Une arme de dissuasion et de négociation

Cette chronique n’est pas une invitation à voter pour qui que ce soit, mais plutôt une réflexion très froide sur l’état de la situation politique au Québec en ces temps de grands bouleversements économiques planétaires, pour ne pas dire de balkanisation des alliances traditionnelles imposée par le gouvernement de M. Trump.
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Au Québec, nous traversons une époque où se dire nationaliste est devenu un serment politique presque incontournable. Le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti conservateur du Québec (PCQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) se disputent trois nuances de nationalisme différentes. Ce qui est très bien.
Cependant, qu’est-ce que cela signifie vraiment si le projet indépendantiste devait mourir de sa belle mort ?
Ce nouveau nationalisme est une option politique revendicatrice, un simple mégaphone pour demander à Ottawa de respecter la nation québécoise dans ses spécificités culturelles et économiques, de ne pas violer ses champs de compétence et de veiller à ce qu’il obtienne sa juste part des ristournes fédérales.
Mais si la revendication n’est pas entendue, le nationaliste apprend très vite à ravaler sa frustration, à réaliser que la réponse d’Ottawa signe la fin de la discussion. À preuve, combien de fois François Legault a-t-il demandé au gouvernement fédéral des pouvoirs supplémentaires en immigration, en vain ?
Le nationalisme quémandeur de la CAQ n’a pas vraiment donné au Québec plus de pouvoir que la traditionnelle complaisance de certains gouvernements du PLQ. Puisqu’en flattant ou en chialant, on frappe le même nœud gordien, mieux vaut garder du mordant pour se faire écouter.
La véritable arme de dissuasion du Québec, ce n’est pas la disposition de dérogation que François Legault a dégainée quelques fois pour se protéger des forces hostiles à l’héritage de Simon Jolin-Barrette. La « clause dérogatoire » est une simple muraille dans laquelle les tribunaux peuvent aussi trouver des craquelures.
Garder l’option indépendantiste bien vivante est la véritable arme de dissuasion capable de tenir le gouvernement fédéral en alerte et de l’empêcher d’ambitionner.
Elle est à l’avenir du Québec francophone ce que la vitalité du feu représentait pour un chasseur-cueilleur désireux d’éloigner les prédateurs nocturnes de son campement.
Aussi, même pour un parti résolument fédéraliste comme le PLQ, négocier avec Ottawa est toujours plus facile quand un mouvement indépendantiste bien vivant suit les pourparlers et peut se nourrir de leurs conclusions.
La peur de donner des munitions à cette potentielle force politique de déstabilisation a longtemps freiné les volontés d’aplanissement de l’exception culturelle québécoise, un désir bien vivant dans une grande partie de l’anglophonie canadienne. Sans cette arme de dissuasion, la francophonie québécoise aurait emprunté depuis longtemps le chemin qui a mené toutes les autres communautés francophones du Canada au pied du rouleau compresseur de l’assimilation.
Sans forces souverainistes dans l’arène politique, pourquoi le gouvernement fédéral craindrait-il les velléités nationalistes de la CAQ, du PLQ ou du PCQ ? Si Christine Fréchette se félicite d’avoir eu ces investissements substantiels du gouvernement Carney qui ont donné un bon coup de pouce à sa campagne, elle doit aussi remercier Paul St-Pierre Plamondon d’avoir sorti le Parti québécois (PQ) des catacombes.
Est-ce qu’il y a un observateur politique sensé qui croit que toute cette nouvelle bienveillance fédérale à l’égard du Québec n’a pas un certain lien avec la place qu’occupe le PQ et son souverainisme assumé dans les intentions de vote ?
Oui, nous sommes nombreux à saluer ces engagements du premier ministre du Canada, une main tendue au Québec qu’on n’avait pas vue depuis très longtemps ! Mais la politique étant ce qu’elle est, qui pense vraiment qu’il n’y a pas dans cet engagement une volonté inavouée de freiner la marche de PSPP vers le pouvoir ?
Soulignons d’ailleurs que Mark Carney a été encore plus généreux avec l’Alberta, une province dont la première ministre a bien compris l’importance de transformer les idées indépendantistes en outil de négociation.
Cette stratégie d’instrumentalisation d’une grande efficacité a permis à Danielle Smith de soutirer à Ottawa d’énormes avantages économiques et législatifs pour l’expansion de l’industrie des sables bitumineux.
Aussi, même si la probabilité que les Albertains votent Oui est encore plus faible que celle de voir PSPP diriger un Québec souverain, gageons que l’Alberta gardera ce nouvel arsenal référendaire bien vivant dans sa besace.
Elle l’exhibera désormais chaque fois qu’elle sentira le besoin de se protéger contre des politiques fédérales jugées hostiles.
Pour la même raison, au Québec, que l’on soit indépendantiste ou fédéraliste, en ces temps de tribulations économiques et de magasinage de nouvelles alliances, l’option référendaire est un indéniable garde-fou, une précieuse arme de dissuasion contre les dérives d’un fédéralisme asymétrique, centralisateur et intransigeant.
Avec une telle arme de dissuasion, un tel rapport de force, même si le Québec n’est pas à ces nombreuses tables de négociation qui se dessinent dans un avenir proche, ceux qui y seront réfléchiront aux conséquences de leurs décisions avant de les mettre au menu.
Autrement dit, référendum ou pas, l’option souverainiste donne du poids à la parole des Québécois de toute allégeance politique. Voilà aussi la principale raison pour laquelle il ne faut pas gaspiller les munitions de cette arme de dissuasion et de négociation dans un rendez-vous perdant.
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