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Wednesday, November 4, 2026

Nigeria: les futures polices d’État, entre espoir de sécurité et risque d’abus

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Le projet de création de polices d’État a franchi une étape constitutionnelle mardi 3 novembre, avec l’approbation de 28 assemblées locales. Ces nouvelles forces suscitent l’espoir d’une meilleure protection face à l’insécurité, mais aussi des interrogations sur les risques d’abus des gouverneurs.

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Une police plus présente, des agents qui connaissent les langues et le terrain : voilà ce que pourrait apporter la création de polices d’État au Nigeria. Dans un pays où le maintien de l’ordre repose aujourd’hui sur une seule force fédérale, la réforme ouvrirait la voie à des forces propres aux États fédérés.

« Le Nigeria manque cruellement de policiers », souligne Habib Oladapo, responsable des programmes au Civic Media Lab, interrogé par RFI. Selon lui, le pays compte moins de 400 000 agents pour plus de 200 millions d’habitants. Renforcer les effectifs et rapprocher la police des communautés constitue « une demande des Nigérians depuis très longtemps ».

« Les perspectives suscitent beaucoup d’enthousiasme. Mais il reste évidemment de nombreuses questions sans réponse », observe-t-il.

Des policiers qui connaissent le terrain

« Dans les zones où l’insécurité sévit, la présence policière est très faible. Il a donc fallu recourir à des interventions militaires, là où c’était normalement à la police de prendre les choses en main », explique Habib Oladapo.

Des communautés ont également constitué des groupes d’autodéfense. Mais face aux insurgés, ces groupes sont régulièrement débordés, souligne-t-il. La réforme pourrait permettre d’intégrer certains de leurs membres dans une véritable structure policière, avec une formation, une rémunération et un équipement adaptés.

Dans le système actuel, un policier peut être affecté dans un État dont il ne connaît ni les langues ni les réalités locales. « Il ne parle pas la langue, ne connaît pas le terrain et ne peut donc pas exercer efficacement ses fonctions », résume Habib Oladapo.

Mais recruter et équiper ces nouvelles forces aura un coût. Certains États peinent déjà à payer leurs fonctionnaires, rappelle-t-il. Leur capacité à financer les salaires, la formation et le fonctionnement d’une police reste donc une question ouverte.

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Quels contre-pouvoirs face aux gouverneurs ?

L’autre défi sera d’empêcher les gouverneurs de faire de ces forces un instrument au service de leurs intérêts.

« Le Sénat a prévu plusieurs garde-fous pour empêcher les gouverneurs d’abuser de leurs pouvoirs », explique Habib Oladapo. « Il leur est interdit d’utiliser la police pour servir des intérêts partisans, ethniques, religieux, ceux d’un groupe particulier ou des intérêts personnels. »

Les gouverneurs ne pourraient pas non plus ordonner directement l’arrestation d’opposants, bloquer des enquêtes ni intervenir dans les élections, précise-t-il.

« Lorsqu’un commissaire de police considère qu’une directive est illégale, il peut en référer au Conseil national de la police, qui doit être mis en place. » Les décisions de ce Conseil s’imposeraient aux commissaires des États.

Ces garanties devront toutefois faire leurs preuves. Le risque n’est pas seulement celui d’une instrumentalisation politique : c’est aussi de reproduire, à l’échelle locale, les défaillances de la police fédérale.

« Le système fédéral actuel présente de graves défaillances. Il connaît de nombreux problèmes de corruption et de manque de contrôle », avertit Habib Oladapo. « Si nous importons directement ce modèle dans les États, cela posera un problème majeur : nous allons multiplier, à l’échelle des États, les défaillances qui existent déjà au niveau fédéral. »

Le projet attend encore l’accord présidentiel. Chaque État souhaitant créer sa police devra ensuite adopter une loi pour en organiser le fonctionnement.

« Si chaque État crée son propre modèle, ses propres structures, cela pourrait offrir une autre approche du maintien de l’ordre au Nigeria », estime Habib Oladapo, avant d'ajouter : « Cette réforme répond à un besoin majeur pour le Nigeria aujourd’hui. »

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