Que proposent les partis pour les premiers acheteurs?
Le coût de la vie est un enjeu central de la campagne électorale québécoise et le logement en est une composante indissociable. Pas étonnant que les partis aient multiplié les promesses à ce sujet dans les dernières semaines.
Les deux tiers (66 %) des électeurs de la génération Z affirment que la position des partis sur l’abordabilité du logement va influencer leur vote le jour de l’élection, révélait cette semaine un sondage en ligne de Royal LePage mené auprès de 1000 adultes québécois. Près de la moitié (45 %) des millénariaux sont du même avis.
Les principaux partis en lice ont pris acte de cette préoccupation. La Coalition avenir Québec (CAQ) semble même avoir pris un coup d’avance en annonçant en avril dernier le remboursement de la « taxe de bienvenue » aux premiers acheteurs, jusqu’à un maximum de 5875 $.
Le parti de Christine Fréchette a poursuivi dans ce filon en campagne, promettant de faire passer le crédit d’impôt à l’achat d’une première propriété d’un maximum de 1400 $ à 7000 $. Le Parti québécois (PQ) propose lui aussi de bonifier cette mesure, mais jusqu’à un crédit maximum de 3000 $.
Le PQ veut aussi aider les premiers acheteurs de maisons neuves — et ceux qui optent pour l’autoconstruction — en remboursant la taxe de vente du Québec (TVQ) jusqu’à 45 000 $.
Chez Québec solidaire, on propose que le gouvernement investisse dans le financement de la mise de fonds des premiers acheteurs. Ils pourraient ainsi obtenir jusqu’à 15 % de la valeur d’une maison neuve et 5 % de la valeur d’une maison existante, pour un maximum de 50 000 $. La mise du gouvernement devrait être remboursée lors de la vente.
En visant les premiers acheteurs, « on va cibler une clientèle qui est intéressante sur le plan électoral », constate Jean-Philippe Meloche, professeur à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal. Cela dit, ce ne sont pas tous les premiers acheteurs qui ont besoin d’un coup de main, précise-t-il.
Ces aides pourraient même être à double tranchant. En injectant des fonds publics pour soutenir la demande, « on va potentiellement contribuer à aggraver le problème » de la crise du logement, poursuit-il. Les mesures pourraient bel et bien aider les premiers acheteurs, si tel est le désir des partis, mais « ça ne change pas les conditions de marché ».
Construire plus
Un autre axe d’intervention qui pourrait aider les premiers acheteurs est la construction de logements. Les partis rivalisent d’ailleurs en promesses à cet égard.
Au PLQ, on veut construire 100 000 logements par an, notamment en misant sur la réduction de la bureaucratie et sur le préfabriqué. Le PQ et le PCQ misent aussi grandement sur la réduction du fardeau réglementaire.
QS met plutôt l’accent sur le logement social en promettant la construction de 25 000 logements sociaux et communautaires et le retrait de 25 000 logements supplémentaires du marché privé « pour en faire des logements réellement abordables ».
Il est vrai que les lourdeurs réglementaires contribuent à faire gonfler le coût des logements, observe Jean-Philippe Meloche. Cela ne veut pas dire pour autant que toutes les règles sont inutiles, mais « il y a beaucoup d’incohérences réglementaires » qui limitent l’augmentation de l’offre.
Qu’en est-il des locataires ?
À ce chapitre, Québec solidaire se distingue avec un large éventail de promesses. Le parti veut « instaurer un véritable contrôle des loyers » en limitant les hausses à l’inflation pendant un an, le temps de développer un nouveau calcul des augmentations permises. QS compte également lancer un registre national des loyers, permettre le traitement anonyme des dossiers devant le Tribunal administratif du logement si un locataire n’est pas fautif, et sévir davantage contre l’hébergement touristique illégal.
Le PLQ propose pour sa part l’ajout de 40 000 logements abordables au parc locatif. Au PCQ, on prône différentes mesures de déréglementation et « des allocations directes aux personnes les plus démunies plutôt que des investissements gouvernementaux dans la construction ».
On ne parle pas assez des locataires dans cette campagne, estime M. Meloche. Il invite à se rappeler que l’accès à la propriété est une chose, mais que l’accès au logement — notamment locatif — en est une autre.
Et pendant que les promesses pleuvent à l’endroit des acheteurs, il ne faut pas négliger la question de l’itinérance, souligne l’expert. Tous les chefs de partis semblent touchés par la question, reconnaît M. Meloche, mais ils ne s’y sont pas attaqués « à la hauteur du problème ».
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.