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Friday, October 2, 2026

« Pas juste une carte de statut » : deux candidats autochtones se font entendre

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Un chiffre : 0,6 %. C’est ce que représentent les candidatures autochtones aux prochaines élections provinciales qui se tiendront le 5 octobre.

En effet, cette année, on compte six Autochtones qui tenteront de briguer un mandat, alors qu’on en comptait neuf lors de l’élection précédente. Une seule de ces candidatures avait porté ses fruits en 2022, celle de Kateri Champagne Jourdain, une Innue qui a fait campagne sous la bannière de la Coalition avenir Québec (CAQ).

La députée, qui a terminé son mandat comme ministre des Ressources naturelles et des Forêts, retente sa chance dans la circonscription Duplessis. Elle sera opposée, entre autres, à une autre Innue, Jani Bellefleur-Kaltush, qui se présente sous les couleurs de Québec solidaire (QS).

Le parti de gauche présente aussi Bryan Gingras, un Anishnabeg, dans la circonscription Marguerite-Bourgeoys.

Kateri Champagne Jourdain assise au Vieux-Poste.

Kateri Champagne Jourdain se représente pour la CAQ dans sa circonscription située sur la Côte-Nord. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie

Au Parti libéral du Québec (PLQ), ils sont deux Anishnabeg, Randy Legault-Rankin, dans Laurier-Dorion, et David Logue, dans Gatineau.

Au Parti québécois (PQ), le Wendat Simon-Pierre Savard-Tremblay, ancien député du Bloc au fédéral, briguera un siège pour représenter Saint-Hyacinthe.

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) nous a confirmé ne présenter aucun candidat autochtone.

Seuls le Parti libéral du Québec et Québec solidaire nous ont offert la possibilité de parler avec l’un de leurs candidats. Les autres partis n'ont pas donné suite à notre demande d'entrevue au moment de publier ces lignes.

Il faut qu’on se montre!

Nous avons donc pu nous entretenir avec Randy Legault-Rankin (PLQ) et Jani Bellefleur-Kaltush (QS). Tous deux croient en leurs chances et refusent de jouer les candidats poteaux juste pour que leur parti ait bonne conscience.

Le candidat du PLQ souligne qu’il brigue un mandat dans un fief historiquement libéral, avant que QS ne lui ravisse le siège en 2018, puis en 2022. Il a d'ailleurs comme principal rival le solidaire sortant Andrès Fontecilla. Les autres candidats dans cette circonscription sont Emil Parfyonov pour la CAQ, Marc-Antoine Cusson pour le PCQ et Kelly Lazo de la Vega pour le PQ.

Randy Legault-Rankin

Randy Legault-Rankin se porte candidat sous la bannière libérale pour les élections provinciales de 2026.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Charles Milliard voulait travailler avec moi. Il m’a dit : "Toi, tu t’en viens avec moi à l’Assemblée nationale parce que j’y crois vraiment fermement", dit-il, balayant du même souffle un parachutage de la part du parti.

Jani Bellefleur-Kaltush souligne que ce n’est pas seulement QS qui est venu la chercher. Je me présente parce que, moi, ça me tentait. J'étais déjà adhérente au parti, dit-elle.

Je n’ai jamais senti que j’ai été mise là comme bouchon et je ne me vois pas comme un bouchon.

Le candidat libéral pense même qu’à long terme, la tactique des candidats poteaux, vis-à-vis des Autochtones, peut être contre-productive. Les partis risquent l’usure des candidats autochtones qui auront simplement été instrumentalisés pour leur narratif.

Jani Bellefleur-Kaltush devant la baie de Sept-Îles.

Jani Bellefleur-Kaltush représente Québec solidaire dans la circonscription de Duplessis.

Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie

Quoi qu’il en soit, les deux candidats, eux, sont déterminés. Jani Bellefleur-Kaltush croit sincèrement en ses chances dans sa circonscription de la Côte-Nord, où vit une importante population autochtone. Outre Kateri Champagne-Jourdain pour la CAQ, elle va affronter entre autres Samuel Murray du PLQ, Meggie Richard du PQ et Roberto Stea du PCQ.

Elle raconte entendre souvent les gens se plaindre et dire qu’ils ne se sentent pas écoutés. Moi, j’étais cette personne-là, je disais tout le temps ça, mais je me suis dit que j’allais changer d’attitude et aller de l’autre côté. Je devais me présenter. Il faut qu’on se montre! lance la candidate.

Pourtant, les Autochtones n’ont pas la réputation de se mobiliser à grande échelle lors des élections, notamment provinciales. C’est aussi ce désintérêt qui a poussé Randy Legault-Rankin à se porter candidat.

