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Wednesday, September 30, 2026

Le programme des immigrants investisseurs se meurt

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Il y a dix ans, le Programme des immigrants investisseurs pour l’aide aux entreprises (PIIAE) octroyait au total des dizaines de millions de dollars à des centaines d’entreprises au Québec. Lors de la dernière année financière, seuls trois projets ont été financés, pour une valeur de 3,6 millions de dollars.

Et le coffre continue de se vider.

Le PIIAE, résumé simplement, permet à des immigrants d’obtenir la résidence permanente en échange d’un prêt au gouvernement qui servira notamment à financer des PME québécoises. Investissement Québec est chargé de l’administration du programme.

Mais les immigrants investisseurs désertent le Québec. Le nombre de demandes déposées pour participer au programme est passé de 2234 en 2016 à 5 en 2025. Et nous avons appris, grâce au ministère de l’Économie du Québec, qu’un seul immigrant investisseur a effectué un prêt au Québec depuis janvier 2026.

Difficile, donc, de renflouer les coffres.

D’ailleurs il ne reste qu’environ 7,1 millions de dollars disponibles dans le PIIAE, nous apprend le ministère de l’Économie.

Je n’ai pas bon espoir que ce programme va continuer à exister d’ici quelques années.

On voit qu’il n’y a certainement pas assez de dossiers qui vont être capables de venir financer ce programme, dit Alex Côté, consultant en immigration qui a l’habitude de travailler avec des immigrants investisseurs.

Par courriel, le ministère de l’Immigration nous affirme qu’il n’y a pas de mesures d’attraction de prévues pour ce programme. Il fait valoir que le nombre de demandes reçues dans la catégorie des gens d’affaires suffit déjà à répondre aux besoins du Québec en termes d’immigration économique.

Des centaines de millions de dollars aux PME

Entre 2009 et 2019, le Programme des immigrants investisseurs a généré des rendements de plus d’un milliard de dollars. Cela a notamment permis de financer des programmes gouvernementaux et de verser 477 millions de dollars en subventions à des petites et moyennes entreprises au Québec, selon une analyse d’Aviseo.

Cette analyse avait été largement citée lors des consultations sur la planification de l’immigration en 2019 auxquelles avait participé Alex Côté. Les chiffres sont têtus dans ce rapport-là, dit-il. C’est un programme qui générait beaucoup d’argent.

Ce ne sont pas les contribuables qui financent ce programme, rappelle-t-il.

Toujours selon l’analyse, plus de 80 % des retombées directes étaient associées aux régions hors métropole. Et plus de 70 % des projets d’investissement et des subventions liées au programme étaient associés au secteur manufacturier.

Portrait de Véronique Proulx

Selon Véronique Proulx, le PIIAE était très apprécié par les entreprises du secteur manufacturier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Lors des consultations de 2019, la PDG de l’époque de Manufacturiers & Exportateurs du Québec (ME&Q), Véronique Proulx, expliquait que le PIIAE permettait de subventionner d’importants projets d’investissement au Québec.

C’est un programme qui est très apprécié de la part des entreprises, disait-elle, en demandant que le niveau d’immigrants investisseurs soit maintenu.

Le seuil d’immigrants de la catégorie des gens d’affaires (dont les investisseurs font partie) admis annuellement par Québec est ensuite passé de 3000 en 2019 à 500-600 en 2026.

Les entreprises ont tourné la page

La majorité des projets du PIIAE étaient associés au secteur manufacturier avant 2019. Depuis, ces entreprises se sont tournées vers de nouvelles sources de financement.

Depuis 2019, seulement 8 manufacturiers ont déposé une demande, nous confirme par écrit le directeur des affaires publiques et gouvernementales de ME&Q, Francis Prévost.

Bien qu'en cette période d'incertitude économique tous les leviers de soutien soient les bienvenus [...], le programme PIIAE et les modifications apportées à ses critères semblent avoir eu un impact limité sur les manufacturiers au cours des dernières années, écrit-il.

La suspension du programme entre 2019 et 2023, combinée au faible nombre de demandes observé depuis sa relance, porte à croire que plusieurs entreprises se sont tournées vers d'autres sources de financement, de liquidités ou de soutien à l'innovation afin de répondre à leurs besoins.

Un soudeur au travail.

Pendant plusieurs années, plus de 70 % des projets d’investissement et des subventions liées au programme étaient associés au secteur manufacturier.

Photo : Radio-Canada / Louis Martineau

Aujourd’hui PDG de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Véronique Proulx se rappelle qu’à l’époque, le PIIAE était l’un des programmes les plus alléchants pour une entreprise manufacturière qui voulait investir ici pour agrandir et moderniser ses installations.

