Journée internationale des grottes et des reliefs karstiques: des curiosités naturelles protégées mais aussi menacées

Petit voyage au centre de la terre à présent. Enfin, à tout le moins sous la surface du globe, car ce dimanche marque la toute première Journée internationale des grottes et des reliefs karstiques – zones où l'eau dissout lentement les roches solubles – proclamée par l'Unesco. L'objectif est de mieux faire connaître ces mondes souterrains souvent spectaculaires, mais aussi essentiels à nos sociétés. Car les grottes ne sont pas seulement des curiosités naturelles, elles peuvent abriter nos réserves d'eau, conserver des traces de civilisations anciennes ou encore raconter l'histoire de l'humanité.
Première destination, l'Afrique du Sud, dans les grottes de Sterkfontein, un site classé situé au nord-ouest de Johannesbourg qui continue de fasciner les paléontologues. Une concentration exceptionnelle de fossiles d’australopithèques – des hominidés qui appartiennent donc à la lignée humaine – a été retrouvée dans ces grottes. Elles se trouvent d’ailleurs dans une zone connue localement sous le nom de « Berceau de l’Humanité », tant ce réseau de grottes a conservé une grande concentration de fossiles remontant à plus de 3,5 millions d’années.
Et s’ils ont été si bien conservés, c’est parce qu’avec le temps et sous l’effet de l’eau souterraine, la roche qui compose ces grottes, la dolomie, s’est peu à peu trouée comme un gruyère, formant un labyrinthe de galeries. Des animaux, mais aussi nos lointains ancêtres, ont donc pu tomber dans les cavités ouvertes à la surface et se retrouver piégés à l’intérieur. Une fois recouverts de sédiments, leurs ossements ont été protégés de l’érosion et des perturbations extérieures, favorisant ainsi leur conservation.
Les grottes de Sterkfontein sont particulièrement connues car c’est là qu’ont notamment été découverts le squelette presque complet de Little Foot, et le crâne de Mrs. Ples, deux célèbres fossiles d’australopithèques.
Depuis l’année dernière, le public peut à nouveau visiter le site, après plus de deux ans de fermeture suite à des inondations. Et les recherches scientifiques s'y poursuivent, pour tenter d’en apprendre davantage sur l’évolution humaine.
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Les cénotes menacés par la pollution
Au Mexique, les cénotes, situés dans la péninsule du Yucatan, sont aussi des formations naturelles emblématiques. Ils sont les résultats d’effondrements des sols karstiques et d’infiltrations, ces gouffres, indispensables à la vie dans cet écosystème, étaient considérés comme sacrés par la civilisation maya.
Les cénotes sont la seule source d’eau douce de la région. Ces puits sont en fait des ouvertures sur ce que l’on appelle le grand aquifère maya : un vaste réseau de rivières et de grottes souterraines inondées et connectées entre elles qui s'étend sur des milliers de kilomètres sous la péninsule du Yucatan. Seule une partie de ce labyrinthe est cartographiée, aujourd’hui environ 13 000 cénotes sont référencés et leur position révèle un anneau formé par l’impact d’une météorite tombée il y a 60 millions d’années. Ce paysage hydrogéologique est évidemment l’une des principales attractions touristiques de la région, visitée chaque année par des millions de personnes. Mais c’est aussi un trésor naturel menacé, justement par le surtourisme, à cause de la pollution, de ses besoins en eau et en infrastructures. Par exemple, le train maya qui a vu le jour s’est construit en détruisant des cénotes. Et l’agriculture intensive représente aussi un danger, à cause des infiltrations de déchets et produits chimiques qui contaminent ces réserves d’eau très accessibles depuis la surface.
La grotte de Jeita menacée par un large éventail de problèmes
Au Liban, la grotte de Jeita, à 20 km au nord de Beyrouth, n'est pas seulement spectaculaire. Elle permet également d'alimenter la capitale en eau, via une rivière souterraine. Ce site d'exception se compose de deux galeries calcaires principales, s'étendant sur des kilomètres, avec des stalactites et des stalagmites impressionnantes que les visiteurs peuvent observer en descendant, en barque, la rivière souterraine. La grotte est toutefois menacée par un large éventail de problèmes.
Cette merveille de la nature enfouie au cœur du Mont-Liban est victime, avant toute autre chose, de l’incompétence et de l’irresponsabilité des autorités publiques. L’organisation dans les profondeurs de la grotte, en octobre 2025, d’une cérémonie prénuptiale privée avait provoqué un scandale national et rappelé l’urgence de protéger ce site unique au Liban et au Moyen-Orient.
Les risques de pollution de la rivière qui alimente Beyrouth en eau potable par des infiltrations souterraines sont grands. L’urbanisation effrénée de la région entourant la grotte, les fosses septiques, l’insuffisance des systèmes d’assainissement des eaux usées, peuvent avoir, sur le long terme, des effets dévastateurs sur la grotte de Jeita.
L’État a établi des règles strictes lors de la visite de la grotte : interdiction totale de prendre des photos ou des vidéos à l'intérieur afin de protéger la roche et les formations naturelles. Cependant, cela reste insuffisant : la grotte ne dispose pas d’un système de surveillance permanent des niveaux de CO2, de l’humidité ou de la température. Des paramètres essentiels pour déterminer la croissance des formations calcaires et la stabilité de l’écosystème.
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