Crise budgétaire : baisser le salaire des ministres, une fausse bonne idée ?

Bien sûr, l’idée flatte une large partie de l’opinion qui se sent dépitée, déçue, méfiante, dégoûtée, en colère, face à la situation politique actuelle. C’est un signal envoyé face à l’échec, une forme de sanction de voir leur salaire diminué. A priori, cette idée a tout pour s’attirer de la sympathie. Mais est-ce vraiment une si bonne idée ? Passons-la, comme toutes les idées, dans un tamis critique.
Cela existe-t-il ailleurs ?
En Irlande du Nord, quand le gouvernement ne se forme pas, le salaire des élus peut baisser. Aux États-Unis, en Californie ou à New York, c’est le budget qui compte : s’il n’est pas voté à temps, les élus perdent leur salaire ou le voient suspendu.
Est-ce que ça marche ? On peut en douter. New York a connu 19 budgets en retard sur 28 depuis la loi de 1998. Et en Irlande du Nord, les salaires ont été réduits lors de deux crises, celles de 2017 et de 2022. Résultat : même après la baisse, les élus ont continué à se bloquer pendant plus d’un an…
Partage du coût
Au Parlement bruxellois, Les Engagés soutenaient une idée similaire en évoquant le partage du coût du blocage avec les citoyens impactés par l’absence de décision.
C’est l’argument le plus solide. Mais il laisse aussi penser que les blocages politiques sont liés tout ou en partie à des questions d’argent. Or, c’est présupposer que les difficultés politiques sont des affaires d’appareil, d’une classe privilégiée qui travaille pour ses propres intérêts sans lien avec la réalité des conflits dans la société.
Ce qui, quoi qu’on pense de ce que devrait gagner un ministre, est un diagnostic partiel et tronqué. Le conflit entre le MR et Vooruit sur la justice de l’ajustement budgétaire révèle un clivage existant dans la société et ne sera pas résolu parce que les ministres vont gagner moins d’argent.
Particratie
Et puis en Belgique, les ministres ne sont pas nécessairement le problème. Dans la particratie qui est la nôtre, les ministres ne décident pas seuls, voire parfois ne décident rien sans l’aval de leur président de parti. Pour espérer être efficace, la mesure devrait donc toucher la dotation des partis du gouvernement. Mais alors, posons-nous la question : est-ce que la qualité de la décision politique serait vraiment améliorée parce que des partis seraient financièrement la corde au cou ?
Légitimité
On peut pointer un dernier problème : la légitimité de la décision. Imaginons des décisions difficiles, par exemple voir la TVA augmenter à 22% ou le prix du médecin doubler. Si ce mécanisme financier existe, on pourra se dire que si les partis ont pris cette mesure, c’est parce qu’ils ont eu peur de perdre de l’argent et n’ont pas agi d’abord dans l’intérêt de leurs électeurs ou de la société.
Soit la sanction ne change rien et c’est de la poudre aux yeux, soit elle arrache un accord et on pourra alors douter des raisons pour lesquelles il a été conclu. Ça n’améliore pas en quoi que ce soit la crise de confiance qui frappe les élus.
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