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Thursday, September 24, 2026

Pourquoi Mark Carney et le rapprochement Canada-UE «historique» séduisent l’Europe

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Face à un contexte géopolitique de plus en plus instable, Bruxelles entend renforcer son partenariat avec le Canada, perçu comme un allié fort et dirigé par un leader qui a osé tenir tête à Donald Trump. Une ambition largement saluée en Europe, même si plusieurs questions restent en suspens.

L’image restera gravée des deux côtés de l’Atlantique. Devant le Parlement européen, à Strasbourg, la semaine dernière, Mark Carney a saisi la main tendue de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui avait proposé de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne (UE). « Le Canada accueille favorablement cette ambition, lui a répondu le leader du Parti libéral, sous les chaleureux applaudissements de l’assemblée. Et je peux vous dire que les sondages montrent qu’une écrasante majorité de Canadiens soutient des liens beaucoup plus étroits avec l’Europe. »

Tout comme la population canadienne qui est optimiste, à Bruxelles, ce rapprochement semble largement perçu comme une bonne nouvelle. À l’heure où les attaques russes s’intensifient, où les États-Unis se transforment en adversaire et où la Chine met l’économie européenne sous pression, l’UE le sait : elle a besoin d’alliés fiables. Et pour beaucoup, en Europe, cet allié idéal pourrait être le Canada.

« La situation géopolitique actuelle rend cela encore plus pertinent : Bruxelles comme Ottawa cherchent à renforcer leur résilience et à diversifier leurs relations », estime auprès du Devoir Laura Ballarín Cereza, eurodéputée socialiste. Les deux blocs « sont confrontés à des défis similaires à l’heure actuelle », acquiesce Diya Jiang, chercheuse à l’Université McGill et à l’Université de Calgary.

Pour de nombreux élus européens, s’allier au Canada semble être une évidence. D’abord parce que Bruxelles et Ottawa partagent une histoire et des « valeurs communes », comme l’a rappelé Mark Carney : le respect des droits de la personne, la souveraineté ou encore l’intégrité territoriale des États.

« C’est naturel. J’ai l’impression qu’il y a une grande proximité, une manière similaire de voir les choses », pointe Damian Boeselager, eurodéputé écologiste et membre de la Délégation pour les relations avec le Canada. Ces valeurs communes sont aussi stables et contribuent à l’image positive qu’a le pays de manière générale en Europe. « Aux yeux du grand public, le Canada jouit d’une très bonne réputation », renchérit l’élu.

« Un sentiment de courage »

Et la figure de Mark Carney n’y est sans doute pas pour rien. À Strasbourg comme à Bruxelles, beaucoup le décrivent comme celui qui a osé tenir tête à Donald Trump. « Et on se souvient tous de son discours à Davos », glisse un eurodéputé en souriant. En janvier, le premier ministre canadien avait fait sensation en dépeignant un visage assez sombre de l’ordre mondial, tout en assurant que des solutions étaient possibles — notamment en invitant les « puissances moyennes » à construire un « nouvel ordre ».

« Je pense que Carney, ces derniers mois et bien sûr à Davos, a insufflé un sentiment de courage », poursuit Damian Boeselager. Preuve de son succès : la semaine dernière, à Strasbourg, le dirigeant a été accueilli en grande pompe. À peine arrivé dans l’hémicycle du Parlement européen, il a enchaîné les accolades, les poignées de mains chaleureuses et même les selfies, avant d’entamer son discours très attendu, qui s’est conclu par une ovation debout.

Au-delà des valeurs communes, plusieurs élus pointent un autre avantage : cette alliance n’est pas un saut dans l’inconnu. Ces dernières années, les deux blocs ont considérablement renforcé leur coopération, notamment avec la signature en 2016 de l’Accord économique et commercial global Canada-UE (AECG ou CETA). Résultat : entre 2016 et 2025, les échanges de biens et de services entre les Vingt-Sept et le Canada ont augmenté de plus de 80 %. Fin 2025, les liens ont encore franchi une nouvelle étape, lorsque le Canada est devenu le premier pays non européen à rejoindre le programme européen de défense SAFE (Security Action for Europe).

