Les journalistes de la RTBF font-ils écrire leurs articles par l'intelligence artificielle ?

La RTBF possède un outil IA développé en interne. Il s’appelle Prompto et c’est ce qu’on appelle un RAG IA, c’est-à-dire une IA qui répond comme ChatGPT ou Claude, mais dont le corpus de données est en circuit fermé et constitué dans ce cas-ci exclusivement de documents de la RTBF. En d'autres mots, c'est un moteur de recherche dans nos archives qui formule des réponses en texte continu. "On a plus d’un million d’articles de la RTBF qui ont été mis dans cette base de données. Et on va y ajouter prochainement, par exemple, les retranscriptions des émissions, ce qui permettra, finalement, de mieux valoriser tout le travail qui est fait", projette Yves Thiran.
Pour la production de contenus, la règle est que l’on peut générer des contenus avec l’IA mais uniquement sur base de contenus RTBF. Par exemple, pour écrire un article sur base d’un épisode du podcast Les Clés, le journaliste peut insérer l’audio de l’émission dans Prompto et demander un brouillon d’article à l’IA sur base du contenu du podcast. "Ce n’est pas un boulot extraordinairement productif. On ne va pas rajouter des éléments au contenu qui a été bon. Utiliser l’IA dans ce cas-là, c’est quelque chose que l’on peut faire à la RTBF" explique Yves Thiran, en charge de la stratégie IA pour l’info à la RTBF. Dans ce cas concret, le journaliste n’est pas obligé d’indiquer que ce contenu a été généré à l’aide l’IA. "On s’inspire de l’AI Act qui dit que lorsqu’il y a eu une génération de textes, mais qu’il y a eu supervision humaine et qu’il y a une signature humaine, on n’est pas obligé de l’indiquer", clarifie Yves Thiran.
Le journaliste est bien sûr libre d’être transparent sur sa manière de travailler, mais il pourrait aussi subir un effet un peu pervers de cet excès de transparence. "Les études montrent que quand le public est confronté à un article où un journaliste a avoué qu’il avait utilisé l’IA, au lieu de bénéficier d’une espèce d’effet d’honnêteté, il est pénalisé. Et le public dit : 'j’ai moins confiance en cet article qui a dit les choses, qu’un autre qui ne les a pas dites'".
En revanche on ne peut pas demander à l’IA d’écrire un article et de le créer de toutes pièces, par exemple sur le gouvernement américain. Il faut que le contenu repose sur une première production de la RTBF.
Thomas Gadisseux voit tout de même dans l’IA un vrai support créatif, une façon d’illustrer notre mission pédagogique. À l’occasion de l’anniversaire de la catastrophe du Bois du Cazier, la RTBF a ainsi utilisé l’IA pour créer un documentaire sur le déroulé des événements à l’intérieur de la mine. Une sorte de film créé par l'intelligence artificielle sur base d’archives historiques et sous le contrôle de nombreuses personnes (journaliste, historien, graphiste, etc).
"L’IA nous a permis d’aller dans la mine, ce qui était impossible parce qu’on n’avait aucun document audiovisuel. Donc il y a moyen de combiner la rigueur du service public, les valeurs journalistiques et déontologiques, avec cette audace, cette créativité que nous propose l’IA. Il y a, je crois, dans la dimension pédagogique, explicative, là aussi un champ qui est possible. On peut aller sur Mars avec l’IA, on peut montrer ce qu’est une opération visuelle, on peut aller sous terre, dans l’espace, dans des éléments microscopiques. Plein de choses qui peuvent, je crois, complètement développer aussi notre capacité pédagogique de contextualisation, qui sont aussi des missions essentielles de service public d’information".
Le directeur de l’information insiste tout de même sur un point : la supervision humaine, le final cut du journaliste. C’est bien cette balise qui maintiendra l’intérêt du travail journalistique. Au risque, sinon, de s’autosaboter prévient-il : "À l’ère du fake, la seule chose qui nous réunit, ce sont les faits et la confiance derrière. Si on commence à automatiser nous-mêmes notre métier, je crois qu’on peut disparaître, à très court terme. Donc il y a une question essentielle, un peu de survie, à se mettre derrière cette balise. […] Attention à ne pas déjà s’autodétruire alors qu’en fait les prédateurs sont ailleurs".
► Découvrez en plus sur l’utilisation de l’IA à la RTBF en écoutant l’entièreté du podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.
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