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Sunday, November 8, 2026

Entrevue avec deux anciens présidents du Conseil du trésor | La bureaucratie, au-delà des clichés

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Ils ne veulent pas prodiguer de conseils, et encore moins se poser en grands sages, mais Stéphane Bédard et Martin Coiteux ont quelques réflexions à transmettre sur la taille de l’État et la bureaucratie.

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Lors de la dernière campagne électorale, péquistes, libéraux, conservateurs et caquistes ont promis de rendre l’État moins gros et plus efficace. Leur plan de retour au déficit zéro en dépendait, et ils assuraient que les services n’en souffriraient pas.

Est-ce si simple ? Est-ce même possible ? J’ai réuni ces deux ex-présidents du Conseil du trésor du Québec pour en discuter. Ils se sont tenus loin de la partisanerie. Mais ils en avaient beaucoup à dire sur leur ancienne fonction et sur certains clichés.

L’État contient-il autant de « gras » qu’on le prétend ? « J’ai un problème avec le terme “gras”. Il est imprécis », répond M. Coiteux.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Coiteux alors qu’il était président du Conseil du trésor, en 2014

Cet ex-président du Conseil du trésor sous le gouvernement Couillard (d’avril 2014 à janvier 2016) préfère parler de bureaucratie. Soit « ce qui complique inutilement les relations des citoyens et des entreprises avec l’État ». « C’est à cela qu’on doit s’attaquer, soutient-il. Il faut faciliter la vie des gens. Mais ce n’est pas si simple. Ça passe par des milliers de décisions individuelles prises dans les différents ministères et organismes. »

Selon M. Coiteux, cette lutte contre la bureaucratie pourrait se solder par une réduction de la taille de la fonction publique. « Mais ça ne devrait pas être l’objectif de départ, nuance-t-il. Il s’agit de deux buts distincts », explique celui qui a travaillé entre autres à la Banque du Canada et qui a été économiste en chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec après sa carrière politique.

Stéphane Bédard acquiesce. Lui aussi croit que la lutte contre la bureaucratie est un chantier pour le long terme. Elle ne devrait pas être une tactique pour réduire rapidement le déficit. Sinon, les coupes ne se feront pas au bon endroit.

Sous les deux gouvernements caquistes, la taille de la fonction publique a augmenté d’environ 17 %, soit l’équivalent de 12 000 employés à temps plein. Près de la moitié de ces postes sont administratifs.

Le Parti québécois s’est engagé à réduire de 500 millions dès cette année cette rémunération, afin d’économiser à terme 1,6 milliard en 2028-2029, ce qui représente 2,5 % de l’enveloppe totale de la fonction publique.

M. Coiteux ne commente pas cette promesse ou celles des autres partis. Il met toutefois en garde contre les effets pervers d’une solution en apparence facile : la réduction des effectifs par attrition. « Si on veut transmettre les connaissances, on a besoin des gens plus expérimentés », soutient-il.

Pour diminuer la bureaucratie et hausser l’efficacité, il faut travailler avec la fonction publique, et non contre elle. « Elle doit être impliquée, mobilisée, motivée. Mais là encore, ça ne peut pas se faire en quelques mois. » C’est le risque d’une campagne d’attrition qui vise à atteindre une cible budgétaire, prévient-il.

Selon le cliché, le président du Conseil est la personne qui dit non à ses collègues. Doit-il avoir un talent pour déplaire ? M. Bédard ne le croit pas.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor de 2012 à 2014, et Pauline Marois, alors première ministre du Québec

« Au Trésor, tu n’as pas de clientèle [comme les patients pour la Santé ou les étudiants pour l’Éducation], rappelle-t-il. Tu dois donc être à l’écoute de tes collègues. Ce sont eux qui vont te rapporter les problèmes sur le terrain », raconte celui qui présidait le Conseil du trésor sous le gouvernement Marois, et qui a aussi été secrétaire d’État au Renouvellement de la Fonction publique sous le gouvernement Landry de 2002 à 2003.

« Les besoins sont illimités, chaque proposition paraît justifiée quand on l’analyse individuellement. Et parfois, on doit savoir dire oui », nuance celui qui a été député pendant 17 ans et chef intérimaire du PQ.

Il enchaîne avec cette très belle phrase : « On fait tous des erreurs ; l’important, c’est de s’en rendre compte à temps. »

Cela dit, le Conseil du trésor doit garder une vue d’ensemble. « On est comme l’assistant du capitaine. La première ministre donne les missions, et on l’aide à les réaliser. Dans mon cas, on en avait deux : atteindre notre cible [de réduction du déficit] et éviter une décote. »

M. Coiteux ajoute que la relation avec les Finances est cruciale. « On ne peut pas considérer les dépenses sans penser aux revenus, qui relèvent des Finances. » Les deux ex-politiciens notent sur un ton diplomatique que les projections de ces recettes ne sont pas une science exacte.

Entre ces deux ministères, il peut y avoir de petites rivalités, assez pour ralentir un petit peu la transmission d’informations. D’où l’importance de garder un contact étroit. « Comme président, tu ne peux pas parler quatre heures par semaine à la première ministre, mais ton sous-ministre doit travailler de très proche avec le secrétaire général [le patron de l’administration publique] », renchérit M. Bédard.

Si le président du Conseil du trésor rate trop souvent ses cibles, il devient contournable et perd son autorité morale, juge M. Bédard. Sous un gouvernement minoritaire, la rigidité a toutefois ses limites. Il donne l’exemple du gouvernement Charest en 2007, qui semblait surtout pressé de retourner en campagne pour gagner sa majorité. « Stephen Harper avait mieux compris que la population voulait que les partis travaillent entre eux [entre 2006 et 2011] », se souvient-il.

Le gouvernement minoritaire péquiste vit sur du temps emprunté. Il ne sait pas s’il gouvernera assez longtemps pour lutter contre la bureaucratie. Il peut au moins reprendre à partir du travail accompli à ce sujet par l’ex-présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau.

Ce n’est pas le seul défi. Il y en a un autre : éviter d’alourdir encore plus l’État. « À chaque rapport du Vérificateur général, le gouvernement reçoit une série de recommandations pour ajouter des processus ou des règlements. Il peut aussi avoir des suggestions de choses à enlever, mais ce ne sont pas celles qui sont habituellement retenues », raconte M. Bédard.

La lourdeur de l’État découle donc aussi de ces bonnes intentions. Des gens veulent réduire les risques, orienter les résultats ou tout simplement éviter le blâme…

Martin Coiteux y voit le réflexe d’une société qui a une relation « amour-haine » avec l’État. « Quand on a un problème, on exige que le gouvernement le règle. On lui demande beaucoup, et il ne peut pas tout faire en même temps, ce qui engendre des déceptions ». Il termine avec la mise en garde suivante. « Si on ne fait pas attention, ça peut devenir un cercle vicieux. »

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