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Saturday, September 12, 2026

Le mois de l’argent avec Sudinfo : héritage et succession, les bons réflexes à avoir avant et après un décès

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Journaliste à la rédaction Générale

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Lorsqu’un proche décède, quelles sont les premières choses à faire ?

Renaud Grégoire : La première chose, c’est de prendre le temps de digérer le décès. On ne va pas directement commencer à se demander qui va prendre le canapé ou le tapis. Il faut penser aux funérailles et, si le défunt avait des souhaits particuliers, les communiquer à la famille. C’est quelque chose qu’il vaut mieux avoir dit de son vivant plutôt que de compter sur un testament qui ne sera peut-être pas ouvert dans les 24 ou 48 heures. Ensuite viennent les démarches administratives au travers desquelles votre notaire pourra vous accompagner.

Que se passe-t-il avec les comptes bancaires après un décès ?

Les comptes sont bloqués dès le décès. Dans un couple marié sous le régime de la communauté, cela peut concerner tous les comptes, même ceux qui sont au nom d’un seul des deux époux. Pour le conjoint survivant, il peut donc être utile d’avoir un peu d’argent de côté afin de pouvoir continuer à payer les dépenses courantes pendant quelques semaines. Et rien ne sert de vider le compte juste après le décès pour « cacher de l’argent au fisc » : la situation est figée à minuit zéro, au moment du décès.

Quand faut-il contacter un notaire ?

Je conseille de le faire dans les jours qui suivent les funérailles. Pas forcément pour avoir un rendez-vous dans la semaine, mais pour pouvoir fixer un entretien dans les deux ou trois semaines suivantes. Le notaire va notamment déterminer qui sont les héritiers, vérifier s’il existe un testament et établir les documents nécessaires pour débloquer les comptes.

Quel est le rôle du notaire dans une succession ? Quelles démarches va-t-il effectuer ?

Il y a deux volets. Le volet fiscal consiste à établir la déclaration de succession, qui est une photographie du patrimoine au moment du décès : immobilier, comptes bancaires, placements, comptes à l’étranger, etc. Une série de règles fiscales, abattements et déductions sera sollicitée aux au cas par cas. Il est important également de ne rien omettre afin d’éviter un retour de flammes de l’administration fiscale.

Le volet civil consiste à déterminer qui sont les héritiers, vérifier s’il y a un testament ou des donations et voir s’il y a des comptes à faire entre les héritiers. Par exemple, si un parent a déjà donné un terrain à l’un de ses enfants, cette donation peut être prise en compte au moment du partage, sauf si elle a été faite « hors part ».

La déclaration de succession doit être déposée dans les quatre mois qui suivent le décès. S’il y a des droits de succession à payer, ils disposent ensuite d’un délai de deux mois.

Pourquoi une succession peut-elle rapidement créer des tensions dans une famille ?

Les tensions commencent parfois avant même d’arriver chez le notaire, notamment au moment des funérailles : choix du cercueil, cérémonie, musique, crémation… Chez le notaire, on essaie plutôt de dédramatiser. Mais derrière les chiffres, il y a évidemment des relations familiales et des personnalités différentes. Celui qui prend tout en main, celui qui ne s’occupe de rien, celui qui arrive avec tous les papiers… Cela peut vite créer des frustrations.

Dans une succession entre frères et sœurs, je trouve intéressant qu’ils puissent d’abord en parler entre eux. Ils ont une histoire familiale commune et peuvent parfois mieux accepter certaines choses que leurs conjoints respectifs. Mais si le conjoint s’est occupé de toutes les démarches, sa présence peut évidemment être utile. L’essentiel est d’éviter que cela tourne au rapport de force.

La déclaration de succession doit être déposée dans les quatre mois qui suivent le décès. S’il y a des droits de succession à payer, ils disposent ensuite d’un délai de deux mois.
Renaud Grégoire, Notaire

Faut-il accepter une succession si l’on craint qu’il y ait des dettes ?

Dans la grande majorité des cas, il n’y a pas de raison de refuser une succession. Mais il faut être attentif à certains signaux : un crédit, une voiture encore financée, l’absence d’assurance-vie… Si on a un doute, mieux vaut se renseigner avant d’accepter.

On peut alors soit refuser la succession, soit l’accepter sous bénéfice d’inventaire. Cette dernière solution permet de ne pas devoir payer les dettes avec son propre argent. Par exemple, s’il y a 50.000 euros de dettes mais seulement 25.000 euros d’actifs, les 25.000 euros serviront à rembourser les dettes, mais l’héritier ne devra pas trouver les 25.000 euros manquants dans son portefeuille.

Il faut aussi savoir que si l’on refuse une succession, elle passe aujourd’hui à ses enfants. Cela peut être intéressant pour une personne qui n’a pas besoin de l’héritage et préfère que ses enfants en bénéficient directement. C’est ce qu’on appelle « le saut de génération ».

Quels frais faut-il prévoir ?

R.G. : Il faut notamment penser aux frais funéraires, qui peuvent représenter environ 5.000 euros, ainsi qu’aux frais qui découleront du travail demandé au notaire (déclaration de succession, acte d’hérédité…). Le mieux est de demander, dès le début, combien cela coûtera car il n’y a pas de barème, tout dépendra de la complexité du dossier.

Donner de son vivant est-il toujours une bonne idée ?

