dépenses publiques représentant 50,8 % du PIB, le Québec est dépassé par quatre provinces : la Nouvelle-Écosse (63,3 %), l’Île-du-Prince-Édouard (60,7 %), le Nouveau-Brunswick (60,7 %) et le Manitoba (53,9 %).

« Les écarts entre les provinces sont néanmoins considérables. À l’autre extrême, les dépenses publiques ne représentent que 30,5 % du PIB en Alberta, soit plus de 20 points de pourcentage de moins qu’au Québec. Ces données témoignent ainsi de différences importantes dans le poids relatif du secteur public au sein même de la fédération canadienne. Bref, les “communistes” sont dans les Maritimes. »

Ces efforts majeurs servent évidemment à la prestation de services. « On a des dépenses publiques généralement plus élevées que la moyenne des pays, mais on est aussi parmi les pays les plus égalitaires au monde, souligne Stéphane Paquin. Je parle du Québec. On a même de meilleurs taux que les pays scandinaves de ce point de vue. On a de meilleurs taux que la Suède, la Norvège, la Finlande et le Danemark sur l’indice de Gini. »

Il n’y a pas que ça. L’insécurité alimentaire est moins répandue au Québec que dans les autres provinces canadiennes. Il y a ici moins de crimes haineux et moins d’homicides que dans le reste du Canada ou — évidemment — qu’aux États-Unis, où ce problème reste endémique.

Le professeur ajoute les résultats aux tests PISA de l’OCDE, auxquels les élèves québécois se classent parmi les plus performants du monde, loin devant la France. Il cite les congés parentaux et les centres de la petite enfance, qui ont un effet transformateur sur le travail des mères et, conséquemment, sur les impôts qu’elles paient. Et quand un sondage international a demandé aux Québécois s’ils étaient heureux, les réponses positives les ont placés en sixième place mondiale.

« Ça nous coûte plus cher, mais on en a beaucoup plus pour notre argent, résume M. Paquin. Comme disait Duplessis : quand on se regarde, on se désole, mais quand on se compare, on se console. »

Pour faire mieux

Cela dit, le professeur, comme beaucoup de citoyens et de politiciens, pense que l’État québécois social-démocrate (soyons sérieux) devrait s’améliorer et se réformer. « Globalement, je ne suis pas favorable au discours de la campagne électorale affirmant qu’il faut diminuer les dépenses publiques. Généralement, ces coupes se font de manière précipitée, pas dans une logique d’amélioration. Les politiciens restent toujours un peu vagues. Ils promettent des coupes dans la bureaucratie. »

Le spécialiste des politiques publiques se dit favorable à un mécanisme indépendant d’examen et de surveillance des politiques publiques tel qu’il en existe en Suède. Il souhaiterait aussi que les ministères et les organismes publics prennent des décisions éclairées par la recherche probante. « Les pays scandinaves font de l’autoévaluation constante de leurs pratiques dans une optique d’amélioration continue. Ils produisent aussi beaucoup plus de données fiables pour mesurer l’impact des interventions de l’État. »

Des exemples d’améliorations souhaitées ici ? « Si c’est vrai que Santé Québec a embauché énormément de cadres, je veux des chiffres vérifiés pour le prouver, répond le professeur. Et quand Bernard Drainville a été nommé ministre de l’Éducation, il a été incapable de nous dire combien il y avait d’enseignants dans le réseau. On ne sait même pas précisément combien il y a de fonctionnaires dans le public et le parapublic. Toutes ces données sont extrêmement difficiles à connaître. On fait avec des estimations. »

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