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Wednesday, November 4, 2026

Midterms 2026 : après la défaite, comment Donald Trump gouvernera-t-il face à un Congrès démocrate ?

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Les midterms, les élections législatives à mi-chemin du mandat présidentiel, jouent un rôle important dans le système politique américain. L’architecture institutionnelle des Etats-Unis est en effet basée sur le principe des "checks and balances", autrement dit de l’équilibre des pouvoirs, qui veut que le président ne gouverne pas seul : le Congrès, constitué de la Chambre des représentants et du Sénat, peut bloquer, modifier ou contrôler certaines décisions prises à la Maison blanche.

Le Congrès va reprendre de l’importance

Désormais, avec la majorité démocrate au Congrès, "il y aura pour Donald Trump une opposition de plus en plus nette qui viendra du pouvoir législatif", fait remarquer Serge Jaumain, directeur du Centre pour l’étude des Amériques AmericaS à l’ULB.

"Avec Donald Trump ces deux dernières années, le pouvoir de la Maison-Blanche avait pris une ampleur considérable, on n’entendait plus du tout le pouvoir législatif. Ici, le Congrès va reprendre de l’importance et risque de mettre en cause les politiques de Donald Trump, de lancer une série de commissions d’enquête, mais surtout aussi de veiller à ce qu’un certain nombre de politiques de Donald Trump ne soient plus financées et cela va certainement être compliqué pour lui."

Thème prioritaire lors de la campagne électorale, les élus démocrates vont probablement concentrer une part importante de leurs travaux à la lutte contre la corruption.

"Autour de Donald Trump, il y a des personnes qui se sont émancipées, pour le dire de manière un peu diplomate, vis-à-vis de la loi. Donc effectivement, c’est ça qui se joue", explique Gilles Gressani, directeur de la revue le Grand Continent qui s’interroge dès lors sur l’attitude du camp Trump.

Je vois dans ce vote démocrate une victoire d’une certaine moralité américaine.

"Est-ce qu’il est possible d’avoir une transition pacifique et normale du pouvoir quand une partie du clan qui était au pouvoir s’est enrichie de manière moins légale que d’habitude ? Est-ce qu’il est possible d’imaginer que Donald Trump et son clan quittent le pouvoir sans perdre la liberté à cause de procès qui pourraient être intentés ? C’est là que se jouera une partie importante du rapport de force avec le Congrès qui a notamment la possibilité de mener des enquêtes qui pourraient faire beaucoup de mal à Donald Trump et à ses affidés."

Richard Werly, essayiste et journaliste au quotidien suisse Blick, abonde dans ce sens. "Je vois dans ce vote démocrate une victoire d’une certaine moralité américaine. D’ailleurs, plusieurs candidats démocrates ont un background religieux, plutôt protestant d’ailleurs, et ils réclament plus de justice et plus de moralité. Au fond, ce qui est condamné, c’est l’immoralité à tout point de vue de Donald Trump depuis deux ans."

À côté de la lutte contre la corruption, beaucoup de candidats démocrates ont fait campagne pour plus de justice sociale aux Etats-Unis, signe de l’influence grandissante de l’aile gauche du parti.

"Partout, on voit bien que les inégalités croissantes, l’omniprésence des milliardaires dans le débat politique ont alimenté la machine démocrate", souligne Richard Waerly qui pointe l’accès aux soins de santé comme une autre revendication centrale. "C’est l’échec complet de l’administration Trump. Donald Trump avait nommé son secrétaire à la santé, Robert Francis Kennedy Jr, le neveu de JFK. Il l’avait nommé pour faire une politique anti-compagnie pharmaceutique. Et ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. La couverture santé des Américains est toujours plus chère. Donc là, il y aura un enjeu."

Le Congrès peut faire toutes les lois qu’il veut, mais le président des États-Unis a déjà annoncé qu’il serait ‘Monsieur Veto’

Mais les élus démocrates parviendront-ils à réaliser leurs promesses de campagne ? La Constitution américaine prévoit que le président peut adresser un veto pour toute proposition de loi votée par le Congrès. Et Donald Trump a laissé entendre qu’il ne s’en priverait pas.

"Le Congrès peut faire toutes les lois qu’il veut, mais le président des États-Unis a déjà annoncé qu’il serait ‘Monsieur Veto’", insiste Benoît Frydman, philosophe du droit et professeur à l’ULB

Il interprète ses pouvoirs de manière tout à fait exagérée.

"Donald Trump mettra son veto aux lois votées par le Congrès qui ne lui conviennent pas, c’est-à-dire la plupart. Et puis Donald Trump a pris l’habitude de gouverner par des ordres de l’exécutif (Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a signé près de 300 décrets présidentiels, ndlr). […] Il interprète ses pouvoirs de manière tout à fait exagérée. Prenez les droits de douane, par exemple. C’est au Congrès à voter les droits de douane mais, à plusieurs reprises déjà, Donald Trump a créé la panique au niveau mondial en prenant des droits de douane tout seul comme un grand, ce qu’il n’a pas le droit de faire."