Aujourd’hui, les gens ont tourné la page, constate-t-elle. Différentes mesures fiscales, différents programmes se sont ajoutés depuis la refonte du PIIAE, en 2019.

En rappelant la panoplie d’autres programmes qui sont offerts pour aider les entreprises dans le contexte de la guerre tarifaire, Véronique Proulx donne aussi l’exemple du crédit d’impôt pour l’investissement.

La PDG reconnaît qu’avec le PIIAE, le financement venait de l’étranger et non des coffres de l’État. Mais, selon elle, les entreprises se sont habituées aux nouvelles aides. C’est pourquoi je pense que, dans le futur, dans ce que le gouvernement va mettre en place, il faut s'assurer de stimuler le plus possible l'investissement ici, au Québec, pour être capables de créer de la richesse, générer davantage de revenus et être capables de réinvestir par la suite.

Un accès limité aux fonds restants

Ayant l’habitude de fréquenter le site web du gouvernement du Québec qui porte sur les immigrants investisseurs, Alex Côté s’est rendu compte dans les dernières semaines de la disparition d’une page web du PIIAE.

Celle à laquelle étaient renvoyés les immigrants investisseurs à la recherche d’informations sur le programme n’existe plus.

La page Web spécifique au PIIAE a été retirée en février dernier, car les fonds du PIIAE sont désormais octroyés via le programme Innovation, explique par courriel le ministère de l’Économie.

Captures d'écran qui montrent l'avant et l'après de la refonte du site web.

À droite, la page web qui s'affichait auparavant lorsque l'on souhaitait s'informer sur le PIIAE et, à gauche, celle qui s'affiche désormais. Alex Côté fait remarquer que le nom du programme et les mots « immigrants » et « investisseurs » sont introuvables sur la nouvelle page.

Photo : Captures d'écran

Ce que je constate avec le Programme Innovation, analyse Alex Côté, c’est que ça change le profil d’une entreprise qui serait potentiellement admissible à cet argent-là.

Ainsi, non seulement les coffres se vident, mais les critères d’admissibilité pour les entreprises se sont resserrés.

Le programme Innovation fonctionne par appels à projets. À l’heure actuelle, seulement deux projets sont en cours. Selon le site, l’un d’entre eux vise à accélérer le développement et la commercialisation d’une première technologie proposée par une jeune entreprise innovante à fort potentiel de croissance (startup). L’autre s’adresse aux entreprises qui souhaitent réaliser un projet d’innovation en lien avec des secteurs ciblés, comme l’aérospatiale ou les technologies quantiques.

Des start-ups qui débutent leurs activités, c’est sûr que n’importe quel petit sou peut les aider à faire leur bout de chemin, commente Alex Côté. Je me demande quelles seront les retombées fiscales de ça.

C’est sûr que si on regarde le programme d’avant, ça aidait le développement régional et les grappes industrielles, regrette-t-il.

Alex Côté, dans une salle de commission à l'Assemblée nationale, s'exprime au micro.

Alex Côté, lors d'une audition sur la planification de l'immigration au Québec pour la période 2026-2029, à Québec.

Photo : Capture d'écran

On a jeté le bébé avec l’eau du bain

Qu’est-ce qui explique la baisse d’intérêt de la part des immigrants investisseurs pour le Québec? Plusieurs experts estiment que c’est en raison des nouveaux critères d’admissibilité, notamment ceux liés à la maîtrise du français et aux montants élevés à verser.

Pierre Emmanuel Paradis, économiste et associé fondateur d’APPECO, connaît bien le PIIAE. Selon lui, il y a probablement moyen d’améliorer le programme afin que les immigrants investisseurs reviennent en plus grand nombre, tout en gardant les objectifs d’immigration intacts, notamment en révisant les critères d’admissibilité.

On a voulu colmater les brèches de l’ancien programme, et il y en avait. Ceci dit, [...] c’est comme si on avait jeté le bébé avec l’eau du bain. On en a peut-être fait un peu trop de ce côté-là.

Par courriel, le ministère de l’Économie nous indique que le PIIAE sera en vigueur dans sa forme actuelle jusqu’au 31 mars 2028, sans égard au nombre d’immigrants investisseurs. D’ici là, une évaluation du programme sera faite afin de déterminer et une décision pourra être prise sur sa reconduction et ses modalités.

En évitant les erreurs du passé, ajoute M. Paradis, ça vaudrait la peine de retourner à des niveaux qui ressemblent plus à 3, 4, 500 millions. Pour l’économie, pourquoi s’en priver?

Les cabinets de la première ministre du Québec et des ministres de l’Économie et de l’Immigration n’ont pas donné suite à nos requêtes.

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