Movember : "Il y a encore un tabou autour des cancers masculins"

L’ennui, c’est que cette gêne peut retarder le diagnostic. "Beaucoup de gens viennent un peu tard ou me disent 'c’est ma femme qui m’a dit de venir pour être rassurée'" explique le chef de service.
Une attente qui peut avoir des conséquences. "Ça peut parfois retarder le diagnostic" explique Pierre Coulie.
C’est trop bête d’y faire appel trop tard
"On sait que quand les traitements sont démarrés un peu trop tard, le pronostic est beaucoup moins bon. Il y a pourtant beaucoup de traitements efficaces, et c’est trop bête d’y faire appel trop tard" ajoute le coprésident de la Fondation contre le cancer.
Mais comment expliquer cette réticence?
"Il y a une peur du toucher rectal, qui rebute les hommes" explique le Pr Thierry Roumeguère. "Pourtant, on le fait de moins en moins. Il n’a plus lieu de manière systématique" rassure-t-il. "On peut encore le faire pour estimer le volume de la prostate, mais c’est souvent remplacé par l’échographie ou l’IRM, qui apportent des résultats plus précis".
Le toucher rectal n’est plus systématique
"La littérature scientifique récente donne matière à réflexion sur le côté systématique du toucher rectal" renchérit le Pr Amandine Degraeve, urologue au CHU UCL Namur et aux Cliniques Universitaires Saint-Luc. "Mieux vaut venir consulter et s’aider des autres tests que de reporter sa consultation à cause du toucher rectal, qui n’est plus systématique".
Comment repérer les signes ?
Pour prendre en charge un éventuel cancer le plus tôt possible, il est essentiel d’être attentif aux signes qui peuvent alerter. Pour le cancer de la prostate, des troubles urinaires persistants doivent pousser à consulter. "Une difficulté à uriner, un jet plus faible, des gouttes retardataires doivent un peu alarmer, même si ce ne sont pas forcément des signes de cancer de la prostate" détaille Thierry Roumeguère.
Ces signes doivent alerter
"Une douleur dans le bas du ventre quand on urine, ou un peu de sang peuvent aussi être des signes" ajoute Pierre Coulie.
Pour le cancer du testicule, l’autopalpation est recommandée, à l’instar de ce qui est conseillé pour le dépistage du cancer du sein.
"Quand je recommande aux jeunes hommes de se palper, j’ai toujours droit à des ricanements en faculté de médecine" raconte Thierry Roumeguère. "Le cancer du testicule est encore plus tabou parce que c’est un cancer de l’homme jeune".
En 2024, 474 nouveaux diagnostics de cancer du testicule ont été posés en Belgique, avec le plus grand nombre de cas dans la tranche d’âge de 30 à 34 ans, selon la Fondation contre le cancer.
On recommande une palpation une fois par mois sous la douche
Le message est clair : l’auto-examen peut être déterminant. "On recommande une palpation une fois par mois sous la douche" conseille Amandine Degraeve. "S’il y a un nodule tout dur dans le testicule, ce n’est pas normal" avertit-elle.
"S’il y a une grosseur qu’on peut palper, une masse ou une douleur dans un testicule, il ne faut pas avoir peur de consulter" lance Pierre Coulie. Pour le cancer du pénis, le signe qui doit alerter est une lésion cutanée qui ne guérit pas, et qui peut parfois saigner.
"Ce sont des cancers qui à un stade localisé ont 100% de chances de survie, donc c’est dommage de retarder la prise en charge" prévient Thierry Roumeguère.
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