Avec 250 agressions par semaine, le métro de New York était dans les années 70 l’endroit le plus dangereux au monde, et ce film culte sorti il y a 46 ans le prouve

Film culte sorti en 1980 chez nous, "Les Guerriers de la nuit" de Walter Hill met en scène les affrontements sanglants entre bandes rivales dans une ville de New York terriblement anxiogène. Un des meilleurs films de cinéaste.

Par Olivier Pallaruelo
On peine à imaginer aujourd'hui le climat d'insécurité qui régnait dans la ville de New York, dans les années 1970 - début des années 80. Une ville alors en proie à une terrible épidémie de drogue, à la criminalité effrayante, au point qu'un manuel de survie était même distribué aux touristes. Sérieusement.
Une ville au bord de la faillite aussi. L'argent manquait tellement dans les caisses de la municipalité qu'elle ne pouvait même plus payer les éboueurs pour ramasser les ordures, surtout dans les quartiers du Bronx et de Harlem, devenus des ghettos à ciel ouvert. Les Black Panthers iront d'ailleurs jusqu'à menacer de mort le maire de la ville s'il ne faisait pas nettoyer les rues.
Des rues devenues des "champs de la mort"
Le fameux métro de New York, qui fonctionnait (et fonctionne toujours) 24h/24, était considéré à l'époque comme l'endroit le plus dangereux au monde. En septembre 1979, on rapportait pas moins de 250 agressions par semaine; la majorité des cas se faisant dans les tunnels sombres du métro. Des gangs tels que les Black Spades, les Satan Souls, les Devil Rebels et les Imperial Survivors, pour n'en citer que quelques-uns, défendaient farouchement leur territoire, se partageant également les quartiers clandestins.
En raison des taux de mortalité élevés parmi les membres de gangs à l’époque, Luis Garden Acosta, un militant communautaire originaire de Porto Rico et fondateur d’une coalition locale pour la justice environnementale, qualifiait les rues de Williamsburg, à Brooklyn, de "champs de la mort". Car de nombreux adolescents étaient blessés ou tués lors des violentes guerres de territoire qui faisaient rage dans tous les quartiers les plus pauvres de New York.
Paramount Pictures
Dans cette même période, la police des transports en commun new-yorkaise (la New York City Transit Police Department) — un corps distinct de la NYPD, créé en 1953 — a connu une forte expansion pour faire face à la criminalité croissante dans le métro. Ses effectifs ont atteint un pic d'environ 3600 officiers vers le début de 1975; un renforcement mené pour intensifier les patrouilles sur un réseau vieillissant.
Mais la crise budgétaire new-yorkaise du milieu des années 1970 a entraîné des vagues de licenciements qui ont fait chuter ces effectifs, passant du pic de 3600 de 1975 à moins de 2800 officiers par la suite.
Pour tenter de pallier à cette grave carence, des groupes de vigilantes, baptisés Guardian Angels, furent fondés en février 1979. Portant des bérets rouges et des vestes assorties pour être facilement identifiables, ils patrouillaient par paires ou en groupes dans les rames et sur les quais pour prévenir et enrayer les agressions. Un an plus tard, on recensait ainsi 220 membres patrouillant dans les lignes du métro de New York.
Des menaces de mort contre l'équipe du film
C'est précisément sur ce terreau terrifiant -mais sociologiquement passionnant- qu'est né un des films les plus iconiques de la fin des années 70 - début 80, absolument culte : Les Guerriers de la nuit, de Walter Hill; adaptation du roman de Sol Yurick paru en 1965. Scénariste pour le grand Sam Peckinpah (Guet-Apens), scénariste et producteur d'Alien de Ridley Scott, Walter Hill est l'un des cinéastes américains marquants de la décennie des années 1970-1980, même si sa carrière a été inégale et en dents de scie.
