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Friday, October 16, 2026

Mobilisation étudiante : la RTBF est-elle à côté de la plaque ?

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La rédaction : trop sévère ou trop complaisante envers les étudiants ?

Depuis le début du mouvement, les remarques reçues donnent parfois l’impression de regarder deux réalités différentes.

Soyons honnêtes, les reproches qui accusent la rédaction de minimiser les dégradations sont moins nombreux que les autres. Trois quarts des courriers vont dans l’autre sens, celui d’une rédaction qui accorde trop d’attentions aux violences et aux dégradations, pas assez aux revendications des jeunes et aux conditions dans lesquelles se sont déroulées certaines interventions policières. Lily, élève en cinquième année dans un athénée liégeois, interpelle aussi notre traitement sur les réseaux sociaux. Elle regrette que les violences policières rapportées par les jeunes soient absentes d’une vidéo : "Pour les jeunes qui étaient sur place, c’est pourtant une partie essentielle de ce qu’on a vécu".

Dans quel ordre, les sujets sont-ils présentés ?

Ces réactions posent une question classique, mais particulièrement sensible lorsqu’on couvre un mouvement social : que choisit-on de montrer en premier ?

Lorsqu’une gare est fermée, qu’un commerce est mis à sac ou que les rassemblements de plus de trois personnes sont subitement interdits pour quinze jours, il est normal d’en parler en une du journal. Ce sont des faits d’actualité. Les ignorer au motif qu’ils risqueraient d’abîmer l’image d’une mobilisation ne serait évidemment pas défendable journalistiquement.

Mais la répétition de ces "ouvertures" de JT peut produire un effet particulier sur celui qui regarde l’information, cela peut donner ce sentiment qu’on ne parle que de la violence du mouvement.

C’est précisément ce que plusieurs personnes nous reprochent.

Philippe s’arrête aussi sur le titre d’un article concernant la manifestation nationale du vendredi 9 octobre mentionnant d’abord les arrestations et les casseurs, avant les dizaines de milliers de manifestants : "Je suis choqué par ce titre qui met en avant les arrestations avant de parler de dizaines de milliers de manifestants pacifiques avec des revendications légitimes". Il estime que la rédaction a choisi une approche sensationnaliste.

Intervention des autopompes lors des manifestations étudiantes à Liège © RTBF

Ce qu’a fait la rédaction de la RTBF ?

Pour sortir du seul registre des impressions, nous avons repris la couverture de la rédaction dans la durée.

Entre le 1er et le 7 octobre, les dégradations et incidents ont fait l’ouverture des JT six fois sur sept. Les mêmes événements se sont répétés pendant plusieurs jours. À cela s’est ajoutée une importante mobilisation en France. Cela a largement pu donner un sentiment de répétition.

Mais les revendications n’ont pas été absentes de notre couverture. Durant cette période, nous avons comptabilisé sept reportages ou directs axés sur celles-ci. Des jeunes ont également été invités dans QR le débat, dans Jeudi en prime, puis dans Matin Première.

Pour ce qui est de notre couverture web, la rédaction comptabilise 34 articles sur ces sujets pendant la même période, du premier au huit octobre.

Autrement dit, un mouvement social ne peut probablement pas s’évaluer à l’aune d’un seul JT ou d’un seul article.

Cela n’invalide pas pour autant la critique formulée par plusieurs téléspectateurs : dans un journal en particulier, à un moment T de la consultation du site, les images et les titres produisent des ressentis différents.

Manifestation pacifique des étudiants dans le centre de Mons, le 7 octobre © RTBF

Prendre la mesure de la mobilisation

Ce débat existe à l’intérieur de la rédaction. Le directeur de l’information, Thomas Gadisseux, a précisément demandé à la rédaction de veiller à bien assumer son rôle "contextualiser, objectiver, chiffrer" et de donner à entendre la parole des jeunes y compris en dehors du seul contexte des manifestations.

C’est un élément important : la couverture journalistique n’est pas figée. Elle se construit au fil des événements, des informations disponibles, des vérifications que la rédaction peut mener.

Le même débat en France

"Votre télé et vous", émission du médiateur de France Télévision © Francetv

Les mêmes critiques sont arrivées chez nos confrères français.

Jérôme Cathala, médiateur de France Télévisions, consacre son dernier numéro de "Votre Télé et Vous" au traitement médiatique des mobilisations lycéennes et des violences qui les ont accompagnées. Là aussi, les reproches se contredisent.

Céline Ségur, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine a beaucoup étudié la question de la perception des publics. Elle explique la diversité et la virulence des critiques, par un faisceau d’attentes individuelles "ces attentes sont façonnées par toute une série d’éléments : les représentations qu’on a d’un sujet, son histoire personnelle, ses ressources socioculturelles pour décoder les messages médiatiques, bref tout un faisceau d’éléments qui forment des attentes". Les téléspectateurs ont donc une série d’attentes très différentes, "ce qui peut aussi expliquer la diversité des réactions" envoyées aux services de médiation. Un même reportage peut donc être interprété à partir de perceptions radicalement différentes.

Chacun attend de voir sa réalité

Céline Ségur, professeure des universités en sciences de l'information et de la communication, centre de recherche sur les médiations, Université de Lorraine

Les travaux universitaires de Céline Ségur apportent aussi un éclairage intéressant sur les attentes de spectateurs confrontés à de nombreuses sources d’information. "Il existe une culture de l’immédiateté depuis l’arrivée des chaînes d’information en continu et des sources d’information en ligne, on a l’impression qu’on doit pouvoir avoir accès à l’information tout le temps, tout de suite". Le public voudrait donc voir tout qu’il a déjà aperçu en ligne dans le courant de la journée dans les journaux télévisés du soir. "Cela peut créer une forme de déception ou de surprise de voir que cela n’a pas été repris". Alors que ces journaux sont forcément éditorialisés et que les informations prennent parfois du temps à pouvoir être recoupées.

De l’importance de créer des ponts

Ces messages arrivés à la médiation ne sont pas pour autant balayés d’un revers de la main.

Ils sont relayés, discutés avec la rédaction et l’obligent en quelque sorte à s’emparer de ces questions et remarques.

C’est précisément l’une des fonctions de la médiation : faire circuler ces interrogations entre le public et la rédaction.

La rédaction qui tient, de son côté, à rappeler que sa première boussole est d’en revenir aux faits, de les vérifier, les contextualiser, de bien distinguer les manifestants pacifiques de ceux qui commettent des dégradations, de se pencher sur les interventions policières lorsqu’elles posent question et de continuer à s’interroger sur le vécu de la jeunesse.

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