La donation peut permettre de réduire les droits de succession, mais il faut surtout se demander si c’est réellement ce que l’on veut faire. Pour des montants importants, il est possible de formaliser la donation afin de sécuriser les choses.

Pour un bien immobilier, les parents peuvent par exemple donner la nue-propriété tout en conservant l’usufruit. Ils restent alors dans le bien ou continuent à percevoir les loyers, tandis que les enfants en deviennent déjà propriétaires.

Mais il faut en parler avec ses enfants avant. Est-ce qu’ils veulent ce bien ? Comptent-ils le garder ou le vendre ? Ont-ils plutôt besoin d’argent aujourd’hui ? Si le bien sera vendu plus tard par les enfants, il peut être plus simple que les parents le vendent eux-mêmes et leur donnent ensuite l’argent.

Sans testament, qui hérite ?

En ligne directe, ce sont les enfants. S’il n’y a pas d’enfants, les parents et les frères et sœurs peuvent être concernés, avec les droits éventuels du conjoint selon la situation. Lorsqu’on n’a pas d’enfants et qu’on est propriétaire, il est donc particulièrement important de réfléchir à un testament.

La donation peut permettre de réduire les droits de succession, mais il faut surtout se demander si c’est réellement ce que l’on veut faire. 
Renaud Grégoire, Notaire

Et dans les familles recomposées, les beaux-enfants, les enfants du conjoint, héritent-ils automatiquement ?

Non. C’est une question qui se pose souvent : certains parents souhaitent que leurs enfants et beaux-enfants héritent à parts égales. C’est possible de l’organiser, mais il faut bien réfléchir à ce que l’on souhaite pour l’avenir.

On peut décider de transmettre quelque chose à ses beaux-enfants. L’important est surtout de bien réfléchir à la situation familiale et à ce que l’on veut transmettre. Dans une famille recomposée, il vaut mieux anticiper ces questions plutôt que de laisser les choses se régler plus tard et établir, dès lors, un testament. En sachant que le conjoint survivant pourrait aussi modifier le sien quelques années plus tard.

Justement, quand faut-il faire ou revoir son testament, et peut-il être contesté ?

Il faut surtout penser à son testament aux grandes étapes de la vie : lorsqu’on achète un bien, qu’on prend sa pension, qu’on hérite soi-même ou lorsqu’il y a un changement important dans la famille ou le patrimoine. Le but n’est évidemment pas d’aller chez le notaire tous les six mois, mais de se demander : « Si un accident arrivait dans les prochains mois, est-ce que ce que j’ai organisé correspond bien à ce que je souhaite ? »

Un testament correctement rédigé est valable. Pour un testament écrit soi-même, il doit notamment être écrit à la main, daté et signé. Si ces règles sont respectées, il n’y a pas de raison de le contester mais la capacité de la personne au moment où elle le rédige ou le modifie sera parfois le sujet de discorde.

Peut-on déshériter un enfant ?

On peut léguer ses biens à qui on veut, mais les enfants ont une part réservée. La moitié de la succession est réservée aux descendants. L’autre moitié peut être attribuée librement.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes quand on organise une succession ?

C’est d’abord de ne voir que le problème fiscal. Bien sûr qu’il est important de ne pas payer trop de taxes, mais une succession concerne aussi un patrimoine et surtout des relations familiales.

L’autre erreur, c’est de ne pas demander l’avis des enfants. Les parents décident parfois seuls : « Tu auras cet immeuble, toi celui-là. » C’est notamment une mauvaise idée lorsqu’il y a plusieurs biens et qu’on attribue d’office un immeuble à chaque enfant.

Il vaut mieux discuter : est-ce que tu veux ce bien ? Est-ce que tu veux le vendre ? Est-ce que tu as besoin d’argent maintenant ? Il faut raisonner en fonction des besoins plutôt qu’en fonction de principes.

Il faut d’abord parler avec ses proches de ce qui pourrait arriver : la fin de vie, les funérailles… Ce n’est pas directement patrimonial, mais c’est important.
Renaud Grégoire, Notaire

L’indivision est-elle forcément une mauvaise chose, notamment après une donation ?

Non. Il y a presque un tabou autour de l’indivision, alors que si les héritiers s’entendent bien, elle peut parfaitement fonctionner.

Dans le cas d’une donation immobilière, les parents peuvent aussi donner la nue-propriété à leurs enfants tout en conservant l’usufruit. Ils continuent alors à occuper le bien ou à en percevoir les revenus. Lorsque les deux parents sont décédés, l’usufruit s’éteint et les enfants deviennent pleinement propriétaires. Pour le reste du patrimoine, on retombe alors sur une succession classique.

Que faut-il absolument organiser de son vivant pour faciliter les choses ?

Il faut d’abord parler avec ses proches de ce qui pourrait arriver : la fin de vie, les funérailles… Ce n’est pas directement patrimonial, mais c’est important.

Il faut aussi être transparent sur son patrimoine. Laisser chez soi un document ou un classeur avec la liste des assurances, comptes bancaires, comptes à terme, éventuels biens à l’étranger… peut être très utile. Il n’est pas nécessaire que ce document soit chez le notaire. Il y a aussi Izimi, un coffre-fort numérique pour stocker ces documents importants.

Enfin, avant de faire une donation ou de décider quoi que ce soit, il faut essayer de comprendre les besoins et les envies des enfants.

Le mois de l'argent avec Sudinfo.be

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