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Tuesday, October 6, 2026

Que reste-t-il du 7 octobre?

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Israël a connu son 11 Septembre. Le 7 octobre 2023, des centaines de militants du Hamas ont franchi avec une certaine aisance la barrière séparant Gaza du territoire israélien et attaqué bases militaires et villages israéliens, massacrant autour de 1200 personnes, essentiellement des civils juifs. Jamais les Juifs n’avaient subi un pareil pogrom depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Trois ans plus tard, que reste-t-il de cette date fatidique ?

Des controverses.

La part de responsabilité d’Israël ? C’était jour de sabbat ce samedi 7 octobre, et l’armée n’était pas sur un pied d’alerte malgré des rumeurs, mais aussi des informations faisant état d’une grande démonstration de force de la part du Hamas. Le gouvernement a baissé la garde, plus préoccupé par les menaces du Hezbollah libanais. Aujourd’hui, des informations publiées dans la presse israélienne révèlent que plusieurs pays arabes auraient alerté le premier ministre Benjamin Nétanyahou.

La réplique israélienne ? Au moment où Israël prenait conscience de sa vulnérabilité et commençait à pleurer ses morts, un autre massacre se préparait : celui des Palestiniens de Gaza. Dans les états-majors israéliens et au plus haut niveau de l’État, l’heure était à la vengeance. Bien entendu, nous ne sommes plus au temps où un croisé disait « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », mais, dans la réplique israélienne, nous n’en sommes pas loin.

Pour de nombreux Juifs israéliens, « il n’y a pas d’innocents à Gaza », ce qui a autorisé le permis de tuer. Quelques jours après le pogrom, la machine de guerre israélienne s’est mise en marche et a tout dévasté sur l’un des territoires les plus densément peuplés du monde. Les conséquences étaient inévitables : ont été tués ceux qui étaient trop près des cibles. Les protestations ont commencé à se faire entendre, même Joe Biden a dénoncé des bombardements indiscriminés tout en fournissant à Israël les bombes nécessaires à la tuerie.

Aujourd’hui, nous savons, grâce à des cinéastes et à des journalistes israéliens, que les victimes collatérales étaient intégrées aux calculs monstrueux des états-majors : pour tuer un terroriste, on acceptait la mort de jusqu’à 300 personnes. « Pour [atteindre] des officiers de haut rang du Hamas, un bilan de plusieurs centaines de victimes collatérales était autorisé pour une seule attaque », a expliqué un officier au Monde et à plusieurs médias internationaux. Bilan provisoire selon différentes sources : près de 75 000 Palestiniens, dont 18 000 enfants, ont été massacrés.

Les Palestiniens de Gaza sont dorénavant marqués au fer rouge. Ils seraient tous complices de l’attaque menée par le Hamas, comme les Juifs furent longtemps collectivement accusés par l’Église du meurtre du Christ. Ils doivent donc payer. Les exactions largement documentées commises envers eux constituent-elles un génocide ? Que dit la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948 ? Le génocide est le résultat d’actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Dans ces actes, il y a le meurtre des membres d’un groupe, mais aussi « la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».

En est-on rendu là ? Laissons la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale émettre leur avis, mais les témoignages s’accumulent. Le dernier en date, celui de l’architecte israélien Eyal Weizman, est bouleversant. Dans Ungrounding: The Architecture of Genocide, publié il y a quelques semaines par une grande maison d’édition anglo-saxonne, ce spécialiste des relations entre la violence, les conflits et l’environnement établit minutieusement, cartes et photos à l’appui, que « l’analyse architecturale et territoriale est essentielle pour comprendre […] comment les actions d’Israël après le 7 octobre ont dégénéré en une violence si extrême et si étendue qu’elles correspondent à la définition du génocide », écrit l’auteur.

Jusqu’ici, Benjamin Nétanyahou a réussi à rallier les Juifs israéliens autour de lui et de sa stratégie visant à terme à expulser « ailleurs » les Palestiniens. On verra le 27 octobre prochain, lors des élections législatives, si les électeurs le suivront, lui qui fait l’objet de multiples poursuites judiciaires pour corruption et qui est recherché par la justice internationale pour crimes de guerre.

Des Juifs israéliens toujours traumatisés, des Palestiniens martyrisés et spoliés, des Américains plus préoccupés de s’approprier les terres palestiniennes pour les transformer en casinos que de lancer une véritable initiative de paix israélo-palestinienne, un monde occidental divisé face à ce conflit : voilà l’héritage laissé par l’acte cruel et insensé du Hamas et la réplique sauvage et aveugle d’Israël.

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