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Saturday, November 7, 2026

La téléréalité à la rescousse du petit écran?

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Occupation double, Star Académie, Survivor : la téléréalité a envahi le petit écran et bat des records de cotes d’écoute. Le public québécois en redemande et les diffuseurs ne peuvent plus s’en passer. Moins coûteuse que la fiction, prisée des annonceurs et capable de séduire les jeunes, elle constitue une bouée de sauvetage pour les chaînes télévisées face à la crise de l’audiovisuel. Décryptage.

« On ne parlait même pas de téléréalité il y a 25 ans. Aujourd’hui, elle est devenue centrale et permet aux diffuseurs traditionnels de continuer à vivre sur un modèle économique qui est, lui, obsolète », affirme sans détour Pierre Barrette, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal.

Le spécialiste de la télévision publie ces jours-ci un ouvrage consacré à ce genre télévisuel, aussi populaire que méprisé. Dans Le laboratoire du réel, il revient notamment sur ses origines, son évolution et les rouages de sa production. Il décortique aussi les passions que ces émissions suscitent et l’image qu’elles renvoient de notre société.

À ses yeux, la téléréalité est aujourd’hui incontournable pour les diffuseurs québécois, dont les revenus déclinent à vue d’œil. Après des années fastes — alimentées par les abonnements au câble et d’alléchantes recettes publicitaires —, les chaînes télévisées ont été fragilisées par l’essor des plateformes de diffusion en continu et des réseaux sociaux. En quelques années, ces derniers se sont approprié l’attention du (jeune) public, et donc des annonceurs, et ainsi mis en péril le modèle économique de la télévision traditionnelle.

Une recette rentable

Pour l’auteur, la téléréalité s’avère « une solution industrielle » aux difficultés qui secouent le monde de la télévision.

Son atout principal ? Des coûts de production bien moindres que ceux de la fiction. En général, les diffuseurs achètent des concepts qui sont déjà éprouvés à l’étranger et dont le succès repose essentiellement sur les relations humaines. « Affinités, rivalités, alliances, trahisons, jalousies et réconciliations deviennent la matière première du spectacle », écrit-il.

Ainsi, nul besoin de payer des scénaristes et des acteurs professionnels ou de prévoir une multitude de lieux de tournage. Une villa, des quidams triés sur le volet et quelques règles de jeu suffisent à remplir les grilles de programmation pendant des semaines.

Autre avantage de taille : les commandites. « Comparé à la fiction, c’est un format qui s’y prête très bien. On va chercher de gros sous avec des placements de produits et des partenariats. Ça amène des revenus supplémentaires. Ou des économies, vu que c’est de l’argent qu’on ne dépense pas pour les cadeaux des gagnants, par exemple », fait valoir Pierre Barrette.

Ramener le public devant le petit écran

La force de la téléréalité tient aussi, et surtout, à sa capacité à aller chercher les jeunes publics, qui boudent la télévision traditionnelle. Comment ? En investissant les plateformes où ils se trouvent : les réseaux sociaux.

Déclarations maladroites, rapprochements amoureux, engueulades, trahisons — tout ce qu’on aime de la téléréalité — sont publiés sur Instagram, Facebook et TikTok sous forme de courts extraits. « C’est ce qu’on appelle les “money shots”, explique Pierre Barrette. Ça attire l’attention et crée des émotions chez les gens, qui vont partager et commenter. »

Et comme le dit l’adage : parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en ! « L’important, pour les téléréalités, c’est la notoriété et la conversation qu’elles génèrent, poursuit-il. Plus on en parle, plus on attire la curiosité de nouvelles personnes susceptibles de suivre l’émission pour faire partie de la discussion. C’est une autopublicité. »

Les productions poussent cette logique encore plus loin en recrutant des candidats qui possèdent déjà une importante communauté d’abonnés. « Une partie de ceux qui les suivent vont regarder la téléréalité », souligne le chercheur.

Ironiquement, donc, les réseaux sociaux, qui ont détourné les jeunes du petit écran, sont utilisés comme un outil pour les y ramener. Et le concept même de la téléréalité arrive ensuite à les garder accrochés. Les spectateurs se reconnaissent dans les interactions des candidats, prennent parti et se laissent prendre au jeu.

D’une certaine manière, la téléréalité travaille à maintenir en place — quoique artificiellement — l’ancien modèle économique de la télévision, croit M. Barrette. Elle recrée des rendez-vous collectifs en misant sur les tensions, les rebondissements et les éliminations surprises. Les téléspectateurs ne veulent rien manquer et sont incités à suivre les épisodes en direct pour pouvoir les commenter avec leur cercle d’amis ou sur les réseaux sociaux.

Une formule à réinventer ?

Les plateformes de diffusion en continu pourraient toutefois bousculer ce fragile équilibre puisqu’elles investissent de plus en plus, elles aussi, dans la téléréalité. Contrairement aux chaînes traditionnelles, elles proposent des formules différentes, des saisons entières à écouter en rafale.

« Ça change la nature des formats, on est moins dans la surprise ou les rebondissements. Peut-être que ça va transformer les manières de faire et de consommer de la téléréalité au Québec », avance Pierre Barrette.

Reste qu’il voit encore un grand avenir à ce genre télévisuel, qui ne montre aucun signe d’essoufflement. « La téléréalité se renouvelle à un rythme tel. Il y a tellement de nouveaux formats qui apparaissent chaque année. Je pense qu’il y a encore de la place pour de nouveaux concepts. »

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