Montérégie | Un père condamné à 14 ans de pénitencier pour avoir tué sa fille

(Salaberry-de-Valleyfield) Un homme dépressif qui a tué sa fille en l’étranglant, puis en la poignardant neuf fois, a été condamné jeudi à 14 ans de pénitencier. En tuant Amanda avec une telle brutalité, Alain Caza a aussi détruit la vie de ses proches, en premier lieu sa petite-fille de 10 ans.
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« Il lui a volé son innocence. Il a irrémédiablement changé le cours de son enfance. On lui a volé sa mère. Elle vit dans la peur de son grand-père, une personne qu’elle aimait pourtant », a confié le père de l’enfant dans une lettre présentée à la cour jeudi.
Arrivé en homme libre au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield, Alain Caza s’est fait passer les menottes devant ses proches jeudi matin, lorsque la juge Marianna Ferraro a entériné la recommandation commune de peine de 14 ans de détention. Il sera admissible à une libération au tiers de sa peine.
« Je suis vraiment désolé de ce qui est arrivé à Amanda. J’aime ma fille. Je lutte chaque jour pour comprendre ce qui s’est passé », a déclaré Alain Caza au tribunal.
Accusé de meurtre au second degré, l’homme de 62 ans a plaidé coupable à une accusation réduite d’homicide involontaire, à la mi-septembre. Une différence importante, puisqu’un verdict de meurtre aurait signifié la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant au moins 10 ans.
Alain Caza et sa fille entretenaient une relation très tendue. Amanda – une mère de 34 ans – demandait souvent de l’argent à son père et l’insultait parfois. Ses demandes d’argent et ses « abus verbaux » auraient lourdement affecté Alain Caza. L’homme était atteint d’une dépression majeure, avec anxiété, selon les psychiatres.
FACEBOOK D’AMANDA CAZA
Amanda Caza, 34 ans
Le 15 mai 2024, Alain Caza se rend au domicile de sa fille à Ormstown, en Montérégie. Il souhaite lui remettre un dernier chèque et lui annoncer qu’il cessera de l’aider. Il attend un moment dans sa voiture, puis entre par l’arrière. Selon la version du tueur, Amanda l’a alors attaqué avec un couteau. Il arborait une blessure très superficielle à l’abdomen.
À partir de là, Alain Caza n’a plus aucun souvenir, jure-t-il. Selon la pathologiste judiciaire, il a étranglé sa fille, puis très rapidement, il lui a asséné quatre coups au cou et cinq près du cœur. Amanda n’avait aucune plaie de défense, comme c’est le cas, lorsqu’une personne est consciente pendant une attaque.
Le niveau de violence n’est rien de moins qu’extrême. […] Il a planifié sa visite chez sa fille. Il savait que sa santé mentale était fragile. Il aurait pu faire d’autres choix. Même si elle a pris un couteau, [Alain Caza] a mené une attaque persistante et violente.
Avec autant de coups de couteau, pourquoi ne s’agit-il pas d’un meurtre ?
Car Alain Caza n’avait pas l’intention requise pour commettre un meurtre en raison de son état mental (dépression majeure), des « abus » que lui a infligés sa fille pendant des années et du fait que celle-ci « manipulait » un couteau au moment fatidique, selon la Couronne et la défense. De plus, Alain Caza avait vécu des « traumatismes » dans le passé, dont la mort de son frère.
« On considérait qu’un doute pouvait être soulevé sur l’intention criminelle », a résumé la procureure de la Couronne, Me Camille Taillefer, en mêlée de presse.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE
Me Camille Taillefer, procureure de la Couronne
La juge Ferraro a tenu à clarifier que la conduite « abusive et pas gentille [unkind] » d’Amanda envers son père était loin d’être suffisante pour que l’accusé puisse faire valoir une défense de provocation.
La mort d’Amanda aux mains de son père a eu l’effet d’une bombe dans la famille Caza. Les répercussions ont été majeures. Le frère d’Amanda n’est plus que l’ombre de lui-même et peine à se trouver un logis. « Je suis toujours moi-même. Mais brisé », a-t-il résumé dans une lettre.
Le père de la petite fille se sent « isolé ». Il prend soin, seul, d’une petite fille traumatisée par la mort de sa mère. « Je dois être fort tout le temps. Mais je me sens abîmé », a-t-il confié au tribunal.
Quant au tueur, il se dit rempli de culpabilité et de regrets.
« J’aimerais tant revenir à l’arrière pour que ça finisse mieux [for a better outcome] », a-t-il déclaré.
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