L’extrême droite française cherche à s’imposer comme le parti de l’ordre
Il dénonce « l’impuissance » du gouvernement et accuse le parti de gauche radicale LFI de vouloir provoquer « une guerre civile » : après les violences commises le 17 octobre en France, le mouvement d’extrême droite Rassemblement national se pose en parti de l’ordre avec l’espoir d’élargir son électorat en vue de la présidentielle.
Une image vaut parfois mille mots : celle de Marine Le Pen, l’ultra favorite des sondages pour l’élection d’avril, à son bureau dimanche lors d’une allocution très présidentielle sur les violences du week-end, assise devant un drapeau français et une bibliothèque à laquelle est suspendue son ancienne robe d’avocate.
Un style solennel repris lundi à son tour par le président du parti, Jordan Bardella, appelé à devenir premier ministre en cas de victoire du RN. Lui se tient debout, fond bleu et drapeau tricolore posé à ses côtés, avec un slogan claquant au frontispice du pupitre : « Face au chaos, la France en ordre ».
Un leitmotiv martelé tout le week-end sur les réseaux sociaux, à grand renfort de visuels opposant la « crise profonde » de « dix ans de macronisme » à « la France apaisée » qu’offrirait l’élection de Mme Le Pen, dont le parti a toujours placé la sécurité au cœur de son programme.
Le gouvernement français est sous très forte pression après les violences et pillages en marge des manifestations samedi contre « la vie chère » et alors que de nouveaux appels à manifester ont été lancés.
Le RN renforcé par les émeutes, c’est le scenario redouté par ses adversaires, à l’image du candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann, qui craint que Marine Le Pen soit « la bénéficiaire du chaos » et que le candidat LFI Jean-Luc Mélenchon soit son « marchepied ».
« Socle renforcé »
Au sein du RN, on rejette toute volonté de tirer profit des émeutes. « On ne peut pas se réjouir de voir le pays dans cet état. Quand vous êtes patriote, ça fait mal », commente un responsable du parti, consterné par les images de la France en flammes qui ont fait le tour du monde.
Le chercheur en sciences politiques Bruno Cautrès se montre prudent sur les conséquences électorales des violences de ces derniers jours. « À court terme, tout ceci va dans le sens des politiques qui communiquent sur la loi et l’ordre, la sécurité », explique-t-il à l’AFP, tout en prévenant que ça ne va pas « se traduire mécaniquement dans les urnes ».
Le directeur de l’IFOP, Frédéric Dabi, reconnaît toutefois que les violences du week-end « relèvent du choc et ne vont pas être sans conséquence ».
Face à un RN qui sortirait renforcé des violences, la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon, soutien de l’ex-Premier ministre Édouard Philippe, favori du bloc central dans les sondages, s’est efforcée de nuancer.
« Je pense que les Français sont un peuple intelligent », a-t-elle assuré, convaincue que ses concitoyens « sauront faire la part des choses » et qu’ils « verront que les propositions de Marine Le Pen sont vouées à l’échec ».
Dans le discours du RN, le gouvernement est clairement l’une des cibles privilégiées. Jordan Bardella l’accuse d’être le responsable d’une « faillite sécuritaire et politique sans précédent » et même « d’avoir pris le maquis ».
Le Rassemblement national saisit aussi l’occasion pour vitupérer Jean-Luc Mélenchon, le leader de LFI. Une façon d’installer davantage le match contre un adversaire que tous les sondages donnent à ce stade largement perdant face à la candidate du RN au second tour.
Pour expliquer le désordre, l’exécutif accuse lui aussi l’ultragauche et LFI, qui renvoie toute responsabilité au gouvernement.
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