Manifestation du 9 octobre : des adolescents jetés au sol, frappés et insultés par la police lors d’une arrestation

Trois jours après les faits, pour comprendre ce qui s’est passé, nous sommes allés à la rencontre des voisins. "Il devait y avoir un peu moins d’une quinzaine d’enfants et le double de policiers qui se comportaient de manière hyperviolente", se souvient ainsi une commerçante choquée par ce qu’elle a vu. "Un policier a pris un jeune par le cou pour le soulever et l’a jeté au sol. Un autre donnait des coups de pied. Ma collègue a filmé la scène, sur la vidéo on voit aussi un policier gifler un enfant".
De l’autre côté de la rue, un jeune couple a assisté à la scène depuis la fenêtre d’un appartement à l’étage : "C’était très violent. Des gamins apeurés s’étaient réfugiés dans un magasin et des policiers les sortaient en les serrant par le cou". Une autre voisine abonde : "Tout le monde, ici, était choqué. Ils avaient l’air si jeunes. Certains avaient l’air d’avoir 13 ans. Les gens dans la rue criaient 'Arrêtez, arrêtez, ce sont des enfants'. Mais ils répondaient qu’on devait les laisser travailler".
"On était assis à plusieurs à une terrasse de bar. D’un seul coup, on s’est levés, saisis par la violence de l’intervention. Ce qui nous a choqués, c’est que ces ados ne semblaient absolument pas menaçants", confie encore un témoin.
Des images prises par de nombreux témoins
Dans le quartier, les vidéos tournées avec smartphones sont nombreuses. En aucun cas, celles dont nous disposons ne permettent de nous faire une idée sur la légitimité ou non des arrestations, puisqu’elles ont toutes été prises après le début de l’interpellation des jeunes. Mais Nicholas en est convaincu : son fils n’a ni cassé de mobiliser urbain, ni n’a pu se montrer agressif envers les forces de l’ordre. "Tout ce qu’il avait sur lui, c’était une petite boîte de pétards, je ne sais même pas comment on les appelle, des petits pétards de main, qu’on avait tous quand on était enfant". Il faut aussi préciser qu’il n’y a pas eu de casse dans la rue du Marché aux Charbon ce jour-là.
Quoi qu’il en soit, ce qui interroge ici, c’est le contraste entre le comportement peu menaçant des jeunes arrêtés et l’usage de la force déployée par les agents. Ainsi, sur l’une des vidéos, on voit des policiers foncer sur des jeunes d’apparence calme, alors qu’ils sont encerclés par les forces de l’ordre. L’un d’entre eux fait violemment tomber au sol le fils de Nicholas, puis assène des coups de matraque à d’autres. Plus tard, sur ces mêmes images, on voit à deux reprises des policiers amener des jeunes et les jeter violemment à genoux ou assis. L’un d’eux, maintenu par deux agents de police, reçoit aussi un coup de pied. D’autres images amateur laissent deviner une forte gifle qui fait vaciller un des jeunes. Pendant la scène qui dure à peine quelques minutes, les spectateurs huent et hurlent aux policiers de se calmer : "Ce sont des mineurs", entend-on crier.
Une plainte en vue au comité P
Dans un premier temps, les jeunes seront ensuite emmenés en file indienne au commissariat de l’Amigo "où un des policiers a commencé à poser des questions de manière assez rapide à mon fils pour qui la langue française n’est pas sa langue maternelle", poursuit Nicholas. "Donc mon fils a demandé que le policier répète. Et à ce moment-là, le policier lui a dit : arrête de faire l’autiste ! Puis mon fils a aussi entendu qu’il y avait des propos racistes qui étaient tenus à l’encontre des autres jeunes qui étaient là. Du style, qu’est-ce que vous faites ici ? Vous n’avez rien à faire dans ce pays".
Les adolescents ont ensuite été emmenés en fourgon à la caserne de police d’Etterbeek, où ils ont été menottés à l’aide de colsons et ont été placés un moment en cellules. Nicholas est actuellement en train d’instruire une plainte qu’il compte aller déposer au comité P, l’organe de contrôle de la police.
Pas de commentaire de la police
Nous avons soumis les images collectées à la zone de police Bruxelles-Capitale Ixelles mais elle refuse de les commenter au motif "qu’il s’agit de fragments isolés, filmés à des moments précis, qui ne permettent pas à eux seuls de restituer l’ensemble de l’intervention, son déroulement ni le contexte dans lequel les policiers ont été amenés à agir". Quant aux accusations portées par Nicholas et les différents témoins relatives à un usage disproportionné de la force et aux propos tenus par certains agents, la police nous répond que "si des plaintes officielles concernant des faits précis sont portés à notre connaissance, cela fera naturellement l’objet des vérifications nécessaires".
Les adolescents ont ensuite été emmenés en fourgon à la caserne de police d’Etterbeek, où ils ont été menottés à l’aide de colsons et ont été placés un moment en cellules. Nicholas est actuellement en train d’instruire une plainte qu’il compte aller déposer au comité P, l’organe de contrôle de la police.
Pas de commentaire de la police
Nous avons soumis les images collectées à la zone de police Bruxelles-Capitale Ixelles mais elle refuse de les commenter au motif "qu’il s’agit de fragments isolés, filmés à des moments précis, qui ne permettent pas à eux seuls de restituer l’ensemble de l’intervention, son déroulement ni le contexte dans lequel les policiers ont été amenés à agir".
Quant aux accusations portées par Nicholas et les différents témoins relatives à un usage disproportionné de la force et aux propos tenus par certains agents, la police nous répond que "si des plaintes officielles concernant des faits précis sont portés à notre connaissance, cela fera naturellement l’objet des vérifications nécessaires".
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