Être Autochtone, c’est politique. Être Autochtone et vivre en milieu urbain, c’est encore plus politique, parce que tu viens t’imbriquer dans des structures coloniales et c’est important de le faire.

L’idée c’est de dire : "Vous voulez jouer à ce jeu-là? Eh bien, moi aussi, je peux jouer à ce jeu-là avec vous", poursuit celui qui compte apporter son bagage dans le communautaire sur les bancs de l’assemblée.

C’est important que nos voix soient entendues dans ces structures, qu’une personne autochtone vivant en milieu urbain amène ses idées ou son passé pour montrer les besoins des organismes communautaires à Montréal, par exemple, poursuit-il.

Celui qui a été commissaire aux relations avec les peuples autochtones pour la Ville de Montréal annonce la couleur : Je vais être cet Autochtone fatigant à l'Assemblée nationale. Au début, je n'aimais pas cette étiquette-là, puis maintenant, je la comprends. Des fois, il faut l'être, fatigant, parce qu'il faut qu'on s'imbrique dans ces structures.

Car les candidats et candidates sentent le besoin de s'imposer.

Des priorités autochtones oubliées

Jani Bellefleur-Kaltush rappelle que lundi, plusieurs chefs autochtones ont tapé du poing sur la table afin de souligner l’absence des problématiques qui touchent leurs populations dans l’actuelle campagne.

Le chef Lucien Wabanonik a raison. On est là, on ne va pas partir, il faut nous parler. Et je pense que c’est aussi de la responsabilité des [citoyens] d’apporter les enjeux autochtones durant cette campagne, estime-t-elle.

Des chefs réunis posent sous des drapeaux.

Des chefs autochtones se sont rassemblés lundi matin devant l'Assemblée nationale du Québec pour rappeler aux partis politiques en campagne électorale l'importance des enjeux qui touchent les Premières Nations. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Je me suis lancée là-dedans, car je veux changer le monde pour ma fille, pour qu'il soit plus inclusif. Et même si je perds, au moins elle pourra dire que j’ai essayé, appuie la candidate qui en profite pour souligner son parcours atypique : réalisatrice, notamment au Wapikoni mobile, animatrice de radio, apprentie-pilote d'avion...

Selon elle, il est temps que les Autochtones soient pris en considération.

On n’est pas juste des cartes de statut indien ou des gens qui ne paient pas de taxes. On est plus que ça. On a une conscience, on est éduqués, on a juste une perspective différente.

Un avis que partage Randy Legault-Rankin, qui rappelle que si t’es pas autour de la table, c’est que tu es probablement le repas. Alors, moi, je veux m’assurer d’être autour de la table.

Les deux candidats soulèvent également l’importance de reconnaître le racisme systémique au Québec. Selon eux, c’est l’un des sujets politiques qui touchent le plus les Autochtones, outre les questions liées à la foresterie et à l’application concrète de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Vue aérienne de travaux lors d'une coupe forestière en automne.

Le secteur forestier est l'un des enjeux importants pour les Autochtones au Québec. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Jani Bellefleur-Kaltush souligne aussi l'un des combats de QS qui l'a rapprochée de ce parti : celui d'appliquer le Principe de Joyce au niveau de tout le Québec.

Mais imposer ces enjeux dans le débat électoral actuel reste difficile, selon Randy Legault-Rankin, qui évoque une campagne séparatiste.

Une expérience enrichissante

En cette dernière semaine de campagne, aucun des deux ne montre de signes de fatigue. C’est beaucoup d’émotions. C’est une belle expérience et ça a été très éducatif pour moi, j’ai beaucoup appris. J’ai souvent regardé la campagne de l’extérieur, mais la vivre, c’est autre chose, lance la candidate solidaire avec enthousiasme.

Tout n’a pas été facile, surtout sur les réseaux sociaux, concède-t-elle. On m’a fortement conseillé de ne pas regarder pour protéger ma santé mentale, confie-t-elle, évoquant des commentaires parfois difficiles et peu respectueux sous certaines publications.

C’est un gros défi, une belle aventure, on a une belle équipe, très jeune, qui vient du quartier et qui a le goût de s’impliquer, raconte de son côté Randy Legault-Rankin, tout en rappelant qu'une campagne se construit en plein vol.

Jani Bellefleur-Kaltush sait que les Autochtones ne sont pas très mobilisés pour les élections, alors elle lance un dernier message : J'encourage les gens à aller voter, mais selon leurs valeurs et la manière dont ils voient le futur.

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