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Monday, October 19, 2026

Thélyson Orélien aurait aussi plagié «Le Devoir» en 2023

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Les plagiats que Thélyson Orélien aurait commis ne se limiteraient pas à des « erreurs de jeunesse » : l’écrivain québéco-haïtien a publié en décembre 2023 un texte journalistique montrant des ressemblances troublantes avec un reportage fait à l’étranger par Le Devoir.

La semaine dernière, dans une déclaration où il niait avoir utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour l’écriture de son roman C’était ça ou mourir, l’auteur Thélyson Orélien avait néanmoins reconnu avoir « commis des erreurs inacceptables, [en raison de] la jeunesse et [de] l’inexpérience », l’ayant mené à « prendre, à [s]’attribuer des textes » qu’il n’avait pas écrits. Les Éditions du Boréal ont décidé de maintenir la vente du roman en librairie en raison d’une absence de « preuve irréfutable » concernant un recours à l’IA, mais elles se sont dites profondément heurtées par les épisodes reconnus de plagiat, des « actions passées [qui] ajoutent une zone d’ombre » sur la trajectoire de l’auteur.

Depuis le début de la tempête médiatique entourant l’auteur, La Presse et Radio-Canada ont notamment fait état d’épisodes de plagiat concernant des textes signés par l’écrivain sur leurs propres plateformes, ainsi que sur le blogue du média français RFI entre 2012 et 2014.

Mais, en décembre 2023, M. Orélien se serait aussi approprié les informations d’un reportage du Devoir réalisé à Tapachula, ville frontalière du Mexique devenue un point de convergence pour des milliers de migrants. Une dizaine de jours après la publication de ce reportage, le média en ligne ErraMagazine, une plateforme journalistique créée par le romancier, a publié l’article « Tapachula, au cœur de la crise migratoire : comment le Mexique devient la nouvelle terre promise ».

Si les passages semblent avoir été remaniés, ce texte contient plusieurs éléments identiques à ceux de l’article du Devoir : des informations attribuées aux mêmes intervenants, des statistiques identiques, une structure et une trame narrative semblables — jusqu’à la musique entendue sur les lieux du reportage.

Ces similitudes, constatées par Le Devoir, ont d’abord été relevées dans une publication du compte X « Ah_bon ».

Le texte cosigné par M. Orélien et le correspondant Alejandro Soto Torres, tout comme le site d’ErraMagazine, est aujourd’hui inaccessible. M. Orélien l’avait aussi publié sur son blogue personnel, hors ligne depuis le début de l’été.

Au moment où ces lignes étaient écrites, Thélyson Orélien n’avait pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

« Le plagiat est une faute très grave en journalisme et dans tous les milieux créatifs d’ailleurs. À la lumière des faits colligés par nos journalistes, nous ne demandons pas tant des explications à M. Orélien que des excuses. Sa façon d’agir est désolante et irrespectueuse de la valeur de notre contenu », a déclaré le directeur du Devoir, Brian Myles.

Des similitudes substantielles

Le reportage du Devoir à Tapachula — une démarche unique de sa journaliste Lisa-Marie Gervais — débutait au refuge Hospitalidad y solidaridad. Le texte cosigné par Thélyson Orélien et Alejandro Soto Torres aussi.

Là où le premier article donnait la parole à Lanèse Pharisien, mère haïtienne de 24 ans dont la fillette Nikita était née deux mois plus tôt en sol mexicain, le second présentait Marianne Desrosiers, « une jeune Haïtienne de 22 ans, et sa fille, Élodie, née sur cette terre étrangère ».

Plus loin, la journaliste Lisa-Marie Gervais écrivait : « Le Haut-Commissariat pour les réfugiés plaide depuis longtemps pour que le gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador offre d’autres possibilités aux migrants qui ne souhaitent pas nécessairement demander l’asile. “Ça peut être des visas de travail ou d’études. Il y a des visas de travail qui se donnent, mais ça prend un contrat avec un employeur, c’est assez compliqué”, soutient Pierre-Marc René, agent de communication au bureau sous-régional du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés au Chiapas. Avec près de deux millions de postes vacants, les besoins de main-d’œuvre sont pourtant importants. »

ErraMagazine résumait à son tour : « Face à ces défis, les organismes internationaux encouragent le Mexique à diversifier ses offres de visas pour soulager la pression sur le système d’asile. Pierre-Marc René, du bureau sous-régional du Haut-Commissariat, met en lumière le besoin de main-d’œuvre au Mexique, avec près de deux millions de postes vacants. »

Mentionné dans les deux textes de 2023, M. René affirme pourtant aujourd’hui ne pas avoir accordé d’entrevue aux auteurs d’ErraMagazine.

Un mystérieux coauteur

Le coauteur de M. Orélien, Alejandro Soto Torres, est présenté comme un « rédacteur et correspondant au Mexique pour ErraMagazine, [qui] excelle dans le journalisme avec une approche approfondie et perspicace des enjeux sociopolitiques ». Or, malgré des recherches étendues, Le Devoir n’a pas trouvé d’autres traces ou publications d’un journaliste portant ce nom.

Un regard porté sur sa photo d’auteur révèle par ailleurs plusieurs indices — peau et cheveux lisses et sans imperfections, éclairage incohérent — laissant fortement penser qu’elle a été générée ou remaniée par une IA, un examen que confirme l’outil de détection Sightengine, qui évoque une probabilité de 99 % qu’elle soit le fruit de cette technologie.

Lancé par M. Orélien en septembre 2023 et en ligne jusqu’à l’automne 2024, le site ErraMagazine disait être engagé « à promouvoir un journalisme responsable, éthique et de qualité ». « Notre politique éditoriale repose sur l’intégrité, l’indépendance et la transparence. Nous adhérons strictement aux normes journalistiques élevées, en évitant les conflits d’intérêts et en garantissant une séparation claire entre notre contenu rédactionnel et publicitaire. »

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