Sous pression, le président Macron admet des «défaillances» après les violences du week-end
Le président Emmanuel Macron, pressé d’agir après les violences du week-end en France, a reconnu lundi des « défaillances » dans la gestion des manifestations contre le coût de la vie, demandant à la police d’adapter ses méthodes face aux « casseurs ».
Signe de l’ampleur de la crise provoquée par les affrontements, saccages et pillages de samedi soir et dimanche, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a remis sa démission au chef de l’État qui l’a refusée « compte tenu de la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre », a annoncé la présidence lundi.
Cette nouvelle crise intervient à seulement six mois de la présidentielle, avec la candidate d’extrême droite Marine Le Pen donnée en tête des sondages, et au moment où la France, deuxième économie de la zone euro, est sous l’étroite surveillance des marchés financiers en raison du poids de sa dette.
Le président français, arrivé au pouvoir en 2017 et qui ne peut pas se représenter à la prochaine présidentielle, a maintenu une tournée dans le Golfe pour parler carburants.
Fragilisé, le gouvernement tente de reprendre la main et organise lundi une série de réunions d’urgence face à ces violences qui ont sidéré le monde entier et tournent maintenant à la crise politique.
Le chef de l’État a demandé au ministère de l’Intérieur de déployer « au plus vite sur le terrain de nouveaux modes d’action » pour lutter contre les « casseurs ». Il a aussi de nouveau réclamé de la « transparence », pointant « les défaillances d’anticipation et de renseignements » qui ont conduit à des émeutes et des destructions.
« J’ai remis ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe », a affirmé Laurent Nuñez lundi matin, en reconnaissant « une perte de contrôle » dans certaines villes. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a lui aussi estimé que les autorités avaient « failli incontestablement ».
Les chiffres sont vertigineux : 2331 gardes à vue, des dizaines de placements en détention provisoire et près d’un millier de membres des forces de l’ordre blessés, selon les autorités.
Certains manifestants ont aussi été grièvement blessés. À Saint-Étienne (centre-est), un homme de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade et à Mulhouse (est), une jeune femme du même âge a perdu un œil.
Les violences se sont poursuivies dimanche, dans des proportions moindres, avec quelque 350 interpellations dimanche et durant la nuit à Paris.
Et lundi matin, l’accès au musée du Louvre à Paris est bloqué par des étudiants mobilisés pour exprimer leur « soutien » au mouvement des lycéens et dénoncer « la répression policière ».
Le groupe de gilets à l’origine des manifestations samedi dernier a appelé à une nouvelle journée de mobilisation pour les deux prochains samedis.
« Impuissance » de l’État
La gestion des manifestations par les autorités est fermement dénoncée par une grande partie de la classe politique et par certains maires.
L’opposition pointe la responsabilité d’Emmanuel Macron.
Le président avait tenté de répondre aux inquiétudes dimanche soir par une allocution solennelle qui a réuni 16,7 millions de téléspectateurs. Mais faute d’annonce majeure, elle n’a pas calmé les critiques.
La gauche lui reproche de rester sourd aux revendications des manifestants, tandis que la droite lui réclame davantage de fermeté.
Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a lié les violences à une « forme de pourrissement de ce mouvement social organisé par le gouvernement ».
« Le pouvoir a totalement déserté », a assuré de son côté le président du Rassemblement national (extrême droite) Jordan Bardella.
Raphaël Glucksmann, candidat social-démocrate à la présidentielle, a lui regretté « l’impuissance » du président et « de l’État », jugeant que le « chaos » profitera à Marine Le Pen.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, s’est défendue en affirmant que « les premiers responsables ce sont les casseurs », tout en épinglant La France insoumise (gauche radicale) qui porte selon elle « une responsabilité morale et politique dans les violences ».
Le ministre de l’Intérieur est, pour sa part, attendu dans l’après-midi à Marseille (sud), deuxième ville du pays et frappée de plein fouet par les violences. Tout « rassemblement et manifestation » sont interdits lundi de 12h (locales, 10h GMT) à 20h sur « l’ensemble de la commune ».
Dès samedi, le maire Benoît Payan (gauche) avait « demandé des comptes » au gouvernement. Plus de 30 000 pilleurs ont été dénombrés samedi à Marseille, selon la préfecture de police.
Plusieurs dizaines de manifestants ont aussi brièvement fait irruption dans le hall de la mairie après en avoir enfoncé la porte, criant « c’est la Révolution ! », avant d’être dispersés par les forces de l’ordre.
La crise française n’est pas passée inaperçue à l’étranger : le président américain Donald Trump a écrit que « la France brûle », estimant que le pays était « brisé » par l’immigration.
Et elle pourrait faire tache d’huile chez ses voisins.
En Italie, les jeunes et la police se sont affrontés pour le deuxième jour consécutif dimanche à Milan, la capitale économique, où des magasins ont été saccagés. Les violences avaient commencé la veille en marge d’une manifestation contre la vie chère.
Des centaines de personnes ont également manifesté samedi en Belgique — à Bruxelles et à Liège — dans le sillage de la journée de mobilisation organisée en France contre la vie chère, des rassemblements marqués par quelques débordements imputés à des « casseurs » par les autorités.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.