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Friday, September 25, 2026

Des monarques seront traqués de Montréal jusqu’au Mexique

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Les papillons monarques ont entrepris leur migration qui les mènera jusqu’au Mexique. Mais l’itinéraire de plus d’un millier d’entre eux n’est plus un secret, car les émetteurs Bluetooth dont ils sont munis permettent désormais aux chercheurs et aux résidents de suivre leur périple en temps réel. L’Insectarium de Montréal, qui participe à ce projet de recherche nord-américain, a relâché dans les dernières semaines 19 monarques dont on peut suivre les déplacements.

Auparavant, les monarques dont on souhaitait suivre la trace étaient identifiés à l’aide d’une étiquette autocollante apposée sur leurs ailes. Il fallait alors se croiser les doigts et espérer que quelqu’un les aperçoive et signale leur présence ailleurs sur le continent.

Les avancées technologiques ont toutefois permis la création d’un outil de détection beaucoup plus efficace et fiable, susceptible de révolutionner l’étude de cet emblématique papillon : un émetteur Bluetooth ultraléger que les chercheurs peuvent coller sur le dos des lépidoptères. Ne pesant que 0,06 g (alors qu’un papillon monarque a un poids de 0,5 g), l’émetteur est alimenté à l’énergie solaire.

Sur le continent nord-américain, n’importe quel iPhone dont le Bluetooth est activé détectera un monarque muni d’un émetteur passant à proximité et la localisation du papillon sera automatiquement mise à jour dans l’application de science participative Project Monarch. Les téléphones Android peuvent aussi détecter les papillons, mais uniquement si l’application Project Monarch est téléchargée et que son propriétaire active le mode « détection ».

Cap vers le Mexique

L’application Project Monarch permet de suivre à la trace 18 des 19 monarques munis d’émetteurs par l’Insectarium de Montréal dans leur voyage de quelque 4500 kilomètres. Pour une raison technique, l’un des papillons n’apparaît pas dans l’application, mais l’Insectarium assure qu’il poursuit sa route. Aux dernières nouvelles, il serait en Iowa.

Relâché le 31 août dernier, le papillon identifié sous le code INS02 a parcouru plus de 2000 kilomètres en 23 jours, soit une moyenne de 90 kilomètres par jour. Après avoir quitté l’île de Montréal et franchi le lac Ontario, INS02 a traversé la ville de Buffalo pour prendre la direction de l’ouest, vers le Kansas.

Le papillon INS09 a préféré faire un tour à l’île Sainte-Hélène avant de gagner Longueuil et descendre vers les États-Unis en faisant un peu de tourisme à New York pour ensuite longer la côte est américaine.

INS15, lui, a traversé Rosemont–La Petite-Patrie et le Plateau-Mont-Royal avant de s’arrêter à Outremont, d’où il n’a pas bougé depuis une semaine, ce qui laisse croire qu’il pourrait lui être arrivé malheur.

Comprendre la migration

L’utilisation d’émetteurs Bluetooth ouvre de nouveaux horizons pour la recherche. « On a tellement de questions sur la dynamique de la migration. [Avec les émetteurs], on peut commencer à envisager de répondre à ces questions-là. Ça nous ouvre beaucoup de possibilités », indique Michel St-Germain, chef de division aux collections et à la recherche à l’Insectarium de Montréal.

Les experts de l’Insectarium ont d’ailleurs remarqué que les premiers monarques relâchés, à la fin août, se sont rapidement dirigés vers la région des Grands Lacs, alors que les papillons de la seconde cohorte ont pris d’emblée la direction du sud. « On espère être capables d’associer les données météorologiques avec les déplacements qu’on observe. Ça permettrait peut-être d’expliquer pourquoi tel papillon se retrouve dans tel corridor de migration », souligne M. St-Germain.

Tous les monarques capturés par l’Insectarium étaient sauvages et butinaient dans le Jardin botanique de Montréal, relate Thierry Boislard, coordonnateur de la collection vivante à l’Insectarium. La rapidité avec laquelle les monarques ont quitté l’île de Montréal après avoir été relâchés laisse croire qu’ils provenaient de régions plus au nord et avaient déjà commencé leur migration avant de faire escale au Jardin botanique, dit-il.

Les émetteurs ont beau être légers, peuvent-ils incommoder les monarques et nuire à leur migration ? Thierry Boislard croit que non. Des tests effectués plus tôt cette année sur des papillons — de deux autres espèces — à la volière de l’Insectarium laissent penser que le comportement des papillons demeurait inchangé, qu’ils soient ou non munis d’émetteurs.

Survivre au long voyage

C’est à l’invitation de Greg Mitchell, chercheur chez Environnement et Changement climatique Canada, que l’Insectarium a participé au projet de recherche. Joint par Le Devoir, M. Mitchell précise qu’environ 280 papillons munis d’émetteurs ont été relâchés cet automne dans cinq provinces canadiennes, soit l’Alberta, le Manitoba, l’Ontario, le Québec et le Nouveau-Brunswick.

Les chercheurs souhaitent identifier les routes migratoires des monarques provenant des différentes régions du pays et déterminer s’ils empruntent tous le même corridor à un certain moment. « On veut aussi connaître la proportion de monarques qui atteignent le Mexique afin de voir s’il existe des différences entre les régions et quel est leur taux de survie pendant la migration. Les monarques qui parcourent de plus grandes distances sont-ils moins susceptibles d’atteindre le Mexique ? » se demande Greg Mitchell.

Une attention sera aussi portée sur les sites de rassemblement le long des Grands Lacs, qui comportent déjà des secteurs protégés. « Cela nous permettra de déterminer si nous devons envisager de protéger ou de restaurer des habitats dans d’autres secteurs », explique-t-il.

Plusieurs organisations scientifiques canadiennes, américaines et mexicaines participent au projet. Au Canada, Greg Mitchell espère en recruter d’autres, notamment dans la région de Québec.

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