Si la coopération est déjà importante, Carney et von der Leyen se sont montrés clairs : ils veulent aller plus loin. Devant le Parlement européen, le premier ministre du Canada a listé une série de domaines dans lesquels ils entendent renforcer leurs liens, au-delà de la défense et du commerce : l’intelligence artificielle, la sécurité énergétique, les minerais critiques, l’espace ou encore le programme Erasmus+. Depuis Strasbourg, les deux dirigeants ont insisté sur tous les avantages qu’apporterait cette alliance renforcée, tant pour Bruxelles que pour Ottawa, en plus — au-delà du signal fort envoyé sur la scène internationale — de la « prospérité » pour les populations. « C’est du gagnant-gagnant, il ne peut pas y avoir de perdant dans cette affaire », estime elle aussi Nicole Gnesotto, vice-présidente de l’Institut Jacques Delors et spécialiste des questions européennes et de sécurité internationale.

Rapprochement avec des États membres

Dans une Europe menacée de toutes parts, cette nouvelle amène un nouveau souffle. Et pourrait prouver que, finalement, Bruxelles — parfois considérée comme trop faible — n’est pas vouée à subir les velléités des grandes puissances. « L’Europe n’est pas impuissante, l’Europe est forte, et aux côtés du Canada, nous pouvons être encore plus forts », a salué par voie de communiqué l’eurodéputée allemande Terry Reintke.

Dans les capitales, le message semble bien reçu. Après le discours de Carney, le premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s’est empressé de publier sur X un drapeau européen sur lequel apparaissait une feuille d’érable à côté des 12 étoiles. Les deux blocs étaient « destinés » à resserrer leurs liens, a de son côté estimé Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères.

Le renforcement des liens ne se limite pas à Bruxelles. Dimanche, Mark Carney a rencontré Emmanuel Macron à Saint-Pierre-et-Miquelon, un archipel français de l’Atlantique Nord. Ensemble, ils ont défendu la « souveraineté » de leurs pays et plaidé pour un rapprochement bilatéral « profond », notamment en matière de pêche, de sécurité et d’énergie. « Ça montre que cela va au-delà de la coopération avec l’UE, que le Canada souhaite également travailler avec les États membres eux-mêmes », dit la chercheuse Diya Jiang. « Les deux sont bien sûr complémentaires », confirme Nicole Gnesotto.

« Le chemin sera long »

Si l’alliance avec Ottawa semble globalement ravir l’Europe, plusieurs questions restent toutefois en suspens, une semaine après le discours de Mark Carney. À commencer par le terme « membre associé » de l’UE, un mot aux contours juridiques flous, qui soulève des questions en Europe. « C’est la question principale pour moi : savoir ce que ça signifierait concrètement », confie Laura Ballarín Cereza. Jean-Noël Barrot, de son côté, a estimé que le projet devra être « débattu, décortiqué, analysé ».

Au-delà du flou, plusieurs attendent de voir comment ce renforcement se concrétisera. Car si les paroles sont fortes, à Bruxelles, les actes ont parfois plus de mal à suivre. Près de dix ans après l’entrée en vigueur de l’AECG, dix États membres ne l’ont toujours pas ratifié, par exemple. Alors, même si les Vingt-Sept semblent globalement enthousiastes, beaucoup l’assurent : comme souvent, il y aura des points de friction. « Les enjeux vont varier d’un État membre à l’autre. Je prévois que le chemin sera long avant de parvenir à un accord sur lequel toutes les parties pourront s’entendre », précise Diya Jiang.

En attendant, les yeux sont déjà rivés vers le prochain grand rendez-vous : le sommet UE-Canada, prévu à Montréal les 29 et 30 octobre. « Ce sera une occasion importante de voir ce que ce nouveau partenariat signifie concrètement », affirme Laura Ballarín Cereza.

À Bruxelles, beaucoup en sont conscients : les discussions ne font que commencer. Malgré cela, beaucoup souhaitent rester optimistes. « C’est désormais à nous, des deux côtés, de concrétiser le partenariat, affirme Damian Boeselager. Nous ne devons pas laisser passer cette occasion. »

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