Le monastère des Ursulines à la croisée des chemins
Les Ursulines ont quitté le Vieux-Québec à regret il y a huit ans pour une résidence adaptée de Beauport, en banlieue de la capitale. Leur départ a soulevé la question délicate de la reconversion de leur monastère patrimonial fondé en 1639, quatre ans seulement après la mort de Samuel de Champlain.
Les gestionnaires de la Fiducie du patrimoine culturel des Ursulines sont remontées aux sources de leur communauté pour trouver une issue aux « déficits perpétuels » qui menacent aujourd’hui les ensembles conventuels québécois. « Notre fil rouge pour les nouveaux usages est la vocation éducative et culturelle du monastère », explique la directrice générale de la Fiducie, Sophie Limoges.
Les Ursulines, dont la moyenne d’âge est de 90 ans, ont été impliquées dès le début du processus de reconversion de leur monastère. « On leur a demandé ce qu’il représentait pour elles et ce qui est ressorti en premier, c’est que c’était un milieu de vie, leur maison », relate Sophie Limoges.
La transformation des anciennes chambres des religieuses en logement locatif s’inscrit dans cet esprit. « L’idée est d’amener des résidents dans le Vieux-Québec pour un meilleur équilibre avec le tourisme. »
Annoncé le mois dernier, ce volet du plan de relance va s’étendre sur 3000 m2 répartis sur deux ailes du monastère. La plus vieille partie a été érigée en 1687, comme en témoigne cet alignement de rondins que l’on aperçoit dans une ouverture pratiquée dans un couloir pour vérifier la présence éventuelle d’amiante. « Personne ne l’a vu avant vous, c’est une exclusivité », souligne Sophie Limoges.
La Fiducie veut aménager 36 logements dans ces chambres de la taille d’un studio ou d’un trois et demie, qui seront dotées d’une salle de bains privée. « Il y aura de l’insonorisation, mais on veut conserver les boiseries et les armoires anciennes », assure Sophie Limoges.
Les travaux seront lancés au printemps. Il reste à déterminer si ces logements seront offerts au prix courant ou selon un modèle sociocommunautaire. « Notre cœur penche d’un côté, mais ça va dépendre de notre capacité à aller chercher du financement public. »
L’arrivée de locataires dans cet espace patrimonial unique est un enjeu de taille. « Il y aura certaines règles », souligne la directrice de la Fiducie en évoquant l’interdiction des chandelles et des barbecues. « De toute façon, il y a des règles dans n’importe quel milieu de vie. » Cette question sera tranchée dans les prochains mois. « On aimerait ouvrir le volet habitation quelque part en 2029. »
Patrimoine culinaire
Les grilles du cloître des Ursulines sont tombées dans le courant de la Révolution tranquille. Le monastère n’en est pas moins demeuré un espace intimidant où l’on entre sur la pointe des pieds. La Fiducie veut l’ouvrir en transformant son réfectoire en comptoir proposant un menu abordable inspiré du patrimoine culinaire des Ursulines.
« On a récolté le témoignage de la dernière cuisinière », explique Sophie Limoges. « Il y aura certainement du sucre à la crème », confie-t-elle en nous laissant sur notre faim.
Après avoir profité du soleil sur la terrasse surplombant les jardins, les clients du futur restaurant seront tentés de visiter le reste du bâtiment en prenant part à une visite guidée élargie menant au chœur des religieuses. Les lieux ont été désacralisés en novembre dernier. « Ça faisait partie des étapes nécessaires, parce que les Ursulines ne pouvaient pas léguer des objets ou des espaces sacrés. »
Cette ouverture du monastère sera précédée d’une mise aux normes du bâtiment. L’évocation de cette obligation légale donne froid dans le dos pour un édifice aux planchers croches érigé sous le règne de Louis XIV. Sophie Limoges se fait toutefois rassurante en évoquant surtout la pose de gicleurs et l’ajout de sanitaires. « On va essayer de faire attention, mais il y aura probablement des rampes qui seront installées. »
Le coût de reconversion est évalué à 125 millions de dollars. La moitié proviendra du fonds des Ursulines, de dons privés et de fondations. Des pourparlers sont en cours avec les trois ordres de gouvernement pour boucler le budget. « Sans projet, les déficits continueraient de croître. Avec le projet, la trajectoire financière s’inverse progressivement. »
Le chantier débutera par la transformation des écuries en centre d’archives. On veut ainsi sécuriser les milliers d’œuvres d’art et de livres rares légués par les religieuses. La rénovation de bâtiments anciens est propice aux incendies, comme le rappelle Sophie Limoges. « L’exemple de Notre-Dame de Paris nous vient tout de suite en tête et on veut vraiment protéger les collections. »
Autres options
Les possibilités de reconversion d’un monastère ne sont pas illimitées. En 2015, les Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec ont pris les devants en occupant le credo de l’hôtellerie de ressourcement et de méditation. « C’est ancré avec le rôle qu’avaient les Augustines », souligne leur chargé de projet de l’époque, Denis Robitaille. « Elles accueillaient déjà les gens qui allaient se faire soigner à l’hôpital et les membres de leurs familles. »
Les revenus autonomes générés par la reconversion de l’Hôtel-Dieu ont permis de financer la masse salariale d’une centaine d’employés travaillant dans l’exploitation des lieux et ses archives. « Ils sont en voie d’atteindre l’équilibre financier, mais pour le moment, les Augustines continuent de contribuer pour le maintien des activités immobilières. »
En 2019, Denis Robitaille est passé du monastère de l’Hôtel-Dieu à celui de l’Hôpital général de Québec, qui relève également des Augustines. Les dernières religieuses de ce bâtiment situé à la jonction des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur viennent tout juste de quitter les lieux pour rejoindre leurs consœurs dans une résidence de Beauport.
Les nouvelles fonctions du monastère de l’Hôpital général restent à déterminer. Sa localisation en dehors des circuits touristiques de la capitale pose un défi supplémentaire. « On part d’un peu plus loin », fait observer Denis Robitaille.
Les discussions sont toutefois avancées pour trouver une solution avec la Ville de Québec, le ministère de la Culture, la Commission de la capitale nationale et Santé Québec. « Ce qu’on cherche en ce moment, c’est un repreneur, une instance qui a les reins assez solides pour traverser le temps. »
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