Benoît Frydman estime par ailleurs que le Congrès ne parviendra pas davantage à faire obstacle à la politique du président républicain.

"Au niveau international, il a les coudées franches, d’une part par la Constitution, d’autre part par la manière dont cette Constitution est interprétée. C’est-à-dire qu’on a, aux États-Unis comme ailleurs, et de manière inquiétante, un renforcement exagéré du pouvoir présidentiel. Et donc, le contrepoids du Congrès ne réussira pas à faire changer fondamentalement sa politique étrangère, à l’exception de sa politique de défense, si le Congrès ne lui accorde pas l’argent nécessaire pour la guerre en Iran qui coûte extrêmement cher.

Donald Trump garde donc une importante marge de manœuvre politique. Mais la déroute républicaine aux midterms constitue tout de même un tournant.

"Pour Donald Trump, je dirais tout simplement que c’est la fin", tranche le journaliste Richard Werly. "Cette fin était programmée puisque de toute manière il ne pourra pas se représenter dans deux ans. Et si certains dans son entourage en rêvaient (d’un troisième mandat, ndlr), ça devient un scénario extrêmement compliqué à défendre. Son intérêt maintenant est de travailler pour sa propre postérité puisqu’on a tous compris que la seule chose qui intéresse Donald Trump, c’est lui-même."

J.D. Vance va se trouver très affaibli, tout comme Marco Rubio

"On peut certainement parler de tournant dans l’évolution récente des États-Unis mais ce n’est pas la fin du trumpisme ", précise Serge Jaumain, professeur d’histoire contemporaine à l’ULB. Le résultat des midterms aura "un impact sur les personnes qui sont autour de Donald Trump et qui sont l’avenir du trumpisme. Par exemple, J.D. Vance va se trouver très affaibli, tout comme Marco Rubio, autrement dit les personnes qui étaient très proches de Donald Trump et qui ne l’ont jamais critiqué".

"Pour le camp Trump, ça devient beaucoup plus compliqué", affirme également Richard Werly qui se projette déjà dans l’élection présidentielle de 2028.

"Deux candidats se profilent. Il y a J.D. Vance, le vice-président, extrêmement associé à Donald Trump dans sa politique, notamment la plus populiste. Or, J.D. Vance vient de perdre son Etat puisqu’il était sénateur de l’Ohio avant de devenir vice-président et que l’Ohio a été remporté par les démocrates. Et puis il y a Marco Rubio, le secrétaire d’État, l’homme de la politique étrangère. Il s’est tenu à distance très habilement, notamment du conflit en Iran. Il pourrait peut-être tirer son épingle du jeu. Mais qui dit désaveu de Donald Trump, dit désaveu de son entourage, désaveu de son administration. On peut donc dire aujourd’hui que tout successeur potentiel de Donald Trump vient de prendre une sacrée balle dans le pied."

Trump était le candidat des plus riches des Etats-Unis et des plus pauvres des Etats-Unis. Et là, il a perdu une des deux composantes

Même affaiblis, Donald Trump et son camp gardent la main sur la politique américaine. Mais la donne a changé. Le président américain a perdu un des deux piliers qui l’avaient porté au pouvoir il y a deux ans, selon Gilles Gressani. "Donald Trump a quelque chose de très particulier, c’est qu’il était le candidat des plus riches des Etats-Unis et des plus pauvres des Etats-Unis. Et là, il a perdu une des deux composantes."

Reste à avoir maintenant comment vont réagir les soutiens restant du président américain, quel sera leur rapport à la démocratie. "La question de fond qui se pose aujourd’hui pour des gens comme Peter Thiel est la suivante : est-ce qu’on peut accélérer technologiquement si la technologie, notamment l’intelligence artificielle, est aussi fortement contestée ? Est-ce qu’on peut rester en démocratie si la grande majorité des personnes conteste une technologie qui demande les plus grands capitaux de l’histoire ? On voit aujourd’hui que les Etats-Unis sont encore une démocratie, mais on voit aussi, et je pense qu’il faut s’y préparer, qu’on est dans une phase dans laquelle le rapport de force va être de plus en plus intense. Quand on écoute certains conseillers très proches du président, ils ont en tête la possibilité de faire comme lors du 6 janvier 2021, aller jusqu’au coup de force pour empêcher qu’il puisse y avoir une prise en main démocrate."

Si les Etats-Unis sont aujourd’hui à un tournant politique, il est encore difficile de voir ce qui se cache derrière.

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