« Je suis venu pour travailler » | Ces demandeurs d’asile qui trouvent du travail

Ils étaient 70 à monter à bord de deux autocars à Montréal, mardi matin. Destination : Québec. Tous demandeurs d’asile. Tous bénéficiaires de l’aide sociale. Et tous à la recherche d’un emploi.
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C’était une première pour le Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI), un organisme qui aide les demandeurs d’asile à trouver un emploi. Habituellement, les entreprises viennent rencontrer les candidats à Montréal ou les entrevues se déroulent sur Teams. Cette fois, ils ont pris la route.
Treize entreprises les attendaient dans un salon de l’emploi organisé avec Québec International, la Ville de Québec et Investissement Québec.
Clean International, Fromagerie Bergeron, McDonald’s, Patates Dolbec, TMS Système, Textiles Gauvin, les hôtels Germain, Le Bonne-Entente, Entourage-sur-le-Lac, Le Petit Manoir du Casino…
« Les gens savaient que s’ils participaient à cette journée-là, c’était pour ensuite déménager à Québec ou dans la région de Québec », explique Agnès Merlin, coordonnatrice aux opérations au CACI.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE
Le Centre d’appui aux communautés immigrantes (CACI) est situé dans le secteur de Cartierville, à Montréal.
Ce voyage en autocar illustre deux réalités. La première, c’est que beaucoup de demandeurs d’asile veulent travailler et sont prêts à déménager en région pour y arriver. Mais le passage de l’aide sociale au marché du travail n’est pas toujours simple : il repose sur l’accompagnement d’organismes communautaires et du financement public.
« Je suis un travailleur »
Gesson Castor, 52 ans, l’avait dit au CACI lorsqu’il s’y est présenté après son arrivée au Québec : « Je suis un travailleur. Je suis venu pour travailler. Aller vivre en région, ça ne me dérange pas. »
Après cinq mois à l’aide sociale, cet Haïtien a trouvé un emploi chez IPL St-Damien, une entreprise spécialisée dans la transformation et le moulage de plastique, dans Bellechasse. Mais l’expérience n’a duré que deux mois : IPL l’a remercié.
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Gesson Castor
Il est revenu à Montréal et s’est installé chez son cousin.
A-t-il demandé de nouveau de l’aide sociale ? « Non, non, non, non, jamais. »
M. Castor a fini par trouver un autre emploi dans un centre de distribution de Dollarama, près du métro De la Savane.
« C’est difficile, mais je n’ai pas le choix. On demande d’aller vite. Il faut gagner 100 % de performance », décrit-il.
De l’université à l’usine
Samuel St-Vil, 40 ans, est resté en région.
Il est arrivé au Québec en 2025 après avoir passé deux ans aux États-Unis. Sa femme et sa fille de 5 ans sont restées en Haïti.
« J’ai reçu de l’aide sociale quand je suis arrivé parce que je n’avais pas de moyens de survivre, explique-t-il. J’étais obligé d’avoir de l’aide sociale. »
Quatre mois plus tard, il est allé au CACI.
« Je me suis dit : bon, je dois quitter l’aide sociale pour trouver un emploi. »
Il en a trouvé un rapidement. À Rivière-du-Loup.
En Haïti, Samuel St-Vil avait étudié en environnement et en aménagement du territoire et travaillé au sein de l’équipe d’administration d’une université. À Rivière-du-Loup, il travaille dans une usine de transformation de la viande, chez duBreton.
Il a commencé par « emballer les viandes ». Il est maintenant préposé à la scie ou scieur de viande.
« Je n’ai pas hésité à accepter cet emploi parce que je dois vivre, je dois m’occuper de ma famille aussi », dit-il.
Est-ce qu’il envoie de l’argent en Haïti ? « Évidemment. »
« On ne va pas chercher trop »
Ralph Hogarth travaille aussi en région.
Arrivé au Québec en janvier, l’Haïtien de 45 ans a découvert le CACI sur TikTok. Il a passé quelques entrevues. Deux jours plus tard, il a décroché un emploi dans une entreprise de bois traité de Montmagny.
Il fait « un peu de tout » : « strappeur », emballeur, opérateur de machine.
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Ralph Hogarth, 45 ans, demandeur d’asile haïtien
Si j’aime Montmagny ? Oui. Ici, les gens sont super. Je m’adapte. En fait, vous savez, quand on est demandeur d’asile, on fait ce qu’on a à faire. On ne va pas chercher trop. Dès qu’on a un travail, on peut s’occuper de la famille, tout ça, c’est bon.
Sa famille est restée en Haïti. Lui aussi lui envoie de l’argent.
Vers les régions
La région ne convient pas à tout le monde.
Marie Seska, 50 ans, avait cherché du travail pendant des mois à Montréal sans succès, après son arrivée, en avril 2025.
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La demandeuse d’asile haïtienne Marie Seska, 50 ans
« J’ai cherché un poste de journalière, un poste de caissière, agente, j’ai tout cherché », dit-elle.
Elle a finalement trouvé un poste dans un McDonald’s de Lévis. Elle y est restée quatre mois.
Son mari, qui vivait aux États-Unis, est arrivé à Montréal. Elle a alors décidé de quitter Lévis pour le rejoindre.
Un ami l’a aidée à trouver un emploi de caissière dans le dépanneur d’une résidence pour aînés, à Montréal. « Je vais garder ce nouvel emploi jusqu’à ce que je trouve mieux », assure-t-elle.
Dix mois à attendre
Encore faut-il avoir le droit de travailler.
Franck Léandre N’Dri, 58 ans, de la République démocratique du Congo, dit avoir attendu dix mois son permis de travail après son arrivée au Canada, en 2023.
À ce moment-là, il y avait du travail à Montréal, beaucoup de travail. J’attendais le permis, mais il n’arrivait pas.
Il travaille aujourd’hui à l’emballage chez duBreton, à Rivière-du-Loup.
Pour le CACI, le défi a changé. Il y a un an, le bouche-à-oreille suffisait pour attirer des demandeurs d’asile vers son programme d’aide en emploi. Aujourd’hui, leur nombre a diminué et l’organisme doit les chercher sur Facebook, Instagram et TikTok et multiplier les collaborations avec d’autres organismes.
Ceux qu’il rejoint, assure Agnès Merlin, veulent travailler.
« Généralement, ils sont, je dirais, tous très motivés à travailler. »
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