L'histoire des Guerriers de la nuit ? Cyrus, le chef du gang le plus puissant de New York, les Gramercy Riffs, convoque un sommet nocturne réunissant des délégués non armés de tous les gangs de la ville dans Van Cortlandt Park. Il y propose une trêve permanente qui permettrait aux gangs de prendre le contrôle de la ville, faisant valoir qu'ils sont 60.000 contre seulement 20.000 policiers. Mais Cyrus est assassiné en pleine assemblée par le chef d'un autre gang, et les Warriors, venus de Coney Island, sont accusés à tort du meurtre. Une chasse à l'homme commence, et elle sera implacable...
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Sorti en 1979 aux Etats-Unis (et en 1980 chez nous), Les Guerriers de la nuit fut largement victime de la censure aux Etats-Unis. Non pas pour sa violence, mais pour son caractère "incitatif à la violence et en raison de son réalisme". Non seulement le film fut démoli par les critiques de l'époque, mais de violents incidents et faits divers attribués par la Presse à l'influence néfaste du film incitèrent les exploitants de salle à ne pas le programmer, tandis que les publicitaires se détournèrent de l'oeuvre du réalisateur.
Il faut dire aussi que, côté coulisse, la production ne fut pas exactement de tout repos... Si le film est censé se dérouler dans le quartier du Bronx, il fut tourné à Manhattan, dans le Queens et à Brooklyn. La production fit appel à un vrai gang, qui se faisait appeler les Mongrels, pour protéger les camions de la régie transportant le matériel de tournage, à raison de 500 $ par jour. Des membres de l'équipe du film reçurent même des menaces de mort de la part de gangs locaux, vexés de ne pas avoir été castés dans le film...
Une référence esthétique majeure, vénérée par les créateurs de GTA
Oeuvre extrêmement stylisée, fable urbaine, presque mythologique, où les gangs — costumés de façon très marquée (les fameux gilets de cuir des Warriors) évoluent comme des figures quasi médiévales dans un New York fantasmé et filmé de nuit, Les Guerriers de la nuit est aujourd'hui considéré comme une référence esthétique majeure, que ce soit dans le monde de la mode, des jeux vidéo, ou le cinéma de genre, bien au-delà de son succès commercial très modeste à l'époque ( à peine 22 millions de dollars).
Il n'est guère surprenant que la communauté de fans n'ait depuis cessée de grandir autour du film. Dans un entretien accordé au media BKmag pour les 45 ans du film, le cinéaste estimait que l'une des raisons pour lesquelles il est devenu populaire au fil du temps, c'est qu'il n'a jamais voulu faire un film moralisateur, qui déplore que les jeunes que l'on voit à l'écran ne deviennent pas avocats ou médecins : "il n'y a rien dans le film qui dit "quel gâchis qu'ils ne vont pas devenir avocats ou médecins". Tout ne passe pas nécessairement par le prisme de ce que l'on considère comme des valeurs d'adultes".
Toujours est-il que le film compte même parmi ses fans les fondateurs de Rockstar; le studio derrière l'immense succès de la saga vidéoludique Grand Theft Auto (GTA), au point d'en avoir même fait un jeu vidéo en 2005 !
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Les Guerriers de la nuit, une variante de l'Odyssée d'Homère
Si vous n'avez jamais vu cette furieuse pépite, c'est le moment de vous y mettre ! Le film est d'ailleurs sorti chez nous en 2021 dans une édition Director's Cut. Le résultat, pas inintéressant, est quand même assez imperceptible : on parle d'une minute en plus que la version originelle, soit 94 min.
La différence n'est pas une histoire de scènes coupées ou de contenu supplémentaire substantiel, mais essentiellement de présentation : la Director's Cut ajoute une introduction en voix off de Walter Hill décrivant la tentative d'une armée grecque légendaire de rentrer chez elle en combattant (oui oui, c'est bien de l'Odyssée dont il s'agit !), ainsi que des plans figés qui font le lien entre les différentes scènes du film.
Ces transitions en style comic-book remplacent les fondus au noir classiques de la version théâtrale, pour renforcer l'esthétique de fable urbaine stylisée voulue par Hill. A voir comme une curiosité donc, même si ces ajouts stylistiques n'ont pas l'impact de la version de 